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samedi 29 novembre 2008

De l'injustice


Récemment je découvrais la prose de Nathalie Le Gendre (que j'avais rencontrée à Epinal au festival des Imaginales) avec Mosa Wosa. J'ai donc poursuivi ma découverte de son univers avec cet opus dont j'ai longtemps eu du mal à retenir le titre, parce que, bon, moi et les chiffres... (mais maintenant que je l'ai lu, c'est plus simple!) et je dois avouer que j'ai préféré le premier.

Je ne connaissais rien à l'affaire Seznec avant d'avoir lu ce livre (si vous êtes aussi dans ce cas, vous pourrez trouver quelques informations ;-) ), à part que cet homme avait été emprisonné sans qu'on soit réellement sûr de sa culpabilité. Cet épisode a largement inspiré Nathalie Le Gendre pour 49 302 puisque son héros, Loïk Guilherm, injustement accusé du meurtre de son meilleur ami, est envoyé dans un bagne spatial. Le titre lui-même est en fait le numéro de bagnard commun à Guillaume Seznec et Loïk.

Le roman est une mise en abîme de différents récits : un premier centré sur Elora, 16 ans, débute le livre quand la jeune fille découvre dans le grenier de sa grand-mère Maelwenn (qui vient de décéder) une malle contenant de nombreux souvenirs et un roman écrit de sa main et jamais publié. L'histoire d'Elora vient également achever le roman après que l'on ait lu avec elle le livre de Maelwenn. Celui-ci constitue le deuxième point de vue : Maelwenn s'y fait très discrète puisqu'elle écrit au nom de son frère Loïk, emprisonné au bagne durant des années pour un crime qu'il n'a pas commis. Le troisième niveau du livre est donc immédiatement imbriqué dans le second : elle nous raconte l'histoire du jeune prisonnier (telle que l'imagine sa soeur), condamné aux travaux forcés sur la planète Syringa/Nua¨ à une année de la Terre en vaisseau spatial. Cette construction "en poupées russes" permet à Nathalie Le Gendre de mettre en perspective sur plusieurs générations les impacts que peut avoir au sein d'une famille un emprisonnement de longue durée, qu'il soit injuste ou non, et ce sans alourdir le texte.

Malgré le décalage temporel (l'histoire de Loïk se déroule de 2123 à 2134), nous voici ici encore en présence d'un livre engagé et actuel, qui dénonce notamment l'injustice, à la base de toute cette histoire, mais également les conditions déplorables de rétention des bagnards et sans doute encore de nombreux prisonniers d'aujourd'hui, y compris dans notre pays (on en a encore entendu parler récemment, d'ailleurs). Au-delà de ces thèmes, l'auteur revient sur le respect de la nature et des différences entre peuples (que l'on trouvait déjà dans Mosa Wosa) en faisant rencontrer à Loïk les autochtones de Nua¨. Je n'en dis pas plus pour ne pas déflorer le roman, mais sachez qu'il se passe pas mal de choses au cours de ces 216 pages.

"Et alors?" vous dites-vous... Qu'est-ce qui m'a moins plu dans ce roman? J'ai du mal à le dire. En fait j'ai déjà du mal à situer pour quels lecteurs ce livre est le plus adapté : à la fois on y trouve des messages, des situations ou des réactions vraiment simplifiés, qui donneraient à penser que ce livre est pour les jeunes pré-ados (ce qui va dans le sens du site des éditions Mango, qui le conseillent à partir de 11 ans), mais en même temps on est confronté à des scènes assez dures sur les mauvais traitements subis par les bagnards ou à des sujets de réflexion très adultes qui me paraissent difficiles à appréhender par ces mêmes jeunes. Comme tout cela concerne essentiellement le personnage de Loïk, on ne peut pas s'identifier à lui, du moins pas tout au long du récit. Je pense que c'est surtout cela qui m'a gênée, en fait. Et puis il y a aussi la langue, que j'ai trouvée souvent malmenée dans ce roman. C'est dommage.

En conclusion, j'ai beaucoup de mal à donner mon avis sur 49 302. Il y a beaucoup beaucoup de thèmes abordés en peu de pages, ce qui donne lieu à une simplification un peu trop poussée des messages à mon sens (mais comme pour Mosa Wosa, c'est aussi une question d'âge du lectorat... et je ne suis pas dans la cible! ^_^ ) et on est parfois agacé au cours de la lecture par le style inégal. Cependant le thème de l'injustice reste un sujet fort qui mérite que l'on s'y intéresse et que l'on en parle, et l'attachement de Nathalie Le Gendre à ce sujet se ressent à travers ses mots. Et ça tombe bien, si on me demande de quoi parle ce roman, je ne parlerai pas de l'histoire particulière de Loïk au bagne : je dirai "de l'injustice".

4 commentaires:

SBM a dit…

A mon humble avis, ce n'est pas le meilleur de Nathalie Le Gendre. Moi aussi j'ai préféré "Mosa Wosa"

Lucile a dit…

@ SBM : bienvenue (non?)! As-tu lu tous les livres de Nathalie Le Gendre? Mosa Wosa est-il ton préféré des cinq? Sinon lequel est-ce? Merci pour tes éclairages! :)

SBM a dit…

J'ai lu "Mosa Wosa", "Automates", 49 302" et "Les orphelins de Naja" et le premier est celui que j'ai préféré. Le dernier a suscité une polémique dont on doit encore trouver des échos sur le net.

Lucile a dit…

@ SBM : ok, merci! :) Oui, à ce que je sais des "Orphelins de Naja" ça ne m'étonne pas d'apprendre que ça a pu susciter une polémique...