APRES ETRE RESTEE LONGTEMPS SUR LE RIVAGE A GUETTER IMPATIEMMENT LES NOUVELLES

DES BLOGS-VAISSEAUX AU LONG COURS, JE ME JETTE A L'EAU AVEC RIEN MOINS QUE LA MER A LIRE...

EN VOYAGE!

Pêche aux mots :
Le petit sondage étant plutôt favorable à la reprise de la pêche hebdomadaire, nous allons recommencer très bientôt à nous creuser la cervelle sur les mots que j'ai récoltés depuis quelques mois! Je ne sais pas encore précisément quand, ayant quelques semaines chargées devant moi, mais je vous tiendrai au courant!

Au passage, remercions tous ensemble mavoisinemartine grâce à qui je dispose désormais d'une connexion Internet à la maison. Vive le WiFi!

jeudi 12 novembre 2009

Sois belle, cultivée, bonne chanteuse, danseuse hors-pair... et parle (mais pas trop)


Plusieurs blogueurs m'avaient parlé de cette autobiographie lorsque j'avais lu Geisha, de Arthur Golden. Evidemment, en le trouvant dans les rayonnages de ma petite - mais non moins pleine de ressources - bibliothèque de village, je ne pouvais résister à la tentation...

Après lecture, j'ai du mal à "classer" ces deux livres l'un par rapport à l'autre : ils m'ont en effet semblé très proches, à la fois dans le contenu et dans le style, et comme j'avais beaucoup aimé le premier, j'ai également beaucoup aimé celui-là... L'effet "découverte" en moins, étant donné que la plupart des termes et des concepts m'étaient déjà connus par le biais du Golden ; l'effet "vérité" en plus, puisque pour le coup, là on a du vrai de vrai! Et c'est ça qui est proprement hallucinant : le fait de penser que ça se passait encore comme ça dans les années 1960 et 1970... Cette dame-là a rencontré la reine d'Angleterre et le duc d'Edimbourg, le créateur Aldo Gucci, Elizabeth Taylor, le prince Charles, bref! autant de personnalités qui nous évoquent franchement quelque chose. Pourtant les rituels, l'étiquette d'un monde d'un autre siècle perduraient encore il y a quelques décennies à peine... (Je me demande d'ailleurs ce qu'il en reste aujourd'hui)

Mais revenons à ce livre : nous suivons ici le parcours de l'étonnante Mineko Iwasaki, héritière (atotori) de l'une des plus grandes maisons de geishas de Gion-Kobu, un quartier de divertissement (karyukai) de Kyoto. A travers son récit on découvre l'incroyable formalisme du "monde des fleurs et des saules" (traduction littérale de "karyukai", "car si la geisha est une fleur parmi les fleurs, elle possède aussi la grâce, la souplesse et la force d'un saule" p. 7), que ce soit en termes de hiérarchie (des okiyas - ou maisons de geishas - entre elles, de leurs liens avec les ochayas - maisons de thé - , ou des geishas entre elles, selon leur âge, leur expérience, etc.) ou de cérémonials (comment ouvrir une porte, servir le thé, saluer ses professeurs...) sans parler des façons très précises de se coiffer ou de s'habiller selon les circonstances... Si beaucoup de ces notions m'avaient été apportées par le Geisha d'Arthur Golden (qui a notamment été rédigé suite à un entretien avec Mineko Iwasaki, comme le signale l'auteur dans les remerciements), ce livre-là va plus dans le détail, conséquence directe de l'expérience personnelle de l'auteur et de sa connaissance du milieu "de l'intérieur".

Ainsi on apprendra qu'il existe des nuances au terme de "geisha", et que si Sayuri ne précisait pas sa condition, je sais aujourd'hui qu'elle n'appartenait pas à la même catégorie que Mineko, (qui était elle une geiko, c'est-à-dire "une femme qui excelle dans les arts"). On découvrira aussi qu'avant de devenir geiko, on commence par être minarai (observatrice) puis maiko (c'est-à-dire que l'on peut commencer à animer des banquets) avant la cérémonie du "retournement de col" (erikae) qui traduira directement dans l'habillement le changement de statut de la maiko en geiko. Et moult autres choses intéressantes, permettant de faire plus ample connaissance avec ce monde mystérieux et fantasmé des geishas.

A ce propos, il faut signaler que Mineko est une femme de caractère qui a depuis toujours essayé de faire changer le système à Gion-Kobu, complètement sclérosé pour certains points par le poids de traditions dépassées (par exemple l'interdiction pure et simple de pratiquer la danse inoue, la passion de la narratrice, en-dehors de certains cadres bien précis). C'est cette force de caractère qui lui a justement dicté sa démission de la profession à l'âge de 29 ans (un véritable chamboulement à Gion étant donné qu'elle était parmi les geishas les plus connues de sa génération), qui l'a poussée à ouvrir une boîte de nuit, à écrire un livre, à devenir agent artistique...

Un parcours étonnant dans un monde à part, rédigé d'une façon très pédagogique qui ne perdra pas les novices : une lecture joignant l'utile à l'agréable, en somme!

vendredi 6 novembre 2009

"Il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l'horreur en beauté"


Me voici encore face à un de ces livres dont on ne sait pas comment parler, une fois lus. Je ne saurais même pas vous dire si je l'ai aimé, en fait. Ce qui est certain, c'est que je ne l'ai pas détesté. Certain aussi : j'y ai trouvé des réflexions intéressantes. Indéniable enfin : ce roman est aussi bizarre qu'un film d'Almodovar.

