Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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dimanche 16 novembre 2008

Double-je


J'ai fait la connaissance de Nathalie Le Gendre à Epinal, en mai dernier, à l'occasion des Imaginales. Essentiellement publiée chez Mango éditions, dans la collection jeunesse "Autres Mondes", cette Bretonne avenante m'était vivement recommandée par Magali D. (Griffe d'Encre, of course). Je connais mal la littérature jeunesse (mais qu'est-ce que je connais, au fond, vous demandez-vous... et moi avec vous, d'ailleurs!) et surtout j'adore découvrir sur les conseils de telle ou telle personne. Aussi acquis-je deux des cinq romans de la dame parus à ce jour, non sans hésitation sur les titres retenus...

Six mois ont passé, n'empêche que je n'ai pas oublié la consigne de Nathalie quant à l'ordre de lecture : j'ai commencé par Mosa Wosa. Ce roman nous propulse 110 ans dans le futur, sur une Terre dévastée par la catastrophe écologique survenue dans les années 2080. Ne restent sur la planète que quelques oasis naturelles vivables, miraculeusement préservées, et les TechnoCi-T érigées par les hommes (ces dernières ont quelques points communs avec le monde civilisé de Globalia, par exemple l'atmosphère contrôlée artificiellement pour rendre ces lieux vivables). Quant aux oasis, certaines d'entre elles ont été colonisées par des amérindiens survivants qui y vivent selon les coutumes ancestrales, délaissant les bidonvilles surpeuplés qui bordent les TechnoCi-T pour bénéficier un peu du micro-climat local. Témoignant de cette opposition nature/civilisation, deux frères ont grandi dans l'ignorance l'un de l'autre : Mosa, l'Indien, et Wosa, le jeune de la Ci-T. Ils vont se retrouver lorsque Mosa, à la recherche de son père, se rendra à la ville. Le choc des cultures mais aussi le bouleversement des repères familiaux des deux garçons vont faire de cette rencontre une épreuve.

C'est ma foi un bien bon roman jeunesse que nous avons là! Tout d'abord, j'ai été convaincue par le monde que nous propose Nathalie Le Gendre, à la fois proche du nôtre tout en présentant des innovations technologiques originales (en ce sens, bien que ce monde soit différent de celui imaginé par Hélène Cruciani, cela m'a rappelé Expéron). Les thématiques de prise en compte de l'environnement, qu'il s'agisse des émigrés climatiques ou des modes de déplacement, sont à mon sens bien traitées et c'est d'autant plus remarquable qu'ils ne composent "que" la toile de fond de l'histoire. On apprend également pas mal de choses sur la culture amérindienne, que pour la part je n'ai entrevue que par le biais de Sully et Nuage-Dansant dans "Docteur Quinn, femme médecin" (autant dire que je n'y connais rien, si ce n'est "A-ho!" ("Bonjour!" à ce que j'ai compris)).

Un autre point fort est la justesse des sentiments et des réactions de Wosa, cet ado en crise et atteint d'une maladie d'incurable qui en veut à son père de ne pas se soucier de lui. Bien que je les aie parfois trouvées un peu schématisées dans les dialogues ou dans leurs évolutions, les situations mettant aux prises Wosa et son père, son frère ou sa bande n'en sont pas moins très bien rendues par l'auteur sur le fond.

Le principal point faible (vu par moi, lectrice adulte, donc à nuancer sans doute) est cette simplicité un peu excessive à mon avis de certains dialogues, certaines idées, certains raisonnements quand les considérations médicales sont, elles, développées sans problème. Il me semble que le roman aurait gagné à uniformiser le niveau de complexité (plutôt au niveau "haut" selon moi, mais bon, la collection "Autres Mondes" s'adresse aux enfants à partir de 11 ans, donc c'est peut-être trop...). D'un autre côté, c'est sans doute cette simplicité des termes qui permet de transmettre les messages forts du roman sur le respect de la nature, des cultures et de la différence (et, au-delà, sur les apports du métissage), la place des femmes dans les sociétés, les relations père-fils...

Pour conclure, je dirais que Mosa Wosa est surtout une belle et triste histoire (mais surtout belle ;-) ), un roman plein d'espoir à faire lire à ses jeunes pour en discuter ensuite.

PS : Nathalie Le Gendre est un auteur engagé. Elle dédie ce roman à Leonard Peltier, Indien lakota anishinabe emprisonné depuis plus de trente ans aux Etats-Unis pour raisons politiques. L'organisation Amnesty International le considère comme un prisonnier politique qui "devrait être libéré immédiatement et sans condition". Pour en savoir plus... Personnellement, je ne connaissais pas du tout l'histoire de cet homme, sur laquelle Nathalie Le Gendre revient en quelques pages à la fin du roman.
Le second roman que de Nathalie que je lirai se base sur l'affaire Seznec et traite plus directement du thème de l'injustice.

3 commentaires:

chiffonnette a dit…

C'est un classique de la littérature de SF jeunesse!

pom' a dit…

j'aime beaucoup pioché dans la littérature jeunesse; en SF, il y a des trésors

Lucile a dit…

@ chiffonnette : ah, tu me l'apprends! Mais c'est amplement mérité! Merci pour cet éclairage! :)

@ pom' : écoute tu peux y aller les yeux fermés sur celui-ci. J'en commence un autres de Nathalie Le Gendre aujourd'hui, d'ailleurs!