Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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dimanche 23 mars 2008

Je n’ai rien vu à Hiroshima



Hiroshima mon amour est le second livre de Marguerite Duras que je lis, après Moderato Cantabile (il y a des années de ça !). Même si celui-ci est mieux passé que le précédent, je trouve le style Duras vraiment difficile à appréhender.

Une première chose que je ne savais pas en attrapant ce livre dans ma PAL, c’est qu’il s’agit d’un scénario de film. A la fois ça ne facilite pas la tâche car les dialogues, déjà plutôt étranges, sont entrecoupés d’indications sur ce qui se passe à ce moment-là ou sur le ton employé par les acteurs. En même temps, je pense que ces mêmes indications ont pu m’aider à ne pas décrocher à certains moments, notamment au tout début… Je vous mets par exemple le dialogue d’ouverture du film :

« LUI : Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien.
ELLE : J’ai tout vu. Tout.
ELLE : Ainsi l’hôpital, je l’ai vu. J’en suis sûre. L’hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir ?
LUI : Tu n’as pas vu d’hôpital à Hiroshima. Tu n’as rien vu à Hiroshima.
ELLE : Quatre fois au musée…
LUI : Quel musée à Hiroshima ?
ELLE : Quatre fois au musée à Hiroshima. J’ai vu les gens se promener. Les gens se promènent, pensifs, à travers les photographies, les reconstitutions, faute d’autre chose, à travers les photographies, les photographies, les reconstitutions, faute d’autre chose, les explications, faute d’autre chose. (…)
LUI : Tu n’as rien vu à Hiroshima, rien. »


Sans les indications sur ce que le spectateur verrait à ce moment-là, je me serais crue dans les passages de Moderato Cantabile qui m’avaient particulièrement déplu : des dialogues de sourds, desquels on attend un éclairage mais qui nous embrouillent plus qu’autre chose. Pourtant, les images censées défiler pendant ce dialogue (une alternance entre vision de grands brûlés et lieux de la ville) ne m’ont guère éclairée sur son sens. Est-ce que l’homme (qui est japonais) essaie de faire comprendre à la femme (une Française) que personne ne peut estimer avoir vu quelque chose de la catastrophe d’Hiroshima sans y avoir été le 6 août 1945 et dans les jours qui ont suivi? Est-ce qu’il est dans une situation de déni post-traumatique (je ne suis pas psy, ce que je viens de dire est peut-être complètement ridicule) ? Est-ce qu’il veut dire que tout ce qu’on peut voir dans la ville de Hiroshima au moment du récit (été 1957) n’a rien à voir avec la « vraie » ville d’Hiroshima, celle qui a été détruite (et que donc de Hiroshima il ne reste rien malgré la ville reconstruite à son emplacement)? Maintenant que j’y pense un peu plus longuement, je me dis que cette dernière solution est peut-être la bonne… Enfin, ces dialogues ont au moins le mérite de faire réfléchir !

Voici donc une histoire en cinq parties autour de ces deux personnages anonymes qui se trouvent à Hiroshima 12 ans après la catastrophe. Le poids du passé de cette ville particulière ne se fait pourtant vraiment sentir que dans la première partie du livre et légèrement à la toute fin. Le reste du scénario est finalement consacré à cet amour de passage auquel les deux protagonistes n’ont pas envie de mettre fin, et au passé douloureux de la jeune femme, que l’on découvre petit à petit.

Je pense que ce livre mériterait que l’on y consacre plus de temps que je ne l’ai fait, et surtout plus de réflexion, car je ne le trouve pas extraordinaire mais j’ai la nette impression d’être passée à côté de beaucoup de choses… Seulement que voulez-vous, moi ces dialogues bizarres ça me pose problème ! Enfin, je le relirai sûrement quand j’aurai quelques années de plus pour essayer de mieux comprendre les messages du livre ! Si vous pouvez d’ores et déjà m’éclairer sur ce que j’ai loupé, n’hésitez pas !

