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vendredi 31 juillet 2009

Kyle McAvoy à l’école des avocats exploités


Je ne sais pas vous, mais moi je suis toujours un peu surprise de venir à bout d’un livre épais (même si tout le monde sait que le nombre de pages ne fait pas la difficulté, etc.). Fort logiquement, j’ai de nouveau cette impression après avoir refermé L’infiltré, de John Grisham, un broché de presque 400 pages paru dans la collection « Best-sellers » chez Robert Laffont (que j’ai reçu quelques jours avant mon déménagement grâce à BOB).

Extrait des cartons aussitôt arrivés, ce roman m’a donc accompagnée quelques jours, et avec lui la drôle d’ambiance entourant Kyle McAvoy, un jeune avocat tout juste embauché dans un méga-cabinet juridique de New-York.

A la fin d’un brillant cursus de droit et alors qu’il doit choisir une orientation professionnelle, Kyle est confronté à une bande de mystérieux cols-blancs (qui commencent par se prétendre du FBI mais dont on ne saura finalement jamais pour qui ils travaillent) qui le font chanter à l’aide d’une vidéo le mêlant à une affaire de possible viol collectif. Même s’il a sa conscience pour lui, il ne peut se permettre le risque de voir son nom associé à un tel scandale sous peine de ruiner sa carrière naissante. Contrairement à ce qu’il a prévu, il va donc accepter d’intégrer le méga-cabinet Scully & Pershing afin d’y dérober des informations confidentielles pour le compte de ses persécuteurs.

Voilà un résumé assez proche de celui qui est présenté en quatrième de couverture et qui explique également que j’aie été un peu surprise par ce que j’ai lu ensuite. En réalité, cette affaire de chantage n’est pas à mon avis ce qui occupe le premier plan de ce roman. La preuve : une fois le livre terminé, il reste encore beaucoup de zones d’ombre, comme balayées d’un revers de la main par l’auteur, une façon de dire « bah, après tout ce n’est pas ça qui importe ! ». Qui étaient les maîtres chanteurs ? Les prétendus agents du FBI qui se présentent chez le père de Kyle vers la fin du roman le sont-ils réellement ou pas (ce qui pose la question de l’intérêt de cette scène)? Comment les malfrats se sont-ils procuré la vidéo ? Y a-t-il un autre espion dans le cabinet et si oui, qui est-ce?… Autant d’interrogations qui sont posées quasiment dès le départ, comme pour nous accrocher, et qu’on laisse finalement tomber, après une petite accélération de cette partie de l’intrigue vers la fin du roman qui laisse à penser qu’on aura des réponses alors qu’en fait pas du tout. D’autant plus frustrant.

Non, pour moi, ce roman est surtout la description des conditions de vie et de travail des avocats employés dans les super-cabinets juridiques qui les pressent jusqu’à la moelle et les exploitent à mort. Ce côté « petit bleu » de Kyle, qui arrive en même temps qu’une centaine de nouveaux « collaborateurs » et découvre les règles de la maison, l’influence des grands chefs, la toute-puissance du cabinet sur sa vie (grâce à cet horrible CabPhone, que tous les collaborateurs et associés se doivent d’avoir sur eux en permanence pour qu’on puisse les sonner 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24) etc. qui m’a beaucoup fait penser à Harry Potter à l’école des sorciers (d’où le titre de ce billet). Tous les deux se font de nouveaux amis, évoluent dans un monde tout à fait nouveau pour eux et surtout l’intègrent complètement : leur vie est toute entière imprégnée de ce nouvel univers. Ils y vivent, ils y dorment, ils y mangent…

Et si Poudlard pouvait faire rêver, Scully & Pershing, dans sa tour de je-ne-sais-combien d’étages, a de quoi faire cauchemarder ! Malheureusement, je pense que ce récit reflète assez fidèlement la réalité de ces méga-cabinets : des salaires indécents, certes, mais en échange d’une vie consacrée à l’entreprise, des semaines de cent heures, des nuits blanches, le tout dans l’objectif de « facturer » (c’est le terme qui revient le plus souvent) le plus d’heures possible à leurs clients. Pour les collaborateurs de première année, ajoutons à cela des espaces de travail minuscules où ils doivent s’entasser, les « bizutages » (des journées entières passées à compiler des documents inutiles dans des salles aveugles et, quand on vous en sort, des requêtes bidons avec un délai de fou, que vous mettez la nuit à honorer pour qu’au matin, au mieux on se serve de votre rapport pour caler une porte qui claque, au pire on vous annonce qu’en fait on n’en a plus besoin), les incursions dans la vie privée (les collaborateurs n’ont pas le droit d’avoir de liaisons entre eux, et de façon générale la vie de famille est à éviter pour laisser plus de temps disponible exclusivement à l’entreprise)… Quelle horreur ! Un autre sujet de société est également abordé en arrière-plan : celui de l’alcoolisme des jeunes, visiblement assez fréquent aux Etats-Unis (comme dans nos grandes écoles, d’ailleurs).

Enfin, pour ma part, c’est le traitement de ces thèmes que j’ai trouvé le plus intéressant dans ce roman, le fond de l’histoire en lui-même m’ayant paru un peu sous-exploité et relégué au second plan. Pas mal donc, mais pas conforme au quatrième de couv’ et donc potentiellement décevant si vous le retenez pour l’intrigue. D’autres avis sur ce roman .

Merci à BOB et aux éditions Robert Laffont, grâce à qui j’ai pu lire ce roman.

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