Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 13 octobre 2008

Monte-Cristo et la femme libérée


Je ne suis pas la première à vous parler de On s'y fera (et sans doute pas non plus la dernière), alors avant toute chose je m'excuse platement pour ce manque cruel d'originalité avant de me lancer! :) (Au passage préparez-vous à un autre manque d'originalité très bientôt! ;-) )

Nous suivons dans ce roman l'histoire d'Arezou, une femme iranienne d'une quarantaine d'années, divorcée et chef d'entreprise (elle a repris l'agence immobilière que tenait son père à la mort de celui-ci). Différents personnages gravitent autour d'elle : son égocentrique et insupportable mère Mah-Monir ("Lune resplendissante", tu m'étonnes qu'elle manque tellement de modestie!), sa fille Ayeh (19 ans et capricieuse au possible), sa meilleure amie et collègue de travail Shirine, les serviteurs Naïm et Nosrat (dans la famille depuis qu'elle est enfant), et enfin Sohrab Zardjou, initialement un client, avec lequel une histoire d'amour va se construire. A travers le quotidien d'Arezou et ses relations avec ces différents personnages, on découvre plus une culture et un mode de vie qu'on ne suit le déroulement d'une histoire.

De façon générale, cette galerie de portraits est très réussie. La jeune Ayeh est très attachante : on reconnaît parfaitement une ado "classique +", délurée et insouciante mais carrément capricieuse. J'ai trouvé que ses propos sonnaient très juste. Le personnage de Mah-Monir est proprement insupportable et ne manque pas non plus de réalisme. Entre une telle mère et une telle fille, on comprend mille fois les coups de blues d'Arezou, ses questionnements...
Shirine, la super-copine, m'a beaucoup plu aussi : féministe à l'excès depuis que son presque-mari l'a plaquée sans crier gare à la veille de son mariage, elle est toujours derrière Arezou pour l'aider à garder la tête froide et à être "célibattante". Tout à fait le genre de personne que vous et moi pouvons côtoyer, le genre toujours joyeux en apparrence qui nous fait nous demander "Mais jamais elle est déprimée, non? Comment fait-elle?", le genre Saint-Bernard, qui s'occupe tellement de nous qu'on en oublie de lui demander comment elle va, elle...
Seul Zardjou m'a laissée sur ma faim : cet homme est "trop" pour être vrai. Trop gentil, trop riche, trop célibataire... Je m'attendais à voir une partie des mystères qui l'entourent révélée, mais visiblement ce n'est pas quelque chose qui intéressait Zoyâ Pirzâd... Du coup je ne comprends pas vraiment pourquoi avoir taillé à Sohrab ce costume de bienfaiteur anonyme et mystérieux à la Monte-Cristo.

Sur la forme, j'ai souvent eu pas mal de fil à retordre avec les dialogues ("Mais qui parle, bon sang!!??!") mais au bout d'un moment j'ai fini par comprendre que l'auteur estimait que si elle venait de décrire ce que faisait une personne c'est que c'était elle qui commençait à parler.

Sur le fond, il y a plusieurs choses à dire.
Un premier point plutôt positif est le contexte de l'histoire, à savoir une société iranienne à plusieurs vitesses : différentes réalités sociales se côtoient en effet dans le pays (comme partout vous me direz) et on se situe ici clairement dans une famille plutôt aisée où l'on travaille, certes, mais dans des conditions de vie tout à fait correctes. A travers les yeux d'Arezou, qui réalise elle-même lors d'un trajet en bus à quel point elle ignore le mode de vie de tout une frange de la population, cette réalité sociale est soulignée, et c'est selon moi un excellent point. Ca revient à éviter de désigner le quotidien d'Arezou comme la moyenne ou la normale aux lecteurs qui ne connaîtraient rien à ce pays comme moi.

En revanche, j'ai été gênée par le côté "normalisé" de la place de la femme dans la société iranienne d'aujourd'hui : l'auteur se contente de mentionner la police des moeurs (qui intervient à un moment dans un café pour vérifier que les femmes sont correctement voilées) sans émettre la moindre esquisse de jugement, idem pour la séparation des hommes et des femmes dans les bus... Et ça m'a choquée : autant le fait que les foulards et tchadors soient des pièces d'habillement mises en valeur dans le livre passe tout à fait, autant je n'arrive pas à voir les restrictions des libertés des femmes comme une simple caractéristique d'une société. Mais bon, c'est peut-être mon côté féministe qui ressort...??! En tous cas, ça fait un sacré décalage avec Persépolis! Dans le même esprit, les rapports des "maîtres" à leurs "serviteurs" m'ont également beaucoup gênée : cette sorte de hiérarchie individuelle assumée de part et d'autre ne fait pas du tout partie de repères que je juge concevables, dans quelque culture que ce soit. Je m'en suis rendue compte à ma lecture et je n'arrive pas à savoir si c'est manquer d'ouverture d'esprit ou pas...

Enfin pour ce qui est de l'histoire, j'ai été désarçonnée que l'auteur l'arrête au moment où il l'a fait. Pour moi tout reste en suspens : je ne dis pas qu'il faudrait que tout soit résolu, j'aime bien imaginer comment les personnages vont continuer à vivre leur vie, cela dit il me semble qu'ici on reste dans une sorte de tension narrative plutôt inconfortable...

Pour conclure, je ne peux pas dire que j'ai aimé cette lecture. Sans qu'elle m'ait été désagréable, j'ai trouvé plusieurs éléments peu ou pas exploités (le blog d'Ayeh, le mystère Zardjou, l'histoire de Shirine...), et c'est fort dommage au vu des points positifs, qui existent, certes, mais ne suffisent pas.

Retrouvez les avis de Fashion, Tamara, Brize, Delphine, Praline et sans doute d'autres que j'oublie!


Merci au Livre de Poche!

5 commentaires:

Fantômette a dit…

De ce roman, je ne dirai rien (je ne l'ai pas lu, et ne le lirai sans dou te pas) mais pour le dernier opus de Patricia PARRY : courez l'acheter !!! Le meilleur de PARRY, FREUD comme on ne le connait pas et Antoine... Aaaaah, Antoine !! Et Anne, aussi. Et Sami... Aaaaah, Sami !! Une intrigue machiavélique, une culture toujours élégante et des personnages attachants (Ô combien). Que demander de plus ??

Lucile a dit…

@ fantômette : je me disais "ah tiens, enfin une réaction sur ce livre!" et voilà que je lis ton com'! mdr! :) Bon, ben on se refait pas comme on dit ; tu es toujours une ardente défenseure des écrits de Madame Parry, je vois! J'ai acheté Cinq leçons lundi, je finis mon livre en cours et c'est son tour, voilà. Contente? ;-)

A_girl_from_earth a dit…

Boh, manque d'originalité manque d'originalité... pas du tout! moi c'est la première fois que je lis un commentaire sur ce livre que je découvre. Bon je sais, je ne traîne pas assez sur la toile vu que j'ai négligé la cueillette ces derniers temps. Cela dit, malgré ton appréciation mitigée de ce roman, je pense que je vais me le noter, ça a l'air plutôt intéressant.

Florinette a dit…

Je l'ai vu à la biblio et à force de lire des avis mitigés sur ce livre, cela titille ma curiosité !

Lucile a dit…

@ a_girl : en ce cas ça me fait plaisir que tu l'aie découvert chez moi, alors! :) J'ai hâte de voir ce que tu en penses (enfin dès que j'aurai un peu le temps de retourner sur les blogs! :/ )

@ florinette : ben pareil alors, je vais attendre ton avis! (dès que... blablabla copié-collé) ;-)