Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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dimanche 22 février 2009

Une vie...


Cela fait plusieurs années maintenant qu'une très bonne copine à moi me parle d'auteurs russes ou d'Europe de l'est, et en particulier de Ludmila Oulitskaïa. Aussi quand, dans un des immenses bacs d'un grand magasin de livres d'occasion de l'agglomération bordelaise, je suis tombée sur Sonietchka (à peine plus de 100 pages!), je me suis dit qu'il était temps de faire connaissance avec Ludmila.

A peine installée dans le train, j'ai donc mis entre parenthèses Belle du Seigneur le temps de découvrir la vie de Sonietchka. Car ce court roman retrace à peu près toute la vie de son héroïne, Sophia (on n'apprend d'ailleurs son véritable prénom qu'à la dernière page, tout le reste du roman la désignant soit par "Sonia", soit par "Sonietchka", les deux diminutifs russes correspondants ; précisons que cet emploi systématique de diminutifs donne d'emblée au lecteur (enfin, à moi au moins!) de la bienveillance pour elle), depuis qu'elle est en âge de lire jusqu'à sa vieillesse solitaire.

Je pourrais presque vous raconter tout ce qui arrive à cette femme sans spoiler vraiment tant on est loin du spectaculaire ou du suspense : vous ne trouverez point ici de fabuleux destin d'une femme de tête, de drame poignant ou autre grand chambardement. Toute cette vie, qui se déroule tranquillement devant nos yeux, est comme en demi-teintes : rien n'y fait trop de tapage, à l'image de Sonietchka, elle-même discrète et effacée. Son existence, c'est : plus de quinze ans plongée dans les livres ; un mariage improbable (Sonia est très loin d'être une reine de beauté et c'est un inconnu qui la demande en mariage à la bibliothèque) mais heureux avec un artiste-peintre de vingt ans son aîné, un véritable "homme-légende" en France, où il a vécu plusieurs années avant d'être déporté dans un camp pendant la deuxième Guerre Mondiale ; une fille, Tania, guère plus jolie que sa mère mais bien plus portée qu'elle sur les plaisirs de la chair ; la belle Jasia, une amie de Tania qui se fait une place un peu particulière dans cette famille...

Au milieu de tout ça, Sonietchka est heureuse, mais avec mesure (la phrase qui revient le plus souvent à son esprit est "Seigneur, seigneur, qu'ai-je donc fait pour mériter un tel bonheur"). Son mari semble plus passionné bien que cela se limite essentiellement à ses recherches artistiques, qui portent sur le blanc : peut-être faut-il d'ailleurs y voir une "interprétation picturale" de la vie de Sonietchka (des nuances autour d'une apparente constance). Dans tous les cas, on se fait une bonne idée du caractère des différents personnages à la manière dont ils sont esquissés ici, et Ludmila Oulitskaïa nous donne presque l'impression de les côtoyer régulièrement en quelques pages.

Pourtant j'avoue qu'en refermant ce livre je me suis sentie un peu décontenancée, et totalement indifférente à ce que je venais de lire. Curieux sentiment. Désagréable. A la fois, je trouve qu'il y a peu de "prises" dans ce récit, qui suit son cours tranquillement sans appeler de commentaires, et en même temps je suis incapable de justifier ce que je viens d'écrire. A travers la vie de Sonietchka et de sa famille, on effleure bien quelques aspects historiques (de loin) sur le quotidien des russes pendant la seconde Guerre Mondiale et après-guerre, mais ce n'est pas non plus le propos majeur. En fait je n'ai pas senti où était le propos majeur, justement (s'il y en a un). Cela dit, je ne jurerais pas que ça soit problématique : cette lecture a au moins ce mérite de soulever quelques interrogations sur ce qui fait que j'aime un livre (et pour information, à ce stade de ma réflexion, le mystère dans l'intrigue et la psychologie des personnages sont en tête). Enfin, comme vous voyez c'est largement confus de mon côté! A noter : ce roman a obtenu le pris Médicis étranger ex aequo en 1996, à sa parution en français.

Et parce qu'il faut bien conclure : un roman que je relirai très probablement pour démêler mes impressions, d'un auteur qui m'intrigue et dont je tenterai probablement le recueil de nouvelles Les pauvres parents un de ces jours.
L'avis d'Orchidée .

6 commentaires:

Karine :) a dit…

Je l'avais noté il y a un moment... et je le lirai probablement malgré ton avis en demi-teinte. J'aime bien la littérature russe, habituellement.

Lucile a dit…

@ Karine : du coup, je suis curieuse de savoir ce que tu en penseras! Je pense que ça m'aiderait beaucoup, pour décortiquer mes impressions, de lire ce que d'autres peuvent bien en dire... :)

levraoueg a dit…

Je me souviens l'avoir lu d'une traite et l'avoir aimé sur le moment, mais il est vrai qu'il ne m'en reste pas grand chose. Je comprends donc ton impression, car c'est un roman qui maintient son lecteur à distance.

Lucile a dit…

@ levraoueg : oui mon ressenti est proche. Moi aussi je l'ai lu très vite et si je n'avais pas de blog (et donc si je n'écrivais pas de billets sur mes lectures) je serais sans doute retournée tout de suite à "Belle du Seigneur" sans essayer de réfléchir plus à ce que j'avais lu... Du coup, je suis plutôt contente d'avoir ouvert ce blog : ça me pousse à m'interroger plus sur mes lectures! :)

Minou a dit…

J'ai moi aussi eu un ressenti semblable, mais sans le trouver désagréable : cette mise à distance du lecteur (par l'ironie, d'après moi, un peu comme Voltaire) m'a rappelé les autres textes russes que j'ai lus. Je ne lirais pas ce genre de romans tout le temps, mais de temps en temps, j'apprécie.

Lucile a dit…

@ Minou : merci pour ton commentaire! Ton avis confirmerait donc l'impression que j'ai eue de ne pas avoir assez de culture en littérature russe pour apprécier à plein ce roman... A suivre, car je n'ai pas lu spécialement d'auteurs russes depuis celui-ci, il me semble...