Voici ce que j'ai pu reconstituer de l'histoire selon ce que j'ai jugé réel et fantasmé : le narrateur, Antoni Casas Ros, a eu un grave accident de voiture alors qu'il n'avait que vingt ans. Le véhicule dans lequel il se trouvait avec sa petite amie a percuté un arbre de plein fouet alors qu'il tentait d'éviter un cerf. Elle est morte ; lui est défiguré. Il se terre chez lui et vit à travers Internet en donnant des cours de maths à distance. Il n'est pas spécialement malheureux de sa situation, caché le jour et sortant dans la ville la nuit, quand les regards des autres se font moins curieux, moins lourds à assumer. Il rencontre alors Lisa, une transsexuelle qui va la première le regader et l'accepter tel qu'il est. Le déclic est alors donné pour que les choses commencent à changer petit à petit pour notre héros, qui se détournera de son cynisme et de sa noirceur pour vivre, tout simplement. Dans la partie présumée fantasmée de l'histoire, on a notamment des rencontres avec Almodovar (qui voudrait tourner un film sur Antoni) et des dialogues bizarres et le retour du cerf qui se met à squatter le canapé du héros...

Bon, voilà quelque chose d'assez déjanté, tout en étant plutôt sombre (pas "déjanté fou-fou", quoi). En même temps, l'auteur lui-même est très mystérieux. Après quelques recherches rapides, je m'attendais à trouver la part réelle d'autobiographie du roman (étant donné qu'outre le nom similaire, le héros a eu le même parcours géographique que l'auteur à ce que m'en disait la présentation de l'éditeur). En fait tout cela est fort troublant car, tout comme son personnage, l'auteur a eu un accident de la route (je vous le donne en mille : il a percuté un cerf) suite auquel il vit retiré du monde (comme il l'expliquait fin janvier 2008 dans une interview donnée au Figaro Magazine, article dans lequel il dit n'avoir pas de visage mais n'annonce pas non plus texto avoir été défiguré... Alors, qui est cet auteur-mystère?).

Ce que je peux dire pour commencer, c'est que le parallèle avec certains des films d'Almodovar est effectivement frappant. Je n'ai vu que quatre ou cinq de ses films, mais ce roman m'a énormément fait penser à La Mauvaise Education, aussi bien pour la figure de la transsexuelle (la Lisa que j'imaginais ressemblait en tous points à Gabriel Garcia Bernal en femme - et quelle femme!) que pour les basculements entre réel et fantasmé (ou plutôt entre l'histoire du film et l'histoire du film dans le film) qui viennent finir de nous perdre dans une intrigue déjà pas simple. Et quelque part, c'est rassurant de me dire que le livre me fait le même effet que les films d'Almodovar (sauf Volver que j'ai vraiment aimé, sans partage) : j'ai été attentive tout le temps, j'ai essayé de comprendre sans trop y parvenir, certaines phrases ou scènes m'ont touchée, mais j'en sors perplexe.

La réflexion que je me suis faite de plus en plus souvent alors que je progressais dans le roman, c'était en tout cas qu'il s'agissait d'un livre sur les limites, ou plutôt sur l'absence de limites bien définies. Cela se traduit par cet imbroglio du passé et du présent, du réel et de l'imaginaire, par ce personnage de Lisa (entre l'homme et la femme et pourtant tellement équilibré), ou encore par Antoni lui-même, l'homme sans visage qui vit à la marge du monde entre l'existence et la non-existence aux yeux des autres... Un passage traduit bien cela, page 73 :
"Je suis rentré chez moi avec un sentiment aérien. Tout était subtil et léger. Mon corps, les autres, les pans d'ombre et d'obscurité, les sons. J'aimais cette heure où l'aube hésite à poindre. Où la nuit n'est pas certaine de vouloir s'en aller. C'était comme si Dieu jouait à empêcher le soleil de surgir. Juste pour voir. Juste pour jouer avec les sentiments des êtres, leurs joies et leurs souffrances. Pendant cette heure abstraite, tout ce qui est défini fond dans l'incertitude, c'est sans doute ce qui me plaît. Les bordures, les contours, les desseins sont estompés. L'arrogance des hommes se perd pendant quelques minutes. L'impression d'être, d'avoir sa place, sa fonction, son destin, sa vie, tout cela est gagné par le mystère. Il n'y a pas d'équation possible du crépuscule."

