Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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vendredi 2 mai 2008

Mon vieux...


On entend pas mal parler en ce moment d'Annie Ernaux dont le dernier livre, Les années, fait partie de la sélection du livre Inter 2008. Aussi, quand j'ai vu La place retourner à sa propriétaire devant moi, je l'ai attrapé au vol, l'ayant noté par ailleurs chez Tamara...

Nous avons donc ici un tout petit livre (une centaine de pages) dans lequel Annie Ernaux nous parle de son père. Ce désir lui est venu en 1967, l'été suivant sa mort. Elle écrit dans les toutes premières pages :
"Je voulais dire, écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l'adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, mais particulière, qui n'a pas de nom. Comme de l'amour séparé."

Et là, tout est dit. Dans l'expression "distance de classe". Car les parents d'Annie Ernaux, enfants d'ouvriers agricoles (du moins, son père), ont été ouvriers puis petits commerçants en Normandie. Et qu'Annie Ernaux, elle, s'est très vite détachée de ce milieu-là pour rejoindre celui de la petite bourgeoisie, vivant son origine modeste comme une gêne. Sans parler de honte, c'était quelque chose qu'elle a longtemps préféré oublier et séparer de sa vie le plus possible. En 1983 toutefois, à 43 ans, elle "passe aux aveux" avec la publication de ce livre, auquel je trouve des accents de repentance ou plutôt de b.a., dans le genre "ça ne me fait toujours pas plaisir de le dire, mais voilà le milieu d'où je viens, voilà comment on parlait chez moi".

Elle attache beaucoup d'importance à la façon de parler de son père, aux lieux communs de sa condition : le livre regorge de ces expressions ou mots en italique, comme la gosse ne manque de rien, que voulez-vous ou on ne peut pas être plus heureux qu'on est. Elle raconte l'obsession de l'apparence qu'avaient ses parents, leur souci permanent ce que pouvaient bien penser les autres (tout le monde) et qui dirigeait toute leur vie (depuis l'état du potager qui pourrait faire jaser les voisins à l'apparence du commerce, dont les planchers seront recouverts de linoléum parce que c'est ce qui se fait)...

J'ai été touchée par ce portrait d'un père par sa fille. Même si je ne savais pas bien ce qu'elle voulait en déduire pour elle-même. Peut-être rien. Elle écrit p. 45 :
"J'écris lentement. En m'efforçant de révéler la trame significative d'une vie dans un ensemble de faits et de choix, j'ai l'impression de perdre au fur et à mesure la figure particulière de mon père. L'épure tend à prendre toute la place, l'idée à courir toute seule."

J'ai reconnu ces gens, de cette condition, avec leurs raisonnement et leur façon de penser, des gens "simples" comme le dit Annie Ernaux. Et si je n'ai pas trouvé dans le récit sa tendresse à elle pour eux, j'ai au moins ressenti la mienne.

Merci à Caro[line] pour le prêt!

Retrouvez aussi les billets de Tamara, de Stéphanie et de Caro[line]

P.S. : Evidemment, le titre. La célèbre chanson de Daniel Guichard comporte, derrière des mots tout simples, la même sorte de déclaration d'amour à mots couverts d'un enfant pour son père qu'on trouve dans ce livre (en un peu plus explicite peut-être)

5 commentaires:

Stéphanie a dit…

Heureuse qu'il t'ai plu
J'étais malheureusement complètement passée à côté

Fantômette a dit…

Comme pour le Sarraute...


La loyauté de classe, comme le changement de classe sociale, est souvent une chose difficile dans notre monde où l'étiquettage est de rigueur.

Lucile a dit…

@ stéphanie : je comprends tout à fait cela dit comment on peut ne pas l'aimer. L'écriture est très dépouillée, avec parfois des phrases consistant plus à un juxtaposition de mots (comme l'avait écrit Caro[line] dans son billet) qui m'a gênée parfois.

@ fantômette : celui-ci est très court, ça ne te prendra pas trop de temps de le relire si l'envie t'en prends! ;-) Et, s'il n'y avait pas d'étiquettage, le concept d'ascension sociale n'existerait pas... Ce serait plus simple en effet, moins douloureux pour ceux qui sont à la croisée de deux "mondes". Cela dit, à chacun de se débrouiller du regard des autres (certains s'en fichent complètement, tant mieux pour eux, mais d'autres surinterprètent, au contraire... Pas évident!). *soupir* :)

chiffonnette a dit…

Il y a un moment que j'entends parler d'ele, mais je ne me sens pas encore tout à fait prête à me lancer! Ca viendra sans doute!

Lucile a dit…

@ chiffonnette : Oui sans doute! Et au pire, si tu n'es pas prête, je crois que plusieurs de ses bouquins sont très courts... ^_^