Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 17 mars 2008

« Anna, Anna, n’y crois pas »


Je referme à peine La Physique des Catastrophes – sa couverture, comme celles de beaucoup d’autres livres à couverture souple, baille maintenant impudiquement vers le haut, là sur ma table basse – pour aussitôt m’emparer de mon ordinateur et essayer de saisir avidement ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre. Cela tient en trois « mots » : OH LA LA !!!


Mais « rassemblons-nous », comme dit une de mes collègues, et revenons un peu sur l’histoire et ce que je peux vous en dire sans vous gâcher le plaisir de la lecture...


Voici donc la « famille » Van Meer, à savoir Gareth (le père, la cinquantaine) et Bleue (la fille, seize ans). Ce sont deux personnages hors du commun, extrêmement cultivés (de cette culture dont vous ignorez les trois quarts au moins et qui vous relègue sans ménagement au rang d’imbécile heureux, vous que la classification machin-chose désigne pourtant comme un « grand lecteur » parce que vous lisez plus de 20 livres par an, AH ! AH !). Lui adore s’écouter parler (mais certes il parle bien le bougre !) et aime le whisky. Accessoirement il est maître de conférence et change tous les ans de chaire, allant d’une université américaine à l’autre, trimballant avec lui les papillons que collectionnait son ancienne femme et sa fille. Elle adore : son père, écouter son père, éventuellement lui donner la réplique lors de joutes orales, indiquer les références de tout ce qu’elle avance (on a régulièrement des parenthèses un peu comme les miennes sauf que dans celles du livre il y a le nom d’un livre, d’un auteur, des numéros de pages ou de chapitre et, évidemment, l’année), lire tout ce qu’elle trouve (dont un nombre considérable d’articles très sérieux et d’essais des années 70/80, ce qui n’aide pas à se sentir moins inculte, je ne vous le cache pas…).


Alors voilà : nos deux personnages atypiques s’installent pour l’année du diplôme de fin d’études de Bleue à Stockton. L’héroïne (qui est la narratrice, d’ailleurs), habituellement solitaire et « sans-amis », va intégrer de façon assez improbable un petit groupe d’ados de son âge complètement à part des autres élèves (mi-« élite », mi-« communauté hermétiquement close mais crainte quand même »), « Le Sang Bleu », qui se réunit tous les week-ends chez une des profs du lycée, Hannah Schneider. La prof elle aussi est plutôt étrange et on a du mal à comprendre sa situation par rapport à ces jeunes (amie ? mère de substitution ? mentor ?). D’ailleurs on a du mal à comprendre l’intérêt qu’ils trouvent à se retrouver systématiquement en fin de semaine, mais enfin ils se retrouvent et c’est bizarre. Aux deux tiers du livre survient un drame dans le groupe du Sang Bleu (oui, je sais, c’est écrit sur la quatrième de couv’ et aussi dès la dernière ligne de la première page du livre, mais quand même je ne veux pas le dire !) et c’est comme si on commençait un second livre…

Dans toute la première partie, passée ma vexation de n’être pas aussi cultivée que je le pensais (j’ai une fâcheuse tendance à me croire plus intelligente et cultivée que je ne le suis vraiment, heureusement je fais beaucoup de progrès dans l’auto-évaluation et surtout la gestion de l’ego), je me suis délectée du style de Marisha Pessl, de ces réflexions d’adolescente surdouée mais pas prétentieuse (à la différence de Paloma dans l’Elégance du Hérisson, que j’avais d’ailleurs mis plus de temps à apprécier) et de cette ambiance bizarre entre Bleue, ses copains et cette prof étrange. Je sais qu’à certaines personnes cette partie a semblé longue, et je peux très bien le concevoir car quand je me demande ce qu’il s’est passé pendant les 200 premières pages, j’ai un peu de mal à répondre autre chose que « l’année scolaire a avancé » (autant dire « rien » !). Pourtant, je dois dire que ça ne m’a vraiment posé aucun problème de les lire (oui je sais, vous avez vu pendant plus d’une semaine « La Physique des catastrophes » en lecture en cours, mais c’était juste à cause de mon emploi du temps de ministre). Ensuite dans le second tiers du livre (je viens de regarder et c’est quasi mathématique cette séparation en trois, je suis moi-même impressionnée !) voilà qu’il se passe « quelque chose » (p. 204) et que le « rien » du début prend des couleurs, une texture, la routine hebdomadaire du Sang Bleu, un peu vide au départ, prend plus de sens… Jusqu’à arriver à la page 398 (Brrr ! J’en frémis encore !) où arrive LE drame. Et là on change de livre : assez vite on se rend compte que rien n’était ce qu’il semblait être, il y a eu des angles morts pendant tout ce temps ! Bleue et vous, vous croyiez avoir quelques certitudes, même de peu d’importance (ce serait par exemple : « l’herbe est verte »), et voilà que vous vous retrouvez comme réveillée en sursaut dans une pièce plongée dans l’obscurité et dont vous ne reconnaissez pas la configuration, tâtonnant bêtement sur un mur lisse là où vous pensiez trouver une porte en vous disant « ne panique pas, c’est ridicule ! ». Et c’est ainsi qu’on passe d’un sordide fait divers (p. 398) à… tout à fait autre chose ! Et je dois dire que cette partie-là est extrêmement réussie. Je n’ose vous en dire plus pour ne pas vous gâcher le plaisir (pas même la moindre petite miette !) de la lecture et de la découverte, mais franchement comme ça à chaud, j’annonce : coup de cœur ! Vraiment une super-lecture ! Je me maîtrise sur les superlatifs (ça fait toujours louche, je trouve) et, au risque de paraître autoritaire, je terminerai donc sur un ordre : lisez-le !!!!


