Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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mardi 26 mai 2009

Bêêêêêêêê!


Il y a longtemps que je croise le nom de Murakami, tant sur les blogs qu'en librairie. A chaque fois, cela me tentait, mais juste à cette frontière qui fait qu'on va attraper le livre ou pas, se donner les moyens de le lire... Sauf que la dernière fois que je l'ai croisé, c'était dans le carton de livres à donner de Caro[line]. Devant un si évident signe du destin, je ne pouvais que me soumettre (s'il en était encore besoin, cet épisode fait une nouvelle fois la démonstration du haut degré de faiblesse de la LCA)... J'ai donc emporté avec moi dans mon SLAT La Course au mouton sauvage, et je ne le regrette pas du tout!

Pour commencer, un petit moment de flottement tout de même...
"Ses mains fines ne portaient pas la moindre ride, et ses dix longs doigts effilés faisaient penser à un troupeau d'animaux dont chaque individu, dressé durant de longues années et parfaitement maîtrisé, gardait encore vivante en son coeur la mémoire primitive des origines."
p. 65

L'extrait ci-dessus est dans le plus pur style des comparaisons savoureuses qui émaillent le roman. Au final j'apprécie énormément, mais au départ certaines de ces comparaisons ou la narration si particulièrement imagée m'ont donné quelque peu de fil à retordre. J'aime pas trop bien ça, moi, quand je comprends pas tout, que je ne peux pas tout bien ranger dans de belles cases (du type "cause" / "conséquence", vous voyez le genre, je suppose... Non mais n'ayez pas peur, en vrai je suis une fille sympa, quand même! ;) ). Donc au départ disais-je, j'avais tendance à m'agacer un peu... Mais dès lors que j'ai lâché un peu de lest en acceptant de ne pas tout maîtriser, en me disant que je comprendrais sûrement plus tard, bref! en faisant confiance à l'auteur, tout a roulé comme sur des roulettes...

" "Je m'efforcerai de parler avec la plus grande franchise", dit l'homme.
Le ton était celui d'un document officiel en traduction littérale. Le choix des mots et la syntaxe étaient corrects, mais la phrase manquait totalement d'expression."
p. 128

J'ai plus que raffolé du style de Murakami, truffé de passages du genre de celui ci-dessus. Par nature, j'ai déjà un certain penchant pour les comparaisons (j'ai remarqué ça les quelques fois où je me suis essayée à l'écriture). Bon, les miennes sont d'une banalité désespérante, mais alors celles-là! Un vrai bonheur. J'avais toujours le sourire aux lèvres, ce qui, vous en conviendrez, n'est pas si fréquent... Premier bon point à mon avis, donc : le style, qui ne se départ jamais d'un humour certain et d'un goût prononcé pour l'absurde, comme l'illustre le passage ci-dessous.

" "Pourquoi ne lui as-tu jamais donné de nom au chat?
- Bonne question, pourquoi...? dis-je [...]. Peut-être parce que je n'aime pas les noms. Et que cela me semble bien assez de dire "moi" pour moi, "toi" pour toi, "nous" pour nous, "eux" pour eux.
- Hmm..., fit-elle. C'est vrai que j'aime bien ce mot : "nous". Ca fait un peu période glaciaire, tu ne trouves pas?
- Période glaciaire...?!
- Oui, comme quand on dit : "Nous devons gagner le Sud", "Nous devons chasser le mammouth".
- Evidemment", dis-je. "
p. 194

Ensuite il y a l'histoire. Comment vous la résumer? Le narrateur dit lui-même à un ami qui lui demande de lui raconter ce qu'il a vécu, à la toute fin du roman : "Si je résume, ça n'aurait plus aucun sens". Ben moi, c'est pareil. Déjà que sans résumer c'est déjà bien déjanté... Je ne vois qu'une solution : me replier lâchement sur la quatrième de couverture que je vais pomper sans vergogne (je crois qu'elle n'en révèle pas trop, enfin je crois, mais bon, après lecture c'est jamais évident, d'autant plus que je ne l'avais pas lu moi-même en ouvrant le livre) (les passages entre crochets sont de moi) : "[Fin des années 70] A Tokyo, un jeune cadre publicitaire [le narrateur, dont on ne connaîtra jamais le nom, comme pour tous les personnages, d'ailleurs, mais ce n'est jamais gênant] mène une existence tranquille. Il est amoureux d'une jeune fille par fascination pour ses oreilles [on note ici un côté très "foenkinesque"], est l'ami d'un correspondant qui refuse de lui donner son adresse pour de confuses raisons..., jusqu'au jour où cette routine confortable se brise. Pour avoir utilisé une photographie apparemment banale où figure un mouton, sa vie bascule. Menacé par une organisation d'extrême droite, il va se mettre en quête de cet animal particulier, censé conférer des pouvoirs supra-naturels...". Voilà, je vous avais prévenus, c'est déjanté comme ça de bout en bout. Le lecteur, à peu près aussi paumé que le narrateur lui-même, s'en remet donc avec un haussement d'épaules à la logique propre de cette histoire (si-si, c'est possible!). On assiste toutefois sans conteste à une (en)quête avec son lot d'indices, de déductions et de tâtonnements, en suivant le narrateur et sa girlfriend aux belles oreilles avec un peu de distance, en les trouvant sympathiques "au jour le jour", mais sans jamais vraiment s'attacher à eux tant on ignore tout de leurs vies. Et cette intrigue, si barrée qu'elle soit, progresse bel et bien, toujours avec cette pointe de surréalisme, mais sans escalade indigeste dans le n'importe quoi : on aura le fin mot de l'histoire, ou presque, et on aura tout suivi, ou presque.