Un autre thème fort du roman est évidemment celui du rapport entre l'image et l'identité, l'importance du rapport aux autres. Même si le narrateur semble avoir pris une certaine distance avec tout cela - le considérer avec un certain cynisme, même -, il a néanmoins beaucoup réfléchi à la question, comme en témoignent ces deux extraits :
"Le regard de la caméra ne me gêne pas. J'ai l'impression que son oeil est plus attentif que celui des êtres et je sais par expérience que l'attention finit par engendrer la fascination. C'est un lent glissement. D'abord des formes surgissent, l'esprit s'en empare, génère des comparaisons puis un jugement. L'esprit a horreur de la fraîcheur, de l'instant unique, du contour qui ne ressemble à rien. Tout nous fait toujours penser à quelque chose d'autre, d'où la difficulté d'être sérieusement en vie. La caméra n'est pas référentielle." p. 74

"On tombe toujours amoureux de la forme, mais la forme n'est que l'apparence de quelque chose d'autre. Pourquoi ne peut-on pas tomber amoureux de l'essence? Je me console en me disant que la forme révèle l'essence, et que l'essence aime la forme." p. 37

Par contre les considérations mathématiques de l'auteur appliquées à la vie des hommes me sont passées loin au-dessus : dans les deux premiers chapitres en particulier, je n'ai pas réussi à suivre les métaphores de géométrie dans l'espace, beaucoup plus intéressée que j'étais par des passages comme celui-ci, dont la conclusion est à mon avis magnifique :
"Je suis allé voir mon père sur son lit de mort. Je ne pouvais pas le laisser partir avec cette immense blessure. [...] Alors je l'ai pris dans mes bras, une grande émotion nous a traversés et je lui ai dit que je lui pardonnais. Sur le moment, c'était vrai. J'ai senti que je le libérais d'un grand poids. Sans cela il n'aurait pas pu mourir. Deux jours plus tard, il s'en est allé, mais je savais qu'on ne peut pardonner certaines choses qu'à ceux qu'on ne reverra jamais. Le pardon, parfois, ne supporte pas la proximité." p. 32

Comme vous le voyez, donc, il y a beaucoup de passages qui m'ont paru très pertinents, et certaines scènes très poétiques et/ou très esthétiques (dès lors que le cerf se pointe, notamment). Je pense que ça fait plutôt pencher la balance du bon côté quand à mon appréciation globale du livre...

En conclusion : une curiosité. A vous de vous faire votre opinion!

Merci à Caro[line] pour le prêt! :)

Retrouvez les avis de Caro[line], Stéphanie (qui nous en avait parlé à un club des théières et m'avait intriguée) et Fashion, entre autres...

P.S. : le titre de ce billet correspond au théorème d'Almodovar tel que l'auteur l'énonce à la page 77.

jeudi 29 octobre 2009

Histoire d’une tique


Voilà un autre roman que je voulais vraiment lire depuis bien longtemps et auquel je suis bien contente d’avoir consacré un peu de temps…

Jean-Baptiste Grenouille a toujours été un garçon atypique ; dès sa naissance sous l’étal d’une poissonnière qui préfèrerait le voir mourir (comme ses précédents enfants) au début du XVIIIe siècle, dans les rues sales et puantes de Paris, il fait horreur à tout le monde. Il sera balloté d’institutions en nourrices, jusqu’à atterrir chez un tanneur qui lui fera accomplir les plus basses besognes. Personne ne l’aime mais il s’accommode fort bien de la quasi-inexistence de contacts humains dans sa vie, et lui non plus n’aime rien ni personne. A part les odeurs. C’est d'ailleurs à l’intensité d’une odeur qu’il doit son premier mot à l’âge de cinq ans : « bois ». Dès lors, il n’aura de cesse que de collectionner les senteurs, les classifier, les répertorier, les mémoriser, les nommer et les assembler en imagination contre toute vraisemblance pour créer les harmonies les plus subtiles, les parfums les plus agréables. Et quand son imagination ne suffira plus, il décidera d’accéder par tous les moyens aux ateliers des parfumeurs professionnels pour créer les fragrances qui feront de lui le maître des hommes comme il l’est pour les créatures imaginaires qui peuplent son esprit.

Encore une fois, je ne m’attendais pas à ça. Je pensais lire quelque chose de beaucoup plus sombre, plus puant, plus sanglant. D’ailleurs, je dois le dire, je redoutais un peu cette lecture même si, partout, on me l’avait vivement conseillée : c’est la ressemblance qu’on m’avait décrite avec Une éducation libertine qui m’avait un peu refroidie. Parce que vraiment, certains passages de ce premier roman de Jean-Baptiste Del Amo étaient proprement écœurants de mauvaises odeurs et de saleté, saturés d’adjectifs savants dans tous les sens pour dire la crasse dans toutes ses nuances. Et là on m’avait dit : « Oui, c’est un peu comme dans Le Parfum ; ce roman, qu’est-ce qu’il parle bien des odeurs ! » Donc j’avais eu peur, étant donné que j’étais déjà passablement écœurée par le premier, de ne pas pouvoir soutenir la lecture du second. Ensuite il y avait aussi le sous-titre, « Histoire d’un meurtrier » qui me faisait attendre une place différente pour les crimes, beaucoup plus présente et importante qu’elle ne l’est là : ils ne sont qu’un passage « obligé », mais pas la finalité de Grenouille. En réalité, cette histoire est plutôt celle d’un fanatique qui va jusqu’au bout de sa folie. Et j’aime les histoires de fous ! ^_^

