Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 3 mars 2008

Ceci n’est (vraiment) pas un roman policier

On pourrait avoir un vaste débat sur les quatrièmes de couverture…
Il y a celles qui ne rendent pas du tout justice aux livres et nous font les reposer sur la table avec un « bof ! » dédaigneux (jusqu’à ce que l’avis éclairé d’une autre LCA attire de nouveau notre attention dessus et répare cette injustice).
Il y a celles qui nous racontent toute l’histoire ou ses éléments-clé de sorte qu’elles nous gâchent le plaisir de la lecture ou nous font méjuger un livre qu’autrement nous aurions pu adorer.
Il y a celles qui semblent n’avoir aucun rapport avec le livre qu’on vient de finir et qui nous font nous demander quand on les relit s’il n’y a pas une erreur (ou un stagiaire amoureux chez cet éditeur, au choix).
Enfin il y a celles qui sont une véritable publicité mensongère (ou écrites par des marseillais, au choix. NDLR : je n'ai rien de particulier contre les marseillais personnellement :-) ).

Dans le cas de La boîte d’ébène de Mrs Henry Wood (dans son édition France Loisirs), on tient un très beau mélange des deux derniers cas que j’ai cités plus haut (très très fort, ça !). Voici donc le fameux extrait de la quatrième de couv’ incriminée (le reste consistait à dire que Mrs Henry Wood pouvait être considérée comme une pionnière du noir) :
« Une boîte d’ébène a disparu. La pièce était fermée à double-tour et nul n’a pu s’en emparer. Que s’est-il passé ? »
Ainsi briefée, je m’attendais à lire un roman (court : le livre fait environ 150 pages) dans l’esprit « Hercule Poirot », avec une énigme a priori insoluble qui ne trouverait son explication que dans les dernières pages en une magistrale démonstration-qu’on-lit-d’une-traite-en-déglutissant-avec-difficulté-et-en-respirant-à-peine-mieux.

Ayant fini le livre, je m’interroge : l’auteur de cette quatrième de couverture a-t-il lu le livre au-delà de la page 12 (pages de garde incluses)? Ou bien s’est-il seulement fié à l’extrait de 3 lignes (issues des 12 premières pages) en 2ème de couverture* ? En fait la boîte d’ébène dont il est question disparaît 2 fois dans le livre, et ce à plusieurs années d’intervalle : la première fois, elle était censée se trouver dans un secrétaire (qui est donc un meuble et non pas une pièce) fermé à double-tour. Cette première disparition, dont la description se termine page 12 (pardon d’insister mais ça me sidère !!!), sert de préambule à la « vraie » disparition qui aura lieu dans la suite du livre. Cette histoire de quatrième de couv’ me laisse pantoise… Enfin non, je crois pouvoir dire qu’elle m’énerve franchement (vous conviendrez que ça a de quoi agacer un chouïa tout de même !) : je vais sérieusement réfléchir à passer du côté de ceux-qui-ne-lisent-pas-les-quatrièmes-de-couverture.

Mais revenons au roman : La boîte d’ébène n’est pas du tout une enquête sur la disparition d’une boîte d’ébène (Tu vois Le mystère de la chambre jaune ? … Eh ben ça n’a rien à voir. O_o). Effectivement cette fameuse boîte, qui contient tout de même 60 guinées d’or, disparaît et on n’arrive pas à savoir ce qui a pu se passer (au passage elle était posée sur une table, dans une pièce ouverte, c’est-à-dire pas du tout fermée à double-tour, où différentes personnes ont pu pénétrer… Tu vois la quatrième de couv’ ? etc. ). La résolution du « mystère » survient malgré tout à la fin du livre, mais ce n’est vraiment pas ce qui fait son intérêt. En clair : oubliez la magistrale démonstration finale, vous seriez déçus. Je dirais que ce roman parle plutôt de la suspicion, de l’honneur, du doute, bref ! de toutes les réactions qu’on peut observer lorsque quelque chose disparaît dans un cercle restreint de personnes. Il caricature aussi l’opinion publique qui s’émeut pour un rien, qui se scinde en « pros » et « antis », qui exclut avec rudesse certains citoyens sur un doute et qui, pour finir, feint d’avoir tout oublié dès lors qu’on lui démontre qu’elle s’est trompée. Tout cela, bien que traité d’une façon assez superficielle selon moi, est paradoxalement très intéressant.