Il est possible qu'il y ait un fondement philosophique à cette histoire-là, un questionnement sur l'identité et l'embrigadement, sans doute (à ce titre, l'image du mouton n'est sûrement pas innocente... à condition que les Japonais parlent eux aussi de moutons de Panurge, ou du moins d'un comportement grégaire...?), sur la banalité et les lieux communs, sur ce qui fait que l'on est unique... Ces fondements vont-ils au-delà de la simple thématique? Là, je ne sais pas répondre, m'étant bornée à prendre l'absurdité de ce que l'on me racontait telle qu'elle venait, sans trop la digérer plus que ça (à tort, peut-être?).

Au bilan, c'est donc une première expérience de Murakami fort réussie de mon côté! Pour le prochain essai, ce sera sans doute Kafka sur le rivage, dont le titre et la couverture chez 10/18 m'attirent à chaque fois que je le vois!

L'avis de A_girl_from_earth, pour qui ce roman n'est pas le meilleur de l'auteur (il faut dire qu'elle en a lu un paquet!).
Merci Caro[line]! :D

P.S. : Vous avez évidemment reconnu, en titre, le cri sauvage du mouton... Ou inversement.

13 commentaires:

Brize a dit…

De l'auteur, je n'ai lu que "Kafka sur le rivage", que j'ai aimé. Je n'avais jusqu'à présent jamais entendu parler de cette histoire de mouton, mais je la trouve fort tentante !

Lucile a dit…

@ Brize : ça fait que tu es un peu mon reflet! ;-)

A_girl_from_earth a dit…

Superbe billet qui réflète exactement ce que j'aime chez cet auteur. Il arrive même à me faire apprécier ses nouvelles, c'est pour dire!
Il faut savoir que ce roman a une suite, qui s'intitule "Danse, danse, danse" et qui complète vraiment cette histoire où on a effectivement l'impression de ne pas bien comprendre où l'auteur veut en venir. A lire donc!;)

Lucile a dit…

@ a_girl : ouf! tu m'avais mis une sacrée pression, mine de rien! ;-) Il faudrait donc que je lise "Danse, danse, danse" sans tarder pour ne pas me mélanger les pinceaux! ...

petite fleur a dit…

Tu me fais découvrir un auteur que je ne connaissais pas. J'essaierai de mettre un de ces ouvrages (peut-être celui-ci) dans ma PAL. J'aime assez les histoires déjantées et sans queue ni tête à la Tom Sharpe (même si, d'après ce que tu nous dit de cet ouvrage, ce n'est pas exactement pareil).
Merci pour ce conseil donc !

Lucile a dit…

@ petite fleur : bienvenue ici! J'ai entendu parler de Tom Sharpe à plusieurs reprises également, et je l'avais repéré pour son côté déjanté, justement! ^_^ Pour ce qui est de choisir par quel Murakami commencer, je ne peux que te conseiller d'aller voir ce qu'en a pensé a_girl (mais c'est peut-être déjà fait?) étant donné qu'elle en a chroniqué 4 ou 5 sur son blog. :)
Quant à moi, je vais faire un tour sur le tien! :D

Caro[line] a dit…

De rien ! ;-)
Et malgré le côté foenkinesque de ce roman, je passe mon tour !!!

Lucile a dit…

@ caro[line] : ben si même ça, ça ne te convainc pas, c'est que ça ne doit pas être pour toi! ;-)

Karine:) a dit…

Quel enthousiasme! J'ai beaucoup aimé Murakami dans "Kafka sur le rivage" et celui-ci est bien noté!!

Fantômette a dit…

Aaaaah ! MURAKAMI... Je suis absolument d'accord avec toi. Quand on plonge dans un de ses romans, il faut cesser de vouloir comprendre pour enfin... comprendre ! "Kafka..." reste mon préféré (même si j'ai beaucoup aimé sa récente autobiographie, mais la bio n'a strictement rien à voir avec ses romans... sauf que si, en fait).

Lucile a dit…

@ Karine : eh oui! J'adooooore l'absurde, encore plus quand je comprends un peu! (^_^) :D

@ Fantômette : youpie, te revoilà par ici! :) Oui j'ai vu l'autre jour son autobiographie en rayon, mais elle ne m'a pas trop tentée... Et "Kafka sur le rivage" est résolument dans ma LAL! :D

Fantômette a dit…

Du coup, je viens de commencer "La ballade de l'impossible" (rien que le titre... ! ).
(quant à sa bio, pour peu que tu sois un rien sensible à la question de l'effort et à celle de la persévérance...)

Lucile a dit…

@ Fantômette : Ah, alors pourquoi pas pour la bio... :)