Alors effectivement, le parallèle avec Une éducation libertine est évident : non seulement le côté roman d’apprentissage avec un jeune homme qui part de très bas et qui progresse dans la société (même si Grenouille n’est pas un arriviste), mais également l’étape chez un perruquier pour le Del Amo et chez un parfumeur pour le Süskind (dans mon imaginaire les deux boutiques se ressemblaient vraiment beaucoup), sans parler effectivement de l’époque similaire et des mêmes puanteur et saleté dans les rues (même si ici les descriptions des remugles était nettement moins développée que dans Une éducation libertine). Enfin, j’ai trouvé un écho entre les deux romans dans la figure du fleuve, qui tenait une place centrale dans le roman de Del Amo, et auquel je me référais systématiquement dès qu’il était mentionné ici. D’autres passages du roman m’ont également rappelé des lectures passées, notamment à la fin du roman, qui m’a donné une furieuse impression de déjà-vu : Métropolitain de Yan Marchand, certes, mais il me semble avoir déjà lu quelque chose d’encore plus proche sans arriver à le resituer... De même, je crois me souvenir que dans Mort aux cons, le narrateur poursuivait un grand œuvre à travers ses assassinats de cons, mais je n’en suis plus certaine…

Enfin, quoiqu'il en soit, j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, tant dans sa progression que dans son hypothèse de fond (ce jeune homme à l'odorat hyper-développé, c'est quand même bien trouvé! Au passage, ce nom de Grenouille recouvre une symbolique certaine par rapport aux monde des odeurs, mais je ne me rappelle plus si ces animaux ont un odorat très pauvre ou au contraire très développé... Ah, que mes cours de zoologie sont loin!), dans la forme, dans les personnages dépeints (même si on suit essentiellement le parcours de Grenouille, les gens qu'il rencontre sont souvent extrêmement bien croqués, depuis l'ouvrier/amant de la patronne clair comme de l'eau de roche au parfumeur qui remet tout à demain, surtout ses bonnes résolutions...) et dans cette ascension vers la puissance et la folie.

Je n'ai pas vu le film adapté récemment de ce roman, mais j'ai entendu tout et son contraire à ce sujet. En tous cas, l’affiche était magnifique.

Pour conclure, un roman que je conseille vivement, facile et agréable à lire, avec des airs de roman d’apprentissage mêlé de conte philosophique et la profondeur d’une histoire de fou. Un dosage aussi subtil que les parfums de Grenouille, et aussi réussi !

P.S. : le titre de ce billet résulte du mélange entre le sous-titre du roman "Histoire d'un meurtrier" et l'image récurrente de la tique à laquelle est comparée Jean-Baptiste tout au long du roman, se cachant comme elle et se faisant oublier jusqu'à ce que son heure vienne. Brrr! :)

dimanche 25 octobre 2009

Oh ! Un tag ! (ça faisait longtemps)

Waouh ! Quel tag ! En lisant les réponses de Laetitia, je me demande bien ce que je vais pouvoir trouver à répondre… Bon, y’a qu’à se lancer, on verra bien !


1. A
quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture ?
Je pense à Oui-Oui, bien sûr. Quelque chose comme Oui-Oui à la fête foraine… Dans le même temps j’ai lu le premier de la série des Candy, aussi (le seul que j’ai lu, d’ailleurs).Je parle bien sûr de « vrais » livres et laisse de côté les albums, même si j’y ai sans doute déchiffré mes premières phrases.

2. Quel est le chef-d'œuvre "officiel" qui te gonfle ?

Je copie un peu sur Laetitia sur le principe « m’a gonflé mais qu’en serait-il aujourd’hui ?», je nomme La Princesse de Clèves. Lu en seconde. M’a barbé sévère. Je pense que la période je découvre le maquillage/je regarde les garçons en coin était loin d’être propice pour que j’apprécie pleinement une histoire où il ne se passait rien alors qu’il aurait pu se passer tant de choses… ^_^

3. Quel classique absolu n'as-tu jamais lu ?
Heu, plein ! (Une question facile ! Super ! ^_^) C’est la honte en fait, mais je n’ai lu que quatre ou cinq des Rougon-Macquart et un seul tome de La Comédie Humaine, pas lu Les Trois Mousquetaires, jamais lu Jules Verne, ni Giono, ni Modiano, ni Montaigne, ni… Bref : j’ai de quoi faire en classiques de toutes les époques (et de tous les pays aussi, d’ailleurs) !

4. Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as "honte" d'aimer ?

je n’ai rien en stock qui corresponde exactement à la question. Je n’ai pas honte d’avoir bien aimé 99 francs de Beigbedder ou plusieurs livres d’Amélie Nothomb ou Et si c’était vrai ? de Lévy, même si je sais que beaucoup ne les aiment pas.

5. Quel est le livre que tu as le sentiment d'être la seule à aimer ?
Je ne peux pas citer Les juins ont tous la même peau puisque Laetitia l’a aussi aimé ;-) mais c’est sûr que ce genre de littérature ne trouve pas facilement d’amateurs à mon avis. Mais je triche en copiant Laetitia… En même temps, je ne trouve rien d’autre à répondre : je pense que je suis plutôt « suiveuse » que leader. Si je choisis de lire un livre, c’est qu’a priori quelqu’un m’en a dit du bien…

8. Quel livre pourrais-tu lire et relire ?
(Pourquoi passe-t-on de la question 5 à la question 8, c’est un grand mystère…) Je ne suis pas coutumière de la relecture, à vrai dire. Je pense cependant que je ne pourrais faire cela qu’avec de la poésie. Et là aussi j’ai tous les classiques à découvrir…

9. Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect essentiel de ta personnalité ?