Pourquoi ? Pour ce qu’il nous raconte du XIXe siècle et de comment on a pu écrire à ce moment-là.
Petite parenthèse : malheureusement en se basant simplement sur cette édition, on ne sait pas plus précisément à quelle époque La boîte d’ébène a été publié : on nous dit seulement que Mrs Wood est née en 1814 et morte en 1887. Heureusement qu’il y a le ’ternet… Cela dit la date de publication que je trouve (1890) étant postérieure à la mort de la madame, ça ne nous dit toujours pas quand elle a écrit le texte. M'enfin je suppose que ça doit dater de la seconde moitié du XIXe, fin de la parenthèse.
Par exemple, on trouve une sorte de morale à la fin de l’ouvrage : cela change tout au genre du livre et donc à l’opinion qu’on peut porter dessus (en tant que policier, il n’est pas terrible tandis qu’en tant que conte moraliste il se défend). Je suppose d’autre part que Mrs Wood n’était pas spécialement féministe car ses personnages féminins n’ont pas spécialement de personnalité et tous ses personnages principaux, y compris le narrateur, sont des hommes. Pour ceux et celles que cela intéresse, voici une bibliographie de la madame.
Voilà voilà ! Donc, en conclusion : c’est un roman qui porte un éclairage intéressant sur la littérature anglaise au XIXe et qui se lit très vite.

* : Pour la taille que fait cet extrait, je ne résiste pas à vous le recopier…
« Père, répondit le moribond, je ne m’explique toujours pas la disparition de cette boîte et ne sais même pas qui soupçonner, des morts ou des vivants. J’ai toujours gardé la clé sur moi, et vous savez que personne n’a forcé la serrure, puisque nous l’avons trouvée intacte. » Et voilà comment, sans avoir lu le livre, on pense pouvoir écrire une quatrième de couverture!

15 commentaires:

fashion a dit…

Ton billet est très intéressant, je serais curieuse de lire ce petit ouvrage (dans quelques mois:))). Et pour cette histoire de 4ème de couv', je suis passée résolument dans le camp de ceux qui les lisent APRES avoir lu le roman, j'ai été trop échaudée par des 4ème de couv' qui racontent tout le roman, qui donnent l'identité du meurtrier, qui expliquent la chute ou qui parlent carrément d'autre chose... Je milite pour la suppression des 4ème de couv'! :))))

Lucile a dit…

@ fashion : ouah, quelle réactivité! A peine posté, aussitôt lu! Chapeau bas madame!
En tous cas je pourrai te le prêter sans problème quand tu me feras signe.
Pour les quatrième de couv' je ne sais pas si je vais avoir la force de volonté de résister à les lire car elles me guident beaucoup dans mes achats de livres... Là ça voudrait dire que, sans un conseil avisé, tu te fierais uniquement au titre et au feeling que te donne la couverture... Du coup tu serais "obligée" d'avoir un conseil avisé... Argh, quel dilemme! C'est vrai qu'elles ne devraient pas exister du tout, on ne se poserait plus la question! Voilà : "Libérez les quatrièmes de couverture"!

Caro[line] a dit…

Je fais partie aussi du clan qui lit les 4èmes de couverture après avoir lu le livre. Et encore... des fois j'oublie ! :-)))

Enfin dans le cas de ce roman, c'est clair et net que celui ou celle qui l'a écrit a du oublier de lire le livre en entier... ou alors est un(e) gros(se) arnarqueur(se) professionel(le) cherchant juste à appâter le chaland !!!!

Karine a dit…

Je suis aussi de celles qui les lisent maintenant soit bien avant, soit après ma lecture... et, bizarrement je les place sur mon blog... je suis pleine de contradictions... ou de paresse, au choix!!!!

Lucile a dit…

@ caro[line] : Mais du coup comment choisis-tu les livres que tu lis? Seulement sur les conseils d'amis etc.?

@ Karine : Oui, le "bien avant" est aussi une solution. Je pourrais déjà essayer de m'en tenir à ça : ne plus relire la quatrième de couverture à partir du moment où j'ai ramené le livre chez moi...

Caro[line] a dit…

Cela fait longtemps que je n'ai pas acheté un livre au hasard en librairie... Tous les derniers livres achetés, c'est soit parce que je connais déjà l'auteur ou parce qu'il m'a été recommandé.

Sinon, autre exemple : pour Dublinois et Le portrait de Dorian Gray, je n'ai pas lu le 4ème de couverture, j'y suis allée les yeux fermés.

Contre-exemple : là, je viens d'acheter un livre d'un éditeur qui me plaît (Griffe d'encre) parce que leur présentation (je ne sais pas si ça correspond au 4ème de couverture) était tentante et que le début de cette novella me plaît !

