Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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mardi 19 mai 2009

De l'art de vivre avec son temps sans perdre son intégrité


La semaine dernière, c'était la huitième édition des Imaginales à Epinal (le salon des littératures de l'imaginaire). Contrairement à l'an passé, je n'ai malheureusement pas pu m'y rendre ce coup-ci : cela ne m'empêche pas de vous recommander malgré tout cet événement littéraire d'une très bonne qualité (oui, je sais : là, c'est un peu tard...). Je vous renvoie pour l'édition 2009 aux comptes-rendus de Fashion, Delphine et Stéphanie... Bon, pourquoi parlé-je des Imaginales? Eh bien parce que la dernière novella parue chez Griffe d'Encre (celle-ci, vous avez bien suivi! ;-) ) y était proposée en avant-première!

C’est l’histoire d’un homme...
« Le Bureau des Suicides, s’il vous plaît ? »
... qui voudrait en finir...
« Vous avez rendez-vous ? »
... mais quand la bureaucratie s’en mêle...
« Le suicide est une affaire sérieuse, monsieur. Revenez dans six mois. »
... et qu’il prend en main son destin...
Splash !
... il a une drôle de surprise au réveil...
« Je ne suis pas mort ?
— Disons que vous ne l’êtes plus. »

Un quatrième de couverture en forme de bande-annonce de film qui a de quoi vous appâter, n'est-ce pas ? Une fois encore, me voici amenée à vous dire que vous ne serez pas déçus et ce, pour une myriade de raisons!
Tout d'abord l'histoire : happés que vous êtes par ce début fracassant (quelques pages pour se familiariser avec les personnages et le monde de Votre mort nous appartient et puis c'est parti!), vous ne vous rendez pas compte tout de suite qu'il n'est pas seulement question de la mort de Roïn Venkoo (le héros) dans cette novella. Subtilement, à travers des chapitres qui semblent au départ simplement destinés à décrire la société dans laquelle se déroule ce récit, se mettent en place les éléments de plusieurs autres intrigues qui se développeront en temps utile. Et j'ai pour ma part trouvé ces histoires en tant que telles très bonnes et bien construites, jamais simplistes mais toujours compréhensibles dans leur complexité... Enfin, je les ai trouvées crédibles, quoi! :)

Puisqu'on parle de crédibilité, c'est le moment où je décerne le prix du même nom à l'univers créé par Antoine Lencou dans Votre mort nous appartient (univers qu'on avait, pour certains aspects, déjà effleuré dans "Couleurs d'Automne", sa nouvelle parue dans l'anthologie Aube et Crépuscule, toujours dans ma PAL mais dont j'avais corrigé certaines des nouvelles, dont celle d'Antoine). Le récit se déroule sur la planète Terre dans un futur lointain (mais sans qu'on sache vraiment à quelle échéance on se situe) où le télétravail est devenu la règle, facilité par les technologies de recréation de l'environnement immédiat (à grands coups de simulateurs psy, également utilisés pour se vêtir, changer la déco de son appartement ou rêver sur commande) et par les automates omniprésents et intelligents (ainsi votre table de salon vous connecte sur le réseau et fait des analyses statistiques pendant que votre canapé vous fait un massage en vous servant un verre de gin-tonic et que la lampe du séjour vous donne le cours de la Bourse... Tout cela étant interchangeable). Si j'avais trouvé un côté "gadget" aux automates de "Couleurs d'Automne", ici, dans cet univers "complet" - avec ses modes de vie, ses administrations, son mode de pensée... - ils m'ont paru beaucoup plus à leur place, je dirais même évidents, et souvent très drôles avec leurs réactions calquées sur celles des humains (ceux d'aujourd'hui, du moins). Je me suis sentie très à l'aise dans ce monde dématérialisé, laissé pour ses aspects concrets aux automates divers et variés tandis que les humains vivent leurs vies égoïstement et - paradoxalement - complètement déconnectés de la réalité.

Sur le fond, car cela est quand même un point essentiel de cette novella, il est question d'intégrité, d'utilité sociale, de responsabilité personnelle, du rôle de l'art, de l'art de vivre avec son temps, de ce qui fait une personnalité... Enfin, c'est vraiment très riche, comme vous le voyez, et plein de sujets qui font écho à des questionnements dont je suis pour ma part familière sur, pour résumer, la meilleure façon de se comporter en société, le sens civique et ce genre de choses... Pas de réponses, bien sûr, mais de la matière à digérer!^_^

Enfin, un mot des personnages, que j'ai également trouvé très réussis en ce qu'aucun d'eux n'est simplifié à l'excès. L'histoire tourne autour de trois personnes : Roïn Venkoo, notre héros suicidaire (et suicidé) ; Olcéana, sa compagne, une artiste qui s'intéresse au domaine vestimentaire ; et enfin Athaïn Filiji, un homme d'affaire sans scrupules. Roïn a de sacrés idéaux (par moments, on pourrait le surnommer "Roïn des bois"), une conception de la vie bien particulière et qui semble surgie de temps immémoriaux tellement il est en décalage avec son siècle. Par exemple, il se fait un devoir de se rendre tous les jours en personne à son travail (n'importe quoi! ^_^ ). Comme on peut s'en douter, notre héros se pose beaucoup de questions, se torture l'esprit, mais il est en même temps colérique, quoique totalement effacé devant sa compagne. Olcéana est terriblement égocentrique et a une très haute opinion d'elle-même, ce qui la rend souvent franchement ridicule (heureusement pour elle, elle ne s'en rend pas compte). Pourtant, elle vous sera par moments très attachante, elle tient parfois des propos qui sonnent rudement bien et méritent qu'on s'y arrête... Enfin Athaïn est très intelligent et vif, et accessoirement complètement pourri. Il inspire de ce fait tour à tour l'admiration et le dégoût, la compassion ou l'indifférence... Ces personnages "grandeur nature", paradoxaux mais sonnant juste, viennent parachever la crédibilité de l'ensemble et permettent au lecteur d'adhérer pleinement au récit.

Ajoutez à cela une écriture fluide, le cocasse de certaines situations (que je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même) et l'humour des automates et vous obtenez un livre vraiment très bon sur tous les plans, donc à vous procurer dès sa sortie officielle, le 6 juin prochain. Vous ne le regretterez pas, promis! :)

Quelques mots sur l'auteur super-sympa ( ;-) ) ici, et sur Fablyrr (l'illustrateur) ...

2 commentaires:

Stéphanie a dit…

Fashion a d'ailleurs craqué pour ce livre :)
et nos compte-rendu sont en ligne :)

Lucile a dit…

@ Stéphanie : merci de m'avoir signalé que vos comptes-rendus étaient en ligne, les liens sont faits! ;-)