Là, ça devient franchement difficile ! Peut-être Cent ans de solitude, pour l’aspect touffu et compliqué en même temps qu’une fluidité, une légèreté, un détachement un peu inquiétants, la sensibilité aux belles choses mais l’absence d’un sens profond qui serait évident. (J’ai répondu de mon mieux, débrouillez-vous avec ça ! ^_^)

10. Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ?

Tellement ! Je suis vraiment bon public en général, mais je crois que la seule fois que j’ai sangloté si fort, c’était à la fin de Belle du Seigneur, dont parlait justement Laetitia dans son questionnaire.

11. Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ?
Heu… Encore une question difficile. Je n’ai aucun souvenir bien rattaché à un livre en particulier, et j’ai dû aller me planter devant ma bibliothèque et parcourir du regard les livres pour essayer de me rappeler d’émois érotiques. Bilan : j’ai été émoustillée par une scène de La joueuse de go de Shan Sa, une nouvelle des Contes Myalgiques de Nathalie Dau, et un passage du Mariage d’Anne d’Orval de Sébastien Fritsch. Mais malheureusement rien à voir avec la pornographie évoquée par ma tagueuse ! (d’ailleurs j’avais lu Histoire d’O de Pauline Réage en pensant trouver de ça, et finalement j’ai été plutôt dégoûtée ou atterrée qu’autre chose. Tant pis ! )

12. Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?

Quelque chose de réputé très compliqué à aborder, comme Ulysse de James Joyce, ou alors quelque chose de monumental en soi, Les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand ou La Recherche de Proust…

13. De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ?

Des romans d’auteurs que je suis parce que je les connais : Sébastien Fritsch (dont le prochain roman a un titre magnifique : Invitation pour la petite fille qui parle au vent), Patricia Parry, Nicolas Cauchy, mes « corrigés » Griffe d’Encre… Sinon, je lis rarement un livre au moment où il sort, ni même au moment où je l’achète… Il y a forcément un temps de sédimentation en bibliothèque quand je ne connais pas personnellement l’auteur, c’est comme ça !

14. Quel est selon toi le film adapté d'un livre le plus réussi ?
Difficile à dire, étant donné que ma culture cinéma est encore plus lacunaire que ma culture littéraire… Cela dit, j’ai beaucoup aimé le Orgueil et Préjugés très fidèlement adapté par la BBC du roman de Jane Austen (je l’avais vu dans la foulée de ma lecture) et qui lui rendait bien justice. Le Nom de la rose est un très chouette film aussi, mais il a quand même beaucoup simplifié le roman, d’après ce que je m’en rappelle.

Quant aux suivants, eh bien en bonne casanière qui ne quitte jamais son blog (faute de connexion Internet, grrrr !), je pense nécessairement à ceux qui viennent tout de même y faire un tour régulièrement (et que je remercie au passage de ne pas se formaliser de mon manque de savoir-vivre bloguesque !). Reka, Karine, Chiffonnette, Brize, Orchidée et les autres, je ne sais pas si vous y êtes déjà passés ni si ça vous chante, mais allons-y : je vous tague tous, vous mes lecteurs-blogueurs ! ;-)

P.S. : Je sais, j’ai encore trois tags en attente depuis des mois (quelle honte !). J’y pense, j’y pense… ^_^

vendredi 23 octobre 2009

Trop la classe, Serge Joncour !


Je vous ai déjà parlé (ici et ) du salon du livre de poche de Gradignan qui se tenait les 3 et 4 octobre derniers au Théâtre des quatre saisons. Hormis l’achat de petits livres destinés à appâter les LCA, j’ai fait plusieurs rencontres lors de ce salon. Avec des petites maisons d’édition dont je vous parlerai bientôt dans ce modeste salon salé, mais également avec des auteurs. Et mon échange de ce jour-là avec Serge Joncour est sans conteste mon souvenir le plus fort et le plus agréable de cette journée passée à Gradignan.

