Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 19 janvier 2009

"Arriver, et vite"


J'ai comme l'impression que je vais avoir du mal à vous parler de ce roman, mais ma foi, il faut bien se lancer... Après avoir passé pas loin de deux semaines sur ces 430 pages, après avoir noté sur mon bloc 66 mots qui m'étaient inconnus ou dont je ne maîtrisais qu'imparfaitement le sens (pour rappel, ça a donné naissance à la rubrique "La pêche aux mots" de ce blog), il va falloir que je vous parle de ce roman qui ne m'a pas franchement emballée, malgré des qualités indéniables.

Essayer de vous résumer l'histoire me paraît un point de départ tout indiqué. Le roman s'ouvre sur l'arrivée de Gaspard, un Quimpérois de 19 ans à peine, à Paris quelques années avant la Révolution française. De son passé dans une ferme de la campagne bretonne, on n'apprendra que des bribes à travers des souvenirs ponctuels et très précis qui lui viendront au cours du récit, annoncés par un "Quimper, rouge" (ou tout autre couleur ou nuance allant du rouge au noir). On retiendra essentiellement une crainte démesurée du père du fait d'épisodes traumatisants. Hormis cela, même Gaspard ne se rappelle pas grand-chose de son passé. Son voyage pour venir à la capitale a effacé les premières pages de sa vie, et c'est en homme neuf qu'il arrive dans la ville sale et tentaculaire. A partir de là, le lecteur va suivre son parcours dans la ville, repris par le nom des parties de l'ouvrage : le fleuve, rive gauche, rive droite puis le fleuve de nouveau (le même et ... un autre à la fois!). A ce propos, le rôle du fleuve dans le roman, carrément pesant au départ, puis toujours présent (même discrètement), est primordial et a son explication (ce dont j'avoue avoir douté au départ).

Au départ, on a plutôt tendance à s'attacher à Gaspard, à espérer que tout se passera bien pour lui, le jeune provincial qui découvre la rude vie parisienne et qui doit apprendre à s'y faire sa place. On se ravit de sa première progression qui l'extirpe du fleuve, où il récupérait les troncs charriés par la Seine pour chauffer les parisiens, pour en faire un apprenti-perruquier... Puis son arrivisme commence à s'affirmer, et avec lui son infidélité en amitié, son mépris affiché pour ce qu'il a été, son ingratitude envers les gens qui lui ont tendu la main... Et là tout de suite, Gaspard devient beaucoup moins aimable! En somme, c'est un personnage assez détestable, à la fois écervelé et calculateur, du genre maniaco-dépressif qui croit un jour que tout lui est dû et qui est à ramasser à la petite cuillère le lendemain... Avec une avidité toujours plus intense, il passera par les plus sombres avilissements (en clair, la prostitution) pour parvenir à ses fins et se faire une place jusque dans la noblesse afin de ressembler au comte Etienne de V., qui l'a séduit avant de l'abandonner de façon méprisable ("Arriver, et vite", comme le dit Gaspard lui-même p. 334). Tout cela ne se fera évidemment pas sans heurts, et au final c'est un roman d'apprentissage plutôt original que nous livre ici Jean-Baptiste Del Amo, avec en bonus des révélations finales quant aux mécanismes en oeuvre dans l'intrigue.

Mais je dois avouer que je ne m'y suis guère plu : j'ai souvent trouvé ma lecture longue, la progression psychologique du héros trop expliquée, trop manichéenne quelque part (alors que d'autres éléments de la psychologie des personnages sont au contraire fort bien amenées par ailleurs). Je doute qu'on pose les équations de sa vie aussi clairement que Gaspard ne le fait quand il n'est pas dans une de ses phases de passivité chroniques.