Voilà ! Y a pas trop de logique en fait ! :-)))

Fantômette a dit…

Selon moi, il y a les livres "les yeux fermés" (auteur adoooré = déception qui va parfois avec, cf le dernier Paul Auster / roman conseillé = "le tour d'écrou" de Mme Bon-sens / incontournable longtemps contourné = "le comte de Monte-Cristo" dont je me délecte depuis quelques jours...) et effectivement les 4èmes de couv' parcourus au moment de l'achat et oubliés dans la foulée.
Une bonne idée serait que les maisons d'édition cessent de se f... du monde et rédigent des 4èmes dignes de ce nom et ne se contentent pas d'extraire quelques lignes du texte ou de bazarder un vague résumé approximatif. Ceci étant, je ne suis pas certaine que France Loisir soit particulièrement une référence en la matière, sans vouloir être désobligeante ;-)

Emeraude a dit…

depuis mon entrée dans la blogosphère, je suis décidément passer dans le clan de celles qui ne lisent pas la 4è de couv.... du tout ! ;-)
je choisis sur conseil d'amis/de bloggeurs, parce que j'aime l'auteur, parce que c'est un incontournable, parce que me l'a offert, parce que tout le monde en parle...
bref, tu connais le monde de la blogosphère déjà !
ceci dit, lors de ma dernière virée librairie en décembre, j'ai choisis uniquement sur mon instinct, avec les 4è de couv, et ça m'a fait du bien de revenir "au bon vieux temps" ;-)
Aujourd'hui, je lis beaucoup les 4è de couv, juste pour savoir de quoi ça parle, sans forcément vouloir les lire, mais c'est juste pour le boulot ;-)

Lucile a dit…

@ caro[line], fantômette et emeraude : merci pour vos témoignages, c'est intéressant de comparer nos pratiques je trouve! :)

@ fantômette : oui pour France Loisirs, je sais que ce n'est pas une référence. Je m'y étais inscrite pour une belle collection des Rougon-Macquart de Zola mais depuis quelques temps j'hésite à y rester, mais comme j'ai toujours trouvé quelque chose qui me plaisait je n'ai jamais franchi le pas. Pourtant je crois que ce club est un peu une plaie pour les petits libraires, non?

Seb a dit…

Tiens, c'est amusant, mais moi non plus je ne lis pas les 4ème de couv, sauf une fois que j'ai refermé le bouquin. La raison principale, parmi celles que tu as évoquées, est le fait que l'auteur s'est (normalement) pris la tête pour nous faire entrer peu à peu dans son histoire, dans son intrigue, dans son ambiance, et que la 4ème casse tout en quelques lignes (en nous annonçant, par exemple, qui va être tué et où et quand, comme c'est le cas sur la 4ème de "Ceux qui vont mourir te saluent", de Fred Vargas).
Le fait que la 4ème soit mensongère est secondaire pour moi, surtout parce que je la lis après. Et puis, c'est de bonne guerre : la 4ème, c'est quand même une page de pub, dont le seul but est d'attirer le chaland, non ?

Lucile a dit…

@ seb : la voix de l'expérience! c'est vrai qu'on a souvent tendance à oublier le point de vue de l'auteur là-dedans... Mais est-ce qu'on ne propose jamais aux auteurs de rédiger eux-mêmes leur quatrième de couverture?
Je suis d'accord que le but est d'attirer le chaland m'enfin quand même, à ce point! Disons que quand je lis au dos des adjectifs comme "fascinant", "envoûtant", "palpitant", "incroyable", etc. je peux les mettre mentalement entre parenthèses, faire jouer mon esprit critique... Je suis partie à écrire un commentaire de 50 lignes donc je vais m'arrêter là et je pense que je vais en faire un billet!
Merci du tuyau pour Ceux qui vont mourir te saluent, je ne l'ai pas encore lu (ni la quatrième de couv'! ;-) )!

Fantômette a dit…

Heureuse âme qui n'a pas lu tout Vargas ! *soupir*

Lucile a dit…

@ fantômette : :) il m'en reste 3 ou 4 (L'homme aux cercles bleus et L'homme à l'envers qui sont dans ma PAL + Ceux qui vont mourir te saluent et Sous les vents de Neptune...) Au moins! :D

Seb a dit…

Lucile, pour répondre à ta question, pour mes deux premiers romans, mes éditeurs m'ont effectivement proposé d'écrire moi-même la quatrième... et j'ai sauté sur l'occasion... pour me rendre compte que ce n'est pas si facile. Mais, au moins, comme ça, rien de ce que je veux garder secret n'est révélé trop tôt. Et tant pis si ces quatrièmes ne sont pas "vendeuses". De toute façon, je suis assez mauvais commercial... heureusement que j'ai des lecteurs qui le sont pour moi.

Lucile a dit…

@ seb : oui je conçois que l'exercice ne doit pas être évident! Mais comme tu dis tu es sûr de ce que tu donnes en "pré-pâture" au lecteur... Ce qu'il faudrait c'est un duo écrivain-"commercial" (même si c'est vrai que ce mot ne colle pas du tout aux livres) pour les quatrième de couv... J'imagine que ça se fait déjà comme ça dans certaines maisons d'éditions mais bon, j'aime bien faire comme si je réinventais la poudre! ^_^