Serge Joncour, je le connaissais par un double-biais : d’abord, parce que j’avais regardé son interview sur auteurs.tv (du temps où le site fonctionnait encore ; l’homme-qui-n’avait-plus-le-temps, si tu passes par ici, fais quelque chose… :D ), et ensuite parce que j’ai plusieurs fois écouté cette excellente émission de radio, «Des Papous dans la tête» (sur France Culture), à laquelle il participe très régulièrement avec d’autres auteurs contemporains qui se livrent à des jeux de mots drôlatiques. De l’homme, j’aime son air d’être éternellement dans la lune, qui lui donne une aura comique imparable : moi, face à Serge Joncour, je souris bêtement. J’attends qu’il dise quelque chose, n’importe quoi, je sais que ça sera drôle parce qu’il arbore justement cet air de celui qui débarque d’une longue rêverie. Mais revenons au début de cette rencontre : le moment où j’arrive près du stand auquel il attend, aux côtés de Henri Loevenbruck notamment (et, à quelques places près, de Russel Banks, devant qui s’étire une file d’attente digne d’Anna Gavalda au salon du Livre de Paris (non, peut-être que j’exagère… euh, disons de Mathias Malzieu, alors?) ; de ce fait j’ai acheté De beaux lendemains sans demander de grigri à l’auteur, qui – d’ailleurs – a filé en table-ronde assez vite). Je disais donc : j’arrive devant le stand derrière lequel est assis Serge Joncour et là, incroyable mais vrai : il n’y a personne. Devant SERGE JONCOUR ! L’occasion est trop belle, on pourrait presque croire qu’on se rencontre par hasard dans la rue. Je ne tiens plus de joie et m’exclame : « Trop la classe, Serge Joncour ! ». Air de celui que j’ai réveillé ; il semble douter un instant – est-ce bien à lui que je viens de m’adresser ? – et se remémore la seconde partie de ma joyeuse exclamation – oui oui, c’est bien à lui qu’on parle - : « Ah… Euh, ah oui… Trop la classe (avec une nuance d’interrogation dans la voix)… Bonjour. » Là, je fonds : déjà, à ce moment-là, il est drôle. J’adore cet homme. Bon, je n’ai rien lu de lui ; en regardant subrepticement les livres en pile devant lui (seulement des poches, thématique du salon oblige), je reconnais des titres : U.V., Combien de fois je t’aime. Je lui explique, pour excuser un peu mon attitude de groupie littéraire que d’aucune ne renierait pas ( ;-) ), que je le connais par auteurs.tv et les Papous. Il me demande comment j’ai connu auteurs.tv, alors j’embraye sur « une copine blogueuse, qui a des auteurs chouchou et… — Ah, c’est Caro[line], c’est ça ? » Là, je jubile (« Mais ouiiii, exactement ! Vous la connaissez ?! ») : ça nous fait un point commun, et surtout, mon estime du monsieur, jusque-là basée sur un feeling plus que sur des raisons objectives, se trouve archi-consolidée par le fait qu’il se rappelle des gens qu’il rencontre (ou du moins de macopinecaro[line], ce qui est le plus important, vous en conviendrez ; pour le coup je vous renvoie vers les billets où cette dernière évoquait ses rencontres avec Serge Joncour à la journée Dédicaces de Science-Po en décembre 2007, puis en décembre 2008, et aux réponses de l'auteur dans la rubrique "Trois questions à..." toujours chez Caro[line]). Enfin, partis sur cette base, on a continué à discuter encore un moment avant que je ne reparte avec mes bouquins dédicacés. Une remarque au passage : j’ai souvent demandé à Caro[line] justement ce qu’elle trouvait à raconter aux auteurs quand elle les rencontrait sur les salons ; pour ma part j’avais peur de me retrouver bêtement plantée devant eux sans savoir quoi leur dire, trop intimidée par leur statut d’écrivain qui en faisait des êtres supérieurs et surtout différents auxquels on ne sait pas trop comment s’adresser ou ce qui peut les intéresser (car on doit forcément dire des choses brillantes devant ces gens-là, c’est entendu). En fait, je pense que ça dépend des gens en face de qui on se trouve (ce qui doit être peu ou prou la réponse que m’avait faite Caro[line]) : en l’occurrence, avec Serge Joncour, je ne me suis même pas posé de questions, mais ça a été plus laborieux avec d’autres auteurs au même salon… Bref, pour finir, j’ai pris le dernier roman de Joncour sorti en poche, à savoir L’idole, et, sur sa recommandation, Combien de fois je t’aime, le recueil de nouvelles dont je vais vous parler aujourd’hui. Avant d’embrayer sur des considérations purement littéraires, je tiens à remercier Serge Joncour pour cette rencontre si, à tout hasard, il s’aventurait sur La mer à lire…

Ce recueil regroupe donc dix-sept nouvelles, toutes en rapport – on l’aura compris – avec l’amour ou le manque d’amour, ce terme étant entendu dans une vaste gamme de déclinaisons possibles, de l’amour filial aux couples « à différence d’âge », de sentiments plus proches de l’amitié aux relations par Internet… Dans des formats invariablement très courts (de trois à dix pages environ), Serge Joncour nous présente l’amour sous toutes ses coutures mélancoliques – si tant est qu’une couture puisse être qualifiée de « mélancolique ». Car l’autre point commun de toutes ces nouvelles, c’est qu’elles sont toutes teintées d’une forme de tristesse. Il se produit rarement quelque chose de tragique, mais le ton du narrateur (toujours des hommes, d’ailleurs) trahit généralement un abattement, une résignation, ou au contraire un faux détachement, une prétendue légèreté qui en réalité n’est qu’un masque grossier à une solitude criante, un vide béant dans la poitrine, là, légèrement sur la gauche. Pour autant, ces nouvelles ne sont pas forcément tristes : elles racontent au contraire une étincelle de félicité dans un quotidien morne, des instants où l’amour change une atmosphère ou une situation, même si on sait que ça ne durera pas, même si la seconde d’après on reviendra à son statut de couple qui périclite, ou qui s’est séparé il y a longtemps déjà, ou qui dérive lentement bien loin de la société… Soit on retrouve ce peu de sérénité qui surgit au détour d’un tableau plutôt sombre (ces « couples » qui s’épaulent dans les moments difficiles par amour, même sans paraître s’aimer tant que ça), soit un malaise caché au milieu d’un texte apparemment léger (cet homme qui multiplie les rencontres sur Internet sans jamais leur prêter réellement d’attention ni rencontrer personne dans la vraie vie est proprement pathétique). Sur le fond, on a donc une série de situations très communes auxquelles nous pouvons tous être (ou avoir été) confrontés, une galerie de petits moments d’universalité qui traversent toute vie et qui au final propose un portrait de l’essence de ce qu’on appelle l’amour.