8 commentaires:

Emeraude a dit…

je n'ai jamais lu Marguerite Duras, ayant toujours entendu que son style était difficile à appréhender justement...
mais dans "la théorie des nuages", le japonais pour qui travaille l'héroïne vient d'Hiroshima et a connu le 6 août 1945. On en parle peu dans le roman mais c'était très intéressant de lire les passages dédiés à l'enfance de cet homme là (même si ce n'est que de la fiction!)

Karine a dit…

Lire un scénario de film est-ce bien différent que de lire du théâtre? J'aime beaucoup lire des pièces mais je crains un peu de me lancer dans une telle lecture, même si le thème me tente bien.. peut-être... un jour!

Stéphanie a dit…

remarque indigne d'une LCA : mais pourquoi le relire, je chercherais plutôt une nouvelle "présentation" en regardant le film (puisque justement c'est un scénario) : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=3651.html

Fantômette a dit…

Ya pas moyen, je n'arrive pas à lire Duras, à part "la vie matérielle" que j'avais beaucoup aimé.
Pourtant, sous l'influence d'une pseudo intello-bobo qui m'avait assené "mais noooon, tu ne peux paaaas ne pas avoir aimé "l'amant", c'est une meeeerveille de la littérature, tu n'as peut être pas encore la matuuuurité et blablabla" j'avais insisté DEUX FOIS ! Deux fois à m'enquiquiner (et je suis polie) sévèrement !
Tant pis, je préfère "Les p'tites poules" (cf blog de fashion) !!!

Lucile a dit…

@ emeraude : ah tiens, moi je ne l'avais jamais entendu dire... Je me serais sentie moins nulle à ne pas accrocher! ;-) Du coup ça me rassure quelque part, ton message!
@ karine : en fait je ne lis jamais de théâtre (sans raison autre que je suis toujours plus tentée par les romans! ^_^) donc je ne sais pas si c'est vraiment différent. Dans ce genre de scénaio, je pense quand même que ça n'est pas la même chose car les images proposées au spectateur sont souvent en totale déconnexion de la scène en elle-même alors qu'il me semble qu'au théâtre, toutes les indications concernent des choses qui se passent sur la scène et dans le décor qu'on voit... Enfin, en tous cas celui-ci est vite lu, donc n'hésite pas si tu as l'occasion!
@ stéphanie : meuh non, ce n'est pas une remarque indigne d'une LCA mais une suggestion judicieuse de LCA éclectique et cultivée ;-). Oui c'est une bonne proposition, je verrai si j'ai l'occasion de le voir... N'empêche que j'ai toujours l'impression d'avoir laissé beaucoup de choses de côté dans ma lecture, c'est pour ça qu'il faudrait peut-être que j'y revienne...
@ fantômette : ah ben toi aussi tu me rassures! C'est assez ça que je ressentais en n'aimant pas tant que ça le livre, cette pression cultivée, ce "voyons chérie, c'est im-pen-sable qu'une personne sensée et sensible puisse rester de marbre à la lecture de Duras!". Mais vous le faites bien relativiser Emeraude et toi! Ouf, et en plus je n'en ai plus dans ma PAL! :) Que l'une de vous s'aventure à y remédier et ça va barder! ;-) Meuh non, je plaisante, j'essaierai peut-être La vie matérielle... mais sûrement après Les p'tites poules! ;-)

Pimpi a dit…

Tu m'apprends quelque chose, je ne savais absolument pas qu'il s'agissait d'un scénario de film ! Du coup, n'étant pas fan de théâtre en général (et du coup, j'aurais tendance, comme Karine, a assimiler les deux), je pense que je vais passer mon tour pour ce roman. C'est ma LAL qui te dit merci !!!

fashion a dit…

Je suis comme Fantômette, Duras me tombe des mains et me sort par les yeux. Je n'aime pas son style et je n'aime pas ses histoires (enfin, ce qui en tient lieu)... De toute façon, le nouveau roman... Brrrr....

Lucile a dit…

@ pimpi : yes! on apprends aussi des choses ici! Tu m'en vois ravie! :)
@ fashion : rhâ, ça m'fait du bien de lire ton com'... Décomplexons, déculpabilisons de ne pas aimer Duras!