Comme je l'ai déjà souligné, le vocabulaire est extrêmement riche et recherché. Il est très travaillé, parfois même un peu trop : des situations ou des ressentis qui se voudraient amenés subtilement en deviennent grotesques (je me rappelle avoir pesté contre le verbe "violer" qui revenait à tout bout de champ sur un ou deux chapitres du livre : même volontaire, j'ai trouvé le procédé vraiment trop lourd). Cela dit, il faut reconnaître à l'auteur un grand talent pour les descriptions plus vraies que nature des ambiances, essentiellement glauques ou peu ragoûtantes, de ce Paris de la fin du XVIIIe siècle : encore une fois, le vocabulaire employé est très méticuleusement choisi et atteint généralement son but. On sent la moiteur des corps, l'étouffement de Paris en août, l'odeur nauséabonde de la rivière... C'en est effrayant de précision parfois (combien de fois ai-je pensé : "Mon Dieu! C'était vraiment comme ça?! Beurk!"). En même temps c'est pour cette qualité, que j'avais trouvé à l'extrait qu'un magazine donnait à lire, que je souhaitais vivement lire ce roman : on peut dire que j'ai été servie!

Au bilan, pas évident de conclure : disons que même consciente des qualités de ce roman, j'ai du mal à m'enthousiasmer...

Retrouvez ici l'interview de Jean-Baptiste Del Amo réalisée par Emeline (notons qu'elle aussi a été inspirée par les mots si particuliers de l'auteur!), les avis de Ys et Lau, bien plus enthousiastes que le mien, et celui de Lou, très complet, duquel je me sens plus proche...

Merci à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce roman que j'avais très envie de lire par ailleurs!

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

10 commentaires:

Ys a dit…

Ce personnage m'a bien plu et j'aime bien les romans assez noirs et foisonnants comme celui-là. C'est vrai que parfois, j'ai eu l'impression de m'y perdre un peu, d'étouffer sous un trop plein d'odeurs et de mots, mais je trouve quand même que c'est un très bon premier roman.

Brize a dit…

Mouais... bon... j'avais vaguement dans l'idée de m'y aventurer (et encore, je l'ai eu entre les mains à la bibliothèque et finalement je ne l'ai même pas pris, je ne le "sentais" (si je puis dire !) qu'à moitié)... mais là, je ne suis plus très motivée !

Lucile a dit…

@ Ys : c'est vrai, j'ai oublié de mentionner que c'était un premier roman. C'est étonnant que je ne l'aie pas mentionné d'ailleurs, car je suis plusieurs fois restée "scotchée" en pensant que l'auteur avait à peu près mon âge! Ca reste remarquable, c'est clair!

@ Brize : comme je le dis à la fin de mon billet, les autres lecteurs de ce roman que j'ai trouvés sont plutôt très positifs... Mais en lecture, il ne faut pas se forcer! Il y a tellement de choses à lire! ^_^

Karine :) a dit…

J'avais noté... et du coup, je ne sais plus! Je sens que le vocabulaire va compromettre ma lecture! REste ma sempiternelle solution d'attendre en poche!

Lucile a dit…

@ Karine : bah, ça ne m'empêchait pas non plus de comprendre grosso modo ce que je lisais... Et puis en ce moment je crois que je suis difficile en lecture... N'hésite pas à chercher d'autres avis pour te décider (il doit y en avoir d'autres sur le site de Babelio) :)

Lou a dit…

Long et manichéen, ce sont vraiment les deux principaux de ce roman à mon avis aussi. J'ai apprécié ce livre mais il m'a fallu 200 p et un temps fou pour enfin m'y intéresser vraiment... pas mal, mais je regrette ces écueils !

Lou a dit…

oops, les principaux défauts :)

Lucile a dit…

@ Lou : ouf! Quelque part ton avis me rassure... J'avais l'impression d'être la seule à n'avoir pasp lus accroché que ça... Merci d'être passée en tous cas! Je rajoute ton billet dans les liens! :)

Lau a dit…

Un livre puissant je trouve grâce justement aux descriptions de Paris et des personnages. Mais il est vrai que Gaspard n'est pas un personnage très attirant et sympathique.

Lucile a dit…

@ Lau : on est plutôt d'accord sur les "ingrédients", alors! Il n'y a que l'évaluation des dosages qui diffère entre nos avis... :) Merci pour ton com' en tous cas!