Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 25 août 2008

Même joueur joue encore


La dernière fois que j'ai lu Duras, je me suis dit que ça ne devait vraiment pas être pour moi. Son écriture hâchée menu-menu, sa (non) logique d'enchaînement, ses débuts, ses fins, ... enfin, tout quoi! me résistant quelque effort que je fasse pour m'y coller... Il paraissait donc peu probable que je m'acharne avec ce pourtant monument de la littérature française (qu'on m'a dit)...

C'était sans compter la pugnacité de Laetitia (encore elle!) qui, en plus de m'avoir forcé à emporter Soie juste après que je lui aie dit "Allez, aujourd'hui je ne ramène RIEN du Club des Théières!", a glissé avec ce petit opus de Maggie ("Allez, il est tout riquiqui celui-là! Et puis pas de caprice, tu vas le lire sinon j'appelle ton père!!"). Vous imaginez un peu l'autorité de Laetitia! Bref, au point où j'en étais, j'ai récupéré tout ce que je pouvais au CdT, une forme de boulimie livresque de désespoir, je pense. Pourquoi Laetitia s'est-elle entêtée, hein? Parce que Marguerite Duras, selon ses propres mots, lui "décolle la pulpe". Tout à fait. Alors elle veut me donner du "Secoue, secoue-moi!" à moi aussi... Surtout que mes deux tentatives avec Duras ont été des rendez-vous manqués... Alors bon, 124 pages, Maggie -TA Maggie! -, je me suis dit "Je peux bien lui faire cette fleur, à la petite!", et voilà je l'ai pris... (parce que j'ai un coeur gros comme ça, et pas du tout parce que Laetitia me fait peur quand elle menace d'appeler mon père!)
Ai-je bien fait? Je pense que oui.

Je ne vais pas mentir : ce livre n'a pas transfiguré ma vision de Duras. Je n'ai pas eu envie en le fermant de vite aller m'en procurer un autre pour enfin comprendre et apprécier pleinement sa prose. Ca ne m'a pas décollé la pulpe. MAIS il y a du mieux. Je crois que je commence à accepter sa façon d'écrire (et avec mon esprit terre-à-terre, c'est loin d'être évident, je vous l'assure!), à accepter de lâcher prise et de ne pas tout saisir. A attraper au vol un passage que je comprends, à perdre un peu la logique et à me raccrocher un peu plus loin à autre chose... Oui, mesdames et messieurs, j'ai joué à Tarzan dans ce livre! (Suis ready pour l'accrobranche, là!)

Bon, pour être franche, je pense que c'est juste qu'il y avait dans "Ecrire" des passages que je pouvais comprendre, tout simplement, alors qu'il n'y en avait pas (ou pas autant) dans mes précédentes tentatives. La preuve? C'est que sur les 5 textes que comporte ce recueil ("Ecrire", "La mort du jeune aviateur anglais", "Roma", "Le chiffre pur" et "L'exposition de la peinture"), seuls les deux premiers m'ont paru assez comprehensibles (ce qui est encore différent de "logiques", on est bien d'accord...). Comprendre : "les 3 derniers m'ont profondément saoulée".

En quelques mots tout de même, un micro-résumé de chaque texte...

"Ecrire" : où Marguerite Duras livre ses réflexions, comme elles viennent semble-t-il, sur le travail d'écriture, et notamment sur la solitude (physique ou morale) qui lui est inhérente. Où l'on sent toute la complexité que Duras voit dans l'acte d'écriture. Où l'on lit parfois des choses sans rapport, comme les réflexions suscitées chez l'auteur par l'agonie d'une mouche (mais j'ai beaucoup aimé ce passage personnellement). Intéressant mais toujours aussi mystérieux pour moi sur une chose : comment et pourquoi choisit-elle d'arrêter d'écrire à ce moment-là?!?!

"La mort du jeune aviateur anglais" : où l'on apprend l'histoire (apparemment vraie) de ce tout jeune soldat anglais qui, aux derniers jours de la deuxième guerre mondiale, s'amuse à attaquer des allemands et meurt bêtement, par jeu. Où l'on lit la douleur et l'incompréhension que cette histoire suscite chez l'auteur, à qui cela évoque la mort de son propre petit frère à l'âge de 20 ans. Où je me suis un peu lassée de l'insistance de MD sur certaines idées (l'absurdité de la mort d'un "enfant" en particulier ; c'est vrai, mais bon, quand même, si on pouvait aller plus loin ou parler d'autre chose, ou juste utiliser d'autres termes...)

