Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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jeudi 1 mai 2008

Mieux vaut tard que jamais...

Il y a à peine 15 jours (hum, hum), je me rendais à ma première rencontre du Club des Théières, joyeux goûter entre LCA parisiennes (sauf une qui vient presque de province, rendez-vous compte! Si c'est pas malheureux, ça... Tss, tss, tss...) qui papotent lecture autour d'un thème précis... Pour la dernière fois, nous devions lire un livre publié l'année de notre naissance... Je ne pensais pas que ce serait si difficile d'en trouver un! Bon d'accord, ma PAL ne fait même pas encore 3 chiffres, donc ce n'était pas étonnant que je n'y trouve rien de mon année, mais même via le net il est difficile de trouver son bonheur en-dehors des prix littéraires...

Je ne sais plus sur quel site j'ai découvert qu'Enfance avait obtenu le prix Livres Hebdo du livre de l'année l'année de ma naissance, alors vu que son titre collait bien avec le thème et aussi que c'était un des rares titres de la liste des primés dont j'avais déjà entendu parler (!), j'ai jeté mon dévolu sur celui-là...

Je vous dirai pour commencer quelques mots sur l'auteur : Nathalie Sarraute, la maman de la Claude du même nom, est née en 1900 en Russie (près de Moscou, pour être plus précise) dans une famille juive aisée et cultivée. Ses parents se séparent très tôt et elle vit d'abord avec sa mère, à Paris puis à Saint-Pétersbourg, avant d'aller de retourner vivre en France, avec son père cette fois (exilé à cause de ses idées révolutionnaires), alors qu'elle a huit ans. Elle ne reverra plus sa mère que très sporadiquement. Elle poursuit des études d'anglais, d'histoire, de sociologie et de droit entre Oxford, Berlin et Paris et devient ensuite avocate. Son premier livre, Tropismes, est publié en 1939. En tant que juive, elle doit se cacher pendant la deuxième guerre mondiale, et se consacre à l'écriture. Elle publie de nouveau en 1948 et devient une des figures phares du courant du nouveau roman. Elle s'attachera, entre autres, à "détecter les « innombrables petits crimes » que provoquent sur nous les paroles d’autrui [ce qu'elle appelle "tropismes"]. Ces paroles sont souvent anodines, leur force destructrice se cache sous la carapace des lieux communs, gentillesses d’usage, politesses… Nos apparences sans cesse dévoilent et masquent à la fois ces petits drames". (extrait de l'article consacré à la madame sur notre ami dont le nom commence par "Wiki" et finit par "pédia"). Enfance sera son avant-dernier livre publié (à 83 ans, tout de même. Le dernier, Ici, est sorti l'année de ses 95 ans!).

Me voici donc, avec entre les mains mon folio qui commence comme ça :
" - Alors tu vas vraiment faire ça? "Evoquer tes souvenirs d'enfance"... [...]
- Oui, je n'y peux rien, ça me tente, je ne sais pas pourquoi..."

Et ça démarre, essentiellement à la première personne et au présent de l'indicatif : Nathalie Sarraute, ou plutôt Natacha Tcherniak, nous raconte des souvenirs à elle, par flashes, en essayant de s'en tenir le plus fidèlement possible à ce qu'elle a vu, senti, ressenti ou pensé sur le moment, et en séparant bien ce qui est de l'ordre de l'analyse postérieure qu'elle a pu faire de ces souvenirs. Chacun de ces souvenirs peut prendre de une à dix pages, être plus ou moins brut de décoffrage...

