Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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jeudi 28 février 2008

Globalia, Jean-Christophe Ruffin



Dans les librairies, la couverture un peu criarde de Globalia, avait plusieurs fois accroché mon regard. Je ne sais pourquoi mais je n’ai jamais cédé. Du coup quand une de mes amies a proposé de me le prêter j’ai sauté sur l’occasion…

Dans ce livre, on se trouve dans un futur relativement proche (quelque chose comme un siècle ou deux) et dans une hyper-démocratie globale qui est quasiment devenue une dictature. La consommation y est rendue essentielle pour les habitants de Globalia, elle est omniprésente : chaque jour apporte son événement à fêter absolument sous peine d’être regardé comme un ringard et un rabat-joie. Les progrès de la médecine ont engendré des milliers de « personnes de grand avenir » (des vieux, quoi !) et les jeunes sont d’autant plus regardés de travers. Tout ce qui est contraire à l'éthique prônée par les dirigeants de cet Etat unique est refoulé dans les "non-zones", disséminées un peu partout tout autour de la Terre. L'histoire qui se joue sur cette toile de fond est celle d'un jeune homme qui a une autre conception de la liberté que celle qu'on leur vend et qui va s'enfuir de Globalia.
Ce qui m’a vraiment emballée dans ce livre, c’est le monde que décrit Jean-Christophe Rufin, et avec lui toute la réflexion qu’il suscite nécessairement sur les dérives possibles d’une démocratie lambda (non, en fait pas lambda : au moins capitaliste, quand même) sous couvert d’assurer une liberté soi-disant maximale. Le décor, le contexte de l’histoire, les réflexions d’ordre général sur la liberté, le pouvoir etc. sont à mon avis extrêmement convaincants et parlants.

Autres moments sympathiques de lecture : les passages concernant l’association Walden, qui regroupe des passionnés de livres en ce monde où ils sont devenus rares. Ces bibliothèques sont souvent le cadre des discussions et des réflexions les plus intéressantes sur la liberté. Deux petits extraits concernant les livres que j’ai relevés pour vous, incorrigibles lecteurs :

« - Nous avons appelé cette association Walden pour que nos adhérents comprennent bien ceci : sous les apparences du rêve, ce qu’ils trouveront ici, c’est la réalité.
Elle but du bout des lèvres une gorgée de chocolat et ajouta :
- C’est exactement le contraire de ce qu’ils peuvent voir sur les écrans. »
p. 186

« […] Rien n’a remplacé les livres.
Quand Puig lui avait demandé comment ils avaient disparu, Wise avait répondu :
- Ils sont morts dans leur graisse.
Et quand Puig lui avait demandé ce qu’il voulait dire, Wise lui avait expliqué tranquillement ceci :
- Chaque fois que les livres sont rares, ils résistent bien. A l’extrême, si vous les interdisez ils deviennent infiniment précieux. Interdire les livres, c’est les rendre désirables. Toutes les dictatures ont connu cette expérience. En Globalia, on a fait le contraire : on a multiplié les livres à l’infini. On les a noyés dans leur graisse jusqu’à leur ôter toute valeur, jusqu’à ce qu’ils deviennent insignifiants.
Et en soupirant, il ajouta :
- Surtout dans les dernières époques, vous ne pouvez pas savoir la nullité de ce qui a été publié. »
p. 277

En contrepartie de cette ambiance de fond, l’histoire m’a franchement déçue pour tout vous dire. J’en attendais beaucoup plus : avec les problématiques ultra-sérieuses qui étaient soulevées, j’espérais quelque chose de la même trempe que 1984. Or, les protagonistes de cette histoire-là sont selon moi d’une grande naïveté, qui détone avec le caractère profond du sujet. Le vrai problème avec cette naïveté est que l’histoire la conforte : aucun cynisme ne vient répondre à la candeur des gentils petits agneaux dans un monde (censé être) de brutes, aucune claque retentissante ne sera administrée à nos héros à la mode petit-poney pour leur remettre les idées (dans ce cas précis, les idéaux) en place… Les méchants sont des méchants de dessins animés, pas vraiment cruels, pas spécialement intelligents : leur principale caractéristique est d’être classés « méchants »...