"Roma" : où l'on assiste à un dialogue digne de Moderato Cantabile, façon "dialogue de sourds", entre un homme et une femme, sur la terrasse d'un hôtel à Rome. Où j'ai pataugé tout le temps pour essayer de comprendre de quoi il s'agissait (la madame travaille dans le cinéma ; le monsieur aucune idée) et ce qu'on essayait de me dire.

"Le nombre pur" : où "le nombre" désigne la masse du prolétariat, où l'on "s'étend" d'abord sur les récupérations du mot "pur" (par les nazis évidemment) pour sauter ensuite sans aucun lien (que j'aie pu comprendre, du moins) vers tous les employés des usines Renault de Boulogne-Billancourt à travers les décennies. Où l'on est content que ça ne fasse que 4 pages.

"L'exposition de la peinture" : où l'on se dit, encore une fois, qu'il n'y a pas de début et pas de fin et qu'on ne sait pas pourquoi on nous raconte ça. Où l'on suppute que c'est pour nous montrer la contradiction dans l'esprit d'un artiste-peintre qui a caché son travail pendant des années pour d'un coup tout exposer en même temps, qui veut que l'on regarde ce qu'il a fait mais qui parle de tout autre chose et sans discontinuer pendant qu'il accroche ses toiles, qui souhaite faire quelque chose de très particulier et donc le fait lui-même mais dit en même temps que ce n'est pas exactement ça qu'il veut... (Tiens, je suis presque étonnée d'avoir pu dire tout ça de ce texte!)

Une remarque qui m'est venue pendant que je réfléchissais aux "non-fins" de Duras, et à la raison pour laquelle ça m'agace tant que ça. Je crois que c'est parce qu'elles dérobent mon esprit à moi (magnifique construction, n'est-ce pas? On dirait un engagement de mariée! lol). Je m'explique (enfin, j'essaie! accrochez-vous, car même après relecture, ce n'est pas évident) : avec un texte normal (i.e. avec une vraie fin), toute la matière nous est livrée pour qu'on prolonge mentalement l'histoire si on en a envie. En quelque sorte c'est le texte qui finit sa course en nous. Avec Duras, c'est l'inverse : c'est nous qui finissons notre course dans ses livres. Et moi ça m'agace de me faire voler mon esprit, voilà!

Bon il est temps que je m'arrête, je crois! :p Mais je retenterai peut-être Duras, finalement...
Merci Laetitia! :)

6 commentaires:

Laëtitia a dit…

Pas mal du tout... Elle ne t'a pas décollé la pulpe mais elle est tout de même parvenue à te voler ton esprit !!! Je te laisse mûrir encore un brin avant de te confier "C'est tout" mon Duras préféré ;-) Et cesse d'avoir peur... Laëtitia, une amie qui te veut du bien (aie confianccccce gniark gniark)

Lucile a dit…

@ laetitia : oui, laisse-moi mûrir en paix! ;-)

Brize a dit…

Tu décris parfaitement l'effet que cette lecture a produit sur toi (et ce n'était pas évident d'y arriver !). C'est bien d'avoir essayé... mais ça ne me donne pas trop envie d'essayer à mon tour : pour le moment, je vais en rester à tes impressions (dit la paresseuse !) !

Lucile a dit…

@ Brize : ton commentaire me rassure un peu car je ne me sentais pas nécessairement claire en écrivant!! Bon, il semblerait que j'aie à m'y recoller d'ici peu sous peine de recevoir des coups de fouet, donc tu pourras avoir un retour de plus de ma part sur ce blog! ;-)

Fantômette a dit…

Après ma première lecture de "L'amant", j'avais eu la maladresse de dire au cours d'un dîner (j'étais jeune, j'allais encore dans des dîner... Pfff !! ) que je n'avais pas aimé du tout. Ouh là là !! Ce soir là, j'ai pris la mesure de ma grande inculture, de mon sectarisme fruste et de ma sottise crasse.
Toute honteuse, j'ai relu (en cachette) "L'amant". Et j'ai bien dû accepter mon inculture, mon sectarisme et ma sottise puisque je ne saurai en aucun cas, aimer "L'amant".
Mais courageuse, je suis. Je me suis attaquée comme toi à "Moderato cantabile" : au secours !
Et le reste tout à l'avenant.
Sauf.
Sauf "Ecrire", et surtout "La vie matérielle". Parce que dans "La vie matérielle", je comprends tous les mots. Même quand ils sont mis ensemble.

Lucile a dit…

@ Fantômette : c'est appréciable quand on comprend les mots de Duras une fois mis ensemble! Je garde "La vie matérielle" dans un coin de ma petite tête pour un jour où je voudrai retenter ZE monument! Merci du conseil! ;-) (et du témoignage pour les non-Durasophiles!!) :D