J’ajouterais quelques mots sur la forme : sachez en effet que ces nouvelles n’ont pas de chute. Vu l’essence de ce qu’elles racontent, rien d’étonnant vous me direz, mais enfin je préfère prévenir pour éviter les déceptions chez les fans de nouvelles au format « classique ».

Quant à ce que j’en ai pensé, eh bien, j’ai beaucoup aimé le fond : cette faculté de l’auteur à voir la poésie qui se cache dans des situations banales, à nous la donner à décrypter derrière des petits gestes du quotidien, derrière ce que les personnes affichent pour donner le change, cette sensibilité à des indices infimes enfin, m’ont vraiment parlé. J’aime l’idée que la beauté ou d’autres fragments d’universel puissent se retrouver dans nos vies sans qu’on soit quelqu’un d’important, ni de riche, ni d’intelligent, ni de passionné, (etc.) mais simplement « quelqu’un » dans ses rapports avec les autres, même si on est un loser ou un lâche ou un beau-parleur (etc.). Sur la forme, je suis mitigée. Je n’arrive pas à dire ce qui fait que ce recueil n’est pas un coup de cœur (expression qui tombe à pic, ici ! :-) ), mais disons que la justesse des ambiances dépeintes et des sensations qu’elles m’ont laissées ne m’a pas semblé se traduire dans l’écriture. Celle-ci m’a parue plutôt neutre et classique, pas désagréable mais pouvant aussi bien véhiculer ces histoires-là que d’autres ; ce qui fait qu’après lecture du livre, ce qui en fait un bon souvenir émane plus du sens des mots que de leur lecture.

En conclusion, un recueil que je conseille à tous ceux qui aiment dénicher des grands sentiments derrière des petits détails.

mercredi 21 octobre 2009

Piège à LCA, épisode 2

Ah, l’OuLiPo ! Voici un courant que j’ai découvert avec les blogs, notamment grâce à l’un des premiers billets d’Emeraude. Je trouvais amusant ce concept d’écriture « sous contrainte », aussi dans ma récente excursion au salon du livre de Gradignan craqué-je pour ce tout petit recueil de textes de l’OuLiPo paru chez les éditions Mille et une nuits suite à la sortie du spectacle Oulipo/Pièces détachées, mis en scène par Michel Abécassis pour le Théâtre de l’Eveil fin 2006 puis début 2008.

Quelques mots tout d’abord sur l’OuLiPo : ce nom de courant reprend le début des mots « ouvroir », « littérature » et « potentielle ». Ouvroir de littérature potentielle : « de la littérature en quantités illimitées, potentiellement productible jusqu’à la fin des temps, en quantités énormes, infinies à toutes fins pratiques », selon les mots de Jacques Roubaud et Marcel Bénamou dans leur petit texte de présentation de l’Oulipo. Le mouvement a été co-fondé par Raymond Queneau et François Le Lionnais en 1960, et compte parmi ses membres les plus connus Georges Perec, François Caradec ou Italo Calvino. Le concept de l’OuLiPo, c’est donc d’écrire en s’inventant des contraintes : pour reprendre l’exemple le plus connu, écrire tout un roman sans jamais utiliser la lettre « e » (La disparition de Georges Perec).

Le résultat est plus ou moins brillant ou probant, les contraintes sont parfois faciles à retrouver et à d’autres moments pas vraiment… En tout cas, cela donne des textes très variés ! Dans la vingtaine de ceux qui ont été réunis dans ce recueil, j’ai beaucoup aimé les Poèmes pour bègue de Jean Lescure dont voici une strophe et sa transcription :

Sisyphe est fait
pour pouvoir voir
si le silence en cet été
vaut vos cris, crimes,
mesures sûres des démons,
mondes de mots morts.

Sisi féfé pourpou voirvoir silesil hensshenss hètt hètté vovo cricri meumeu zursur dédé monmon deudeu momor

Le À quoi tu penses ? de Hervé Le Tellier est également excellent, avec ses aphorismes incongrus (« À quoi tu penses ? Je pense que les poissons ne savent pas quand c’est vendredi » pour vous en citer un assez court) ou encore La dictée de Jacques Jouet où l’on s’empêtre dans des mots pour parler d’orthographe.

Certains de ces exercices de style m’ont évidemment laissée songeuse, comme le Britannicus de Michelle Grangaud, un dialogue de trois pages constitué uniquement d’exclamations courtes (« Ah! Ah! », « Ah! Seigneur! » et compagnie…) entre trois personnages, ou encore les Monovocalismes de Georges Perec, Jacques Jouet et Olivier Salon, où chacun se voit attribuer la seule voyelle à laquelle il a droit (respectivement « a », « o » et « e ») pour composer une histoire à trois voix ; le résultat est qu’on ne comprend rien ou pas grand-chose.