On retrouve régulièrement cet interlocuteur par la voix duquel s'ouvre le livre et qui tutoie Nathalie Sarraute : sa conscience, son double, dont le rôle et le ton changent au fil du livre et qui, selon les passages, est plus ou moins bien distinct de la narratrice. Si au départ cet interlocuteur se montre plutôt méfiant par rapport aux dires de la narratrice principale, l'interpellant sur ses raisons de raconter un souvenir de telle façon plutôt que de telle autre, sur les déformations qu'elle pourrait apporter aux faits réels, etc. plus tard il devient presque contributeur du récit, s'accordant même une petite incursion dans le "je", surenchérissant sur l'autre, complétant un récit ou précisant un détail sans même que la narratrice "officielle" ne semble plus remarquer sa présence... Parfois, ce que je vais finir par appeler Gemini Cricket pour-lui-donner-un-nom-quand-même, questionne Nathalie pour l'amener jusqu'à une réflexion ou une conclusion précise.

Cela donne des souvenirs plutôt "dépassionnés", décrits dans l'ordre chronologique mais en pointillés, comme on peut soi-même se rappeler des bribes de son enfance, gardant un souvenir très net d'une scène pas particulièrement édifiante mais un trou béant sur une période qui aurait dû être primordiale dans sa vie. On retrouve aussi le décalage entre la vision de l'enfant et celle de l'adulte, qui fait que le souvenir est focalisé sur ce qui intéressait l'enfant à l'époque et non pas sur ce que l'adulte aimerait savoir rétrospectivement (suis-je claire??! O_o ).

Tout ceci est plutôt agréable à lire, certains souvenirs sont savoureux comme si c'étaient les nôtres (les passages évoquant la grand-mère notamment, vers la fin du livre). On suit la petite Natacha ("Tachok" comme l'appelait affectueusement son père quand elle était toute petite) depuis ses 5 ou 6 ans, entre chez sa mère et son père, à l'école (qu'elle adore, surtout la récitation et aussi les rédactions qui lui permettent d'utiliser tous les beaux mots qu'elle connaît mais qu'elle ne peut pas employer tous les jours), sur un banc dans le parc... et jusque dans le tramway de son premier trajet vers le lycée Fénelon, où Nathalie Sarraute situe la fin de son enfance.

Je trouve qu'Enfance est un livre dont il est vraiment difficile de parler (je n'ose pas vous dire le temps que j'ai passé à rédiger ce billet!), mais qui ne manque certainement pas d'intérêt, notamment pour les questions sur la sincérité vis-à-vis de soi qu'il soulève.

9 commentaires:

Karine a dit…

Ca semble vraiment spécial comme livre et le mode de narration m'intrigue. Peut-être le lirai-je juste pour ça!! Et oui, tu es claire, ça a valu la peine de passer tout ce temps sur ce billet!

Emeraude a dit…

ça me tente, même si ça n'a pas l'air si simple !

Lucile a dit…

@ Karine et Emeraude : alors si un jour vous le lisez, j'ai hâte de voir comment vous en parlerez! J'ai peut-être donné par ma façon d'en parler une image de ce livre plus compliquée que ce qu'il n'est en réalité : il est vraiment facile à lire, et très fluide! :)

Fantômette a dit…

Encore une fois, je suis victime de tours que me joue ma mémoire. Je me souviens parfaitement du plaisir à la lecture de ce livre (j'avais un peu hésité, "Tropisme" m'avait été une épreuve de lecture ), mais je n'ai aucun souvenir du contenu du livre, et ce, malgré ce que tu en écris.
A relire donc.

Lucile a dit…

@ fantômette : oui, ça m'arrive assez souvent aussi! ^_^

Anjelica a dit…

On a eu ce thème aussi avec notre club 'lire et délires' et tu as raison cela n'a pas été pas facile sur Internet de trouver ce genre d'infos.

Lucile a dit…

@ anjelica : oui, et comme par un fait exprès "La place", que j'ai attrapé au vol dans un échange bloguesque, est paru aussi en 1983! C'était bien la peine de passer du temps à en chercher tiens! ^_^

Anjelica a dit…

Bon, je dois t'avouer que ma recherche ne s'est pas située dans les années 1980...;)

Lucile a dit…

@ anjelica : les années 90 alors? ;) (c'est fou, mon petit frère qui est de 91 a 17 ans!! C'est de la folie, y'a plus d'jeunesse!)