Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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samedi 11 octobre 2008

Vlam!


Je ne sais pas comment démarrer ce billet. Je pensais être déçue par ce livre parce que je n'en avais eu que de bons échos (logique, n'est-ce pas?). Mais en fait j'ai vraiment beaucoup aimé ce dernier acte de pression en date de ma tortionnaire en lecture (que je finirai peut-être par nommer un jour mon mentor, qui sait?)...

Dans ce tout petit texte de 85 pages, un trompettiste employé dans un orchestre sur le bateau Le Virginian, nous raconte avec son parler bien particulier l'étonnante histoire de Novecento, le pianiste attitré du bateau. Novecento s'appelle comme ça parce qu'on l'a trouvé "la première année de ce foutu nouveau siècle". Il a été abandonné âgé de quelques jours à peine sur le piano de la salle de bal des premières classes, et depuis n'a jamais posé un pied sur la terre ferme. Officiellement, il n'existe pas : il n'est dans aucun registre, aucune archive d'aucun établissement d'où que ce soit. Novecento, il est... pianiste. C'est tout. C'est ce qu'on découvre à la mort de son père adoptif et qu'il ne cessera de démontrer par la suite, se forgeant bien à son insu une réputation dont il n'a que faire. Novecento, il est capable de voyager en esprit, de décrire aussi précisément que s'il y avait été tout un tas de villes, de ruelles odorantes, de paysages... "Le monde, il ne l'avait peut-être jamais vu. Mais ça faisait vingt-sept ans que le monde y passait, sur ce bateau : et ça faisait vingt-sept ans que Novecento, sur ce bateau, le guettait. Et lui volait son âme." (p.43)

Finalement, ce livre ne raconte pas grand chose de plus que ça : l'histoire de Novecento telle que notre ami trompettiste l'a découverte petit à petit, au cours des sept années qu'il a passées à bord du Virginian. Ce texte, écrit à l'origine pour un comédien et un metteur en scène, Baricco lui-même en dit dans la préface qu'il lui donne "plutôt l'impression d'un texte qui serait à mi-chemin entre une vraie mise en scène et une histoire à lire à voix haute." Je ne saurais que lui donner raison, dans le sens où je n'ai eu aucune difficulté à lire Novecento : pianiste en tant que roman mais que j'aurais plusieurs fois été curieuse de le voir joué.

N'empêche que cette lecture fut vraiment un régal de poésie (toujours, comme dans Soie ou Sans sang), d'humour, de réalisme (la façon de s'exprimer du narrateur est plus vraie que nature, spontanée à souhait!) et d'émotions (rien de renversant pour ma part, mais des petites jubilations par moment, des petits serrements de gorge aussi...). Encore une très bonne expérience de Baricco : je vous conseille vivement de la tenter aussi! En plus il est tout petit, ce livre, ça ne compte pas! :D

Un extrait qui m'a bien fait rire (p. 59) et qui, comme vous le comprendrez vite, donne son titre à mon billet :
"Moi, cette histoire des tableaux, ça m'a toujours fait une drôle d'impression. Ils restent accrochés pendant des années et tout à coup, sans que rien se soit passé, j'ai bien dit rien, vlam, ils tombent. Ils sont là accrochés à leur clou, personne ne leur fait rien, et eux, à un moment donné, vlam, ils tombent, comme des pierres. Dans le silence le plus total, sans rien qui bouge autour, pas une mouche qui vole, et eux: vlam. Sans la moinde raison. Pourquoi à ce moment-là et pas à un autre? On ne sait pas. Vlam. Qu'est-ce qui est arrivé à ce clou pour que tout à coup il décide qu'il n'en peut plus? Aurait-il donc une âme, lui aussi, le pauvre malheureux? Peut-il décider quelque chose? Ca faisait longtemps qu'ils en parlaient, le tableau et lui, ils hésitaient encore un peu, ils en discutaient tous les soirs, depuis des années, et puis finalement ils se sont décidés pour une date, une heure, une minute, une seconde, maintenant, vlam. Ou alors ils le savaient depuis le début, tous les deux, ils avaient tout combiné entre eux, bon t'oublie pas que dans sept ans je lâche tout, t'inquiète pas, pour moi c'est bon, alors d'accord pour le 13 mai, d'accord, vers six heures, ah j'aimerais mieux six heures moins le quart, d'accord, allez bonne nuit, bonne nuit. Sept ans plus tard, 13 mai, six heures moins le quart : vlam. Incompréhensible."

L'avis de Laetitia est ... Merci pour le prêt, miss! :)

10 commentaires:

Laëtitia a dit…

Je suis ravie que Novecento ait su te séduire et je suis presque sûre de mon coup pour celui que j'ai réussi à te fourrer dans le sac vendredi soir ;-)

L'amie tortionnaire

Anjelica a dit…

je l'ai déjà noté et si tu en as envie le film tiré de ce court roman est pas mal du tout :)

orchidee a dit…

je viens de terminer et j'ai ADORE effectivement, le voir joué ça doit être excellent ! je mets bientot mon billet

Lucile a dit…

@ laetitia : :) Encore merci pour celui-ci. Pour l'autre... je te dirai bientôt! ;-) (mais tant que tu restes sous les 120 pages, ça me va! ;-) )

@ anjelica : ah pourquoi pas... Je ne savais pas que ça avait donné lieu à un film... Si j'ai l'occasion je le regarderai! Merci pour l'info en tout cas! :)

@ orchidee : je vais voir ce que tu en as pensé! ;-)

Karine :) a dit…

J'ai vraiment, vraiment, vraiment aimé ce roman, moi aussi!!! Ca a été ma première rencontre avec Alessandro Barrico, en plus!

Lucile a dit…

@ karine : ça devait être quelque chose alors! ;-)

pom' a dit…

je viens de me régalé avec soie, je note celui-çi

Caro[line] a dit…

C'est mon Baricco préféré ! Mais il m'en reste encore à lire, dont "Océan Mer" qui est dans ma PAL et que je te prêterai si tu veux. ;-)

kesalul a dit…

Ca l'air tr-s beau comme histoire. Je suis tentée!!

Lucile a dit…

@ pom' : oui, tu ne le regretteras pas à mon avis! :)

@ caro[line] : pour Océan Mer je pense attendre de voir ce que tu en penses avant de te dire oui. Et puis j'ai déjà un livre à toi à lire! ;-)

@ kesalul : oh oui, laisse-toi tenter, ça vaut vraiment le coup à mon avis! :)