Pour le coup, je ne suis pas du tout déçue de la marchandise : j’ai lu exactement ce à quoi je m’attendais, et découvert du même coup les petits livres des éditions Mille et une nuits, « des chefs-d’œuvre pour le temps d’une attente, d’un voyage, d’une insomnie… ». A lire pour se faire en quelques pages une idée sur l’OuLiPo. Pour en savoir plus il faudra par contre aller creuser ailleurs !

lundi 19 octobre 2009

Piège à LCA, épisode 1

Dans les librairies, généralement sur des présentoirs tout près des caisses, il y a souvent plein de livres plus ou moins épais, plus ou moins onéreux, aux titres très attirants pour les LCA ; des ouvrages qui traitent de la lecture elle-même, des livres, des mots, des courants littéraires… Je passe généralement sans sourciller devant lesdits présentoirs, m’en tenant sagement aux quelques bouquins que j’ai extirpés des rayonnages comme autant de trésors et que, de toute façon, je n’avais pas besoin d’acheter étant donné que ma PAL avoisine les 150 titres… Mais, comme vous le constatez, j’ai craqué au salon du livre de Gradignan, toute enfiévrée que j’étais du trop d’argent liquide dans mon portefeuille (c’est bien pour ça que je n’en ai jamais ordinairement ; c’est si immédiatement disponible, l’argent liquide…). J’ai ainsi ajouté à la pile prévue (par « prévue », j’entends « envisagée au moment où je songeai à rejoindre la caisse » et non « mûrement réfléchie à l’avance » ; au passage, vous constatez que les « quelques bouquins » dont je parlais plus haut se sont ici transformés en « pile », autre effet secondaire du « trop de liquidités disponibles ») un tout petit livre de rien du tout sur l’OuLiPo (dont je vous parlerai prochainement) et Les scandales littéraires de Claire Julliard (petit, pas cher et bon pour ma culture littéraire ; une occasion comme ça, ça ne se refuse pas, non ?). Bon, après lecture, je me sens juste un tout petit peu frustrée et incontestablement trompée sur la marchandise

Mais avant tout, résumons ce que l’on trouve dans ce petit volume paru chez Librio : l’auteur s’intéresse, en neuf chapitres, à différentes catégories de « scandales » littéraires. Les fiascos éditoriaux (plutôt dans le sens des génies qu’on a laissés filer, voire carrément mis à la porte sans ménagement), les Goncourt surprenants, les mystificateurs (dont ceux qui se tirent une balle dans le pied tous seuls comme des grands), les pseudos – eux-mêmes divisés en différentes catégories dont je n’ai pas toujours saisi ce qui les distinguait les unes des autres –, les « nègres », la littérature érotique…

Bon, d’abord, première critique ou remarque : je ne dois pas avoir la même définition pour le mot « scandale » que l’auteur et/ou l’éditeur. Évidemment que ça fait plus vendre sur le coup de mettre « scandale » dans un titre de bouquin plutôt que « anecdote », sauf qu’à long terme, je pense que je vais avoir tendance à sacrément me méfier de Claire Julliard et des éditions Librio. M’enfin, ce n’est certainement pas mon petit cas personnel qui va les émouvoir, et je suppose qu’ils ont fait leurs calculs. N’empêche que ça m’a pas mal déçue. Car je me suis donc retrouvée avec une énumération d’anecdotes littéraires dont je me demande à la fin si elles sont tellement mémorables pour le milieu…

Mais soit, dépassons notre déception initiale et soyons constructifs. Car ce bouquin ne manque certes pas de qualités. Prenons cette phrase du quatrième de couverture : « A coups d’anecdotes, de secrets dévoilés, et au travers d’une perspective historique, Claire Julliard dépeint un monde plein d’obstacles et de tractations ». Si l’idée de synthèse ou de perspective y est véhiculée sans raison au vu de l’ouvrage (à mon avis, bien sûr), effectivement on progresse à coups d’anecdotes au fil des chapitres. Certes pas au sujet d’écrivains ou personnalités particulièrement connus (de moi, toujours pareil, et ma culture littéraire est sans doute limitée, mais quand même), mais tout de même, on y apprend des choses, à commencer par l’existence de certains des écrivains impliqués dans ces « scandales », par exemple Marc-Édouard Nabe, Jean-Edern Hallier, Jean-Jacques Pauvert… Voilà des noms qui m’étaient totalement inconnus avant que j’ouvre ce livre (j’ai un doute sur le deuxième, tout de même). Je ne suis pas sûre de m’en rappeler longtemps, mais au moins si je les retrouve quelque part, j’aurai de petites notions…

Certes, je vous concède qu’à l’instant j’étais encore un chouïa ironique ; me voici totalement sincère en revanche pour dire que j’ai été bien contente d’en savoir plus sur Émile Ajar/Romain Gary et comment il a monté et fait durer la supercherie, ou encore de connaître l’histoire du passage du Goncourt juste sous le nez de Céline puis de Vian quelques années plus tard (et leurs réactions respectives à ce non-événement). Plusieurs des anecdotes relatées ici m’ont vraiment intéressée et m’ont donné envie d’aller un peu plus loin pour découvrir les auteurs concernés, les « affaires » dont il était question, les livres qui ont fait débat. Mais quitte à ne pas avoir de synthèse et de vision d’ensemble de tout cela (comme semblait le promettre le quatrième de couverture), j’aurais aimé avoir plus de ces anecdotes à me mettre sous la dent… Tant pis !

Vous aurez compris que je suis déçue par ce livre, qui peut aussi être considéré comme un petit bouquin distrayant à condition de ne pas trop en attendre au départ. Ça m’apprendra à regarder les présentoirs de bord de caisse !