Pour ceux qui ont lu La nuit des temps de Barjavel, ça m'y a beaucoup fait penser. Jusqu'au prénom du héros était similaire (Baïkal ici, et Païkan dans le Barjavel). Il faut vous dire que j'avais adoré La nuit des temps... mais j'étais en 3e! En gros pour moi Globalia est un livre qui plairait sûrement à des ados et pré-ados, ça peut être un bon divertissement quand on n’y place pas trop d’espérances, son point fort étant donc le monde possible qu’il donne à voir et le point faible, le manque de crédibilité des personnages et de leur histoire... C'est vraiment dommage car j'aurais bien voulu aimer plus ce livre... Ceci dit je lirai probablement d'autres choses de Jean-Claude Ruffin, notamment ses essais sur le tiers-monde, les clivages Nord-Sud, etc., car ce sont des thématiques dans lesquelles il s’est beaucoup investi et qu'il doit bien traiter à mon avis...

PS : Promis, le prochain billet parlera d’un livre que j’ai aimé ! :)

11 commentaires:

Caro[line] a dit…

J'ai lu Le parfum d'Adam de cet auteur, que je te recommande puisqu'il parle d'écologie ! ;-)

Lucile a dit…

@ caro[line] : j'essaierai de me le faire prêter, alors! Ton billet m'intrigue ;-)

bladelor a dit…

Je découvre ton salon suite au billet de Caro[line]. Je me suis abonnée pour te suivre. J'aime beaucoup le nom que tu as choisi. Comme tu dis, c'est une mer dont on boit volontiers la tasse...

Praline a dit…

Comme toi, l'histoire m'a vraiment laissée sur ma faim alors que l'atmosphère me semblait tout à fait intéressante ! J'ai préféré 1984 !

Karine a dit…

L'idée semble tellement bonne, pourtant! Je crois que je me laisserai quand même tenter, juste pour voir ce qu'il en est!

Lucile a dit…

@ Bladelor : Bienvenue et merci!
@ Praline : ça me rassure... Et tu as lu autre chose de Rufin?
@ Karine : oui oui, surtout n'hésites pas, comme je l'ai écrit il y a quand même du bon à prendre dans Globalia, et il vaut mieux commencer le livre en le sachant pour mieux en profiter! ^_^

anjelica a dit…

Pas encore lu cet auteur, snif ...

uncoindeblog a dit…

L'amie qui me l'avait prêtée avait préféré le précédent.
J'ai beaucoup aimé les passages concernant les bibliothèques et cette vision des intellectuels-gêneurs (propres à de nombreux régimes). Cela avait été une bonne lecture, mais je ne me suis pas précipité pour l'acheter.

Lucile a dit…

@ anjelica : reviens donc mettre un commentaire ici dès que c'est fait!
@ uncoindeblog : oui hein?! C'est vrai que je n'ai peut-être pas assez insisté sur ces passages-là dans mon billet.

Adeline a dit…

Je crois que l'amie en question c'est moi (chouet!). Je plaide coupable pour avoir venté les mérites du livre auprès de Lucile. Le récit a, à mon sens, une forte connotation politique, ce qui lui donne tout son intérêt même si on n'est pas passionné de politique (ce n'est personnellement pas ma grande passion). La toile de fond est une caricature de ce que la mondialisation pourrait amener le monde à devenir, voire pour les esprits les plus mesquins, de ce qu'il est déjà... Ce qui m'a marquée dans ce livre, c'est la définition de la liberté (on est libre tant qu'on ne conteste pas le système) avec notamment le passage où le 'héro' est enfermé dans une pièce avec obligation d'enregistrer et de regarder des images, de publicité si je me souviens bien (ma lecture n'est pas toute récente). On n'oubliera pas non plus les valeurs de la société de Globalia : culte de l'ignorance, individualisme, culture des peurs obsessionnelles (terrorisme, écologie en allant même jusqu'à choisir le climat...), surveillance renforcée, machinations contre les héros (et la théorie du grand complet alors ?!) et pour finir la diabolisation des individus (ou le bon monde avec les gentils et les méchants). L'histoire est très décevante (à l'eau de rose, la fin n'en est pas vraiment une, certes, mais le cadre est tellement intéressant... Je m'arrête là. Pour ceux qui n'aimeraient pas le style, rien à voir avec d'autres JC Rufin (L'Abyssin et Rouge Brésil, ses deux Goncourt) que vous pouvez donc essayer (rien mais alors rien à voir!).

Lucile a dit…

Coucou miss! Ca me fait très plaisir de te voir ici! :D
En fait on est tout à fait d'accord sur la partie intéressante du livre (tu en parles d'ailleurs beauoup mieux que moi je trouve!). Je pense que j'attendais trop de l'histoire et que c'est ce qui m'empêche d'avoir un souvenir franchement positif de ce livre, mais j'y ai effectivement trouvé tous les points forts que tu décris... Et donc je tenterai autre chose de Ruffin! ;-)
Encore merci pourton commentaire, et surtout n'hésite pas à en laisser d'autres! :-D