Retrouvez aussi l'avis de Caro[line], qui a eu du mal avec la première partie du livre mais qui le conseille quand même …


PS : Je me demande quand même si Marisha Pessl a lu tous les ouvrages et articles cités. Je n’ai même pas vérifié s’ils existaient vraiment cela dit, et en ce moment j’espère qu’elle les a inventés exprès pour faire croire qu’elle était trop balèze…Mince, revoilà mon ego ! Je vous laisse j’ai à faire ! ;-)


PS bis : le titre du billet est extrait du refrain de la chanson Anna, du groupe Blankass.

11 commentaires:

goelen a dit…

j'avoue, je n'ai pas pu dépasser les 200 premières pages. Je sais qu'il faut les passer et qu'après tout s'accélère mais quand même être obligée d'aller si loin pour qu'il se passe quelque chose, je trouve ça dommage. Le style m'a gêné, cette espèce de suffisance d'en mettre plein la vue. Mais bizarrement, je comprends qu'on puisse aimer. Il semble qu'il n'y ait pas d'entre deux avec ce livre, on adore ou on le referme avant la fin

fashion a dit…

Je suis comme Goelen, je me dis que franchir 200 pages (et certaines ont dit 300) pour qu'il se passe quelque chose, je n'ai pas envie... Flemmarde je suis, flemmarde je reste! :))) (cela étant, ton billet est très chouette) (et j'aime bien l'idée d'aller vérifier si les références culturelles sont vraies... sui sait, tout est effectivement peut-être complètement inventé:)))

Karine a dit…

Je n'Étais pas du tout tentée au départ, suite à plusieurs commentaires mitigés... mais après ton billet, je crois que c'est le genre d'histoire que je pourrais aimer... Je vais donc re-noter ce livre que j'avais dé-noté!!!

Pimpi a dit…

Pour ma part, j'étais partagée et je le suis toujours, plusieurs semaines après avoir terminé le livre. Je trouve que l'intrigue était originale et intéressante, mais le style m'a quand même beaucoup gênée... j'aime quand le style est fluide et là, ça me coupait quand même dans ma lecture, toutes ces digressions et tout cet étalage de connaissances ! Pourtant, je le recommanderais quand même, par curiosité et parce qu'au final, on en garde un bon souvenir !

florinette a dit…

Il faut s'accrocher sur les premières pages, voire plus, car ce n'est qu'au bout de la 350e que je suis restée véritablement scotchée au roman et j'ai comme toi beaucoup aimé son style !! ;-)

Katell a dit…

C'est un projet de lecture pour cet été :-)

Fantômette a dit…

Je savais bien que ce roman me faisait de l'oeil !
En attendant, j'avais acheté le Gavalda...

Emeraude a dit…

Ah bah tu vois, tu me donnerais presque envie d'essayer... mais vraiment, ce "rien" pendant les 200 premières pages, décidément... non !

Lucile a dit…

@ goelen : oui si effectivement le style ne t'a pas plu, je conçois tout à fait que tu aies laissé tomber... Mais quand même c'est dommage! ;-) Peut-être que tu auras envie de le reprendre plus tard?
@ fashion et emeraude : tout dépend vraiment de si vous aimez le style "Marisha Pessl" ou pas... A moi les 200 premières pages ne m'ont pas paru longues! Vous pouvez peut-être l'emprunter à quelqu'un (le mien est en Alsace pour au moins quelques semaines) pour voir?
@ karine : chouette! Je vais guetter ton billet alors! J'espère que ça va te plaire sinon je vais me sentir responsable! ^_^
@ pimpi : ah tiens! et à toi ça ne t'a pas gênée alors de lire ces fameuses 200 premières pages?
@ florinette : à lire ton commentaire (avec les autres d'ailleurs) je me dis que le plus important est sûrement l'impression que l'on garde du livre après l'avoir lu en entier. Dans le même esprit, ça a déjà dû vous arriver de lire des bouquins que vous trouvez excellents jusqu'à 10 pages avant la fin. Du coup vous ne les conseillez pas, même si la majeure partie du livre était bonne... (désolée pour les bloggueurs-ses expérimenté-e-s, je crois que je réinvente la poudre au fur et à mesure! ^_^)
@ katell et fantômette : vous viendrez nous dire ce que vous en avez pensé, hein?! :D

Pimpi a dit…

En fait, si, elle m'ont un peu dérangées, ces 200 premières pages, j'ai failli décrocher plusieurs fois parce que je perdais le fil de l'histoire. Mais comme je déteste arrêter la lecture d'un livre, j'en ai fait abstraction... en revanche, c'est réellement le style dont je n'ai pas pu faire abstraction ! Au final, on oublie qu'il ne s'est presque rien passé pendant 200 pages quand on arrive enfin aux premiers événements !

Lucile a dit…

@ pimpi : Ah, les EVENEMENTS! En cette période de commémoration de mai 68 ce mot revêt une connotation bien particulière! Et moi aussi je déteste laissrr tomber un livre sans l'avoir fini, même s'il me barbe à mort... Je crois que j'y vois un manque de respect pour l'auteur... C'est grave?