Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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dimanche 26 juillet 2009

Que voulez-vous, c’est la crise !



Me revoilà après pas loin d'un mois d’absence, après un (gros) déménagement, une vie de campeuse pendant 2 semaines révolues et encore une à venir (comprenez : « sans électricité et donc sans eau chaude »), et toujours pas d’Internet à la maison… Dans tout ça, j’ai totalement cessé de lire pendant quinze jours, ce qui a rarement dû m’arriver, et ça fait drôle…

Bref, je m’y suis remise, et j’ai fini ce livre, que j’avais reçu dans le cadre de l’opération « Masse Critique » menée par le site Babelio. Voici le genre de bouquin que vous ne voyez pas souvent sur mon blog (il y avait bien eu celui-là il y a quelque temps…) pour la simple raison que j’aime trop les romans pour, même de temps en temps, leur préférer un livre d’actualité, aussi intéressant fût-il, quand je furète en librairie. Aussi cette opération Masse Critique m’a donné l’opportunité de « m’imposer » une de ces lectures qui passent chez moi systématiquement à la trappe en temps normal. Et voilà comment je me suis retrouvée à lire Le trader et la ménagère, une « enquête sur l’hypercapitalisme » par l’auteur de L’économie pour les Nuls, j’ai nommé Michel Musolino.

L’essai est structuré en trois parties (chacune comprenant trois chapitres) : « Le prix et la valeur des choses », « Le salaire et la peur, ou le prix des hommes » et « Le prix et l’équilibre du monde ». Cette belle organisation ne m’a pourtant pas semblé porter un propos construit et cohérent (vous me direz, le fait que j’aie suspendu ma lecture pendant quinze jours peu après avoir dépassé la moitié du bouquin ne m’a certes pas aidé à suivre un éventuel fil conducteur !) mais plutôt un ensemble de constats, d’explications et de jugements sur l’actualité économique et financière et l’histoire de ces mêmes secteurs (non sans intérêt, cela dit). La thèse de l’auteur, clairement réaffirmée en conclusion (je vous cite les deux phrases finales de l’ouvrage : « Il s’agit de remettre la finance et l’économie à leur place. Sous tutelle. ») : le capitalisme à l’échelle internationale est possible à condition de lui imposer des règles équitables et respectées par tous.

Le mode de pensée de Michel Musolino m’a bien plu, en ce qu’il se refuse à simplifier à l’extrême la situation et à radicaliser ses propos. Par exemple, s’il démontre clairement les dérives de l’hypercapitalisme tel qu’il est pratiqué aujourd’hui par nos sociétés, il n’en prône pas pour autant la décroissance (loin de là, même). Il évoque des solutions intermédiaires, où l’on tenterait de museler les effets néfastes du capitalisme à grande échelle, notamment grâce à des lois (par exemple, pour la prise en compte des droits de l’homme et du respect de l’environnement) et organismes internationaux dotés de réels pouvoirs et libérés du seul bon-vouloir des Etats-Unis. Pourquoi pas, c’est intéressant.

Seulement, j’ai eu un gros souci avec cet essai : c’est le ton avec lequel il est écrit. Le quatrième de couverture qualifie l’ouvrage de « mordant ». Je suppose que c’est comme cela qu’on dit quand l’auteur fait de l’ironie au sujet des théories d’un tel ou de tel autre sans expliquer pourquoi elles ne sont pas valables à ses yeux et avec un ton de mépris supérieur des plus désagréables. La profonde subjectivité du propos m’a plusieurs fois amenée à me poser la question de la crédibilité à lui apporter : tantôt, parce que bidule est prix Nobel d’économie, ce qu’il dit ne peut qu’être une vision de génie ; tantôt machin a dit ceci et c’est vraiment fou ce qu’on peut dire comme âneries quand on est prix Nobel d’économie… Faudrait savoir ! De même, l’auteur pointe parfois certains discours catastrophistes parce qu’ils n’apportent pas de réponses concrètes mais on pourrait à mon avis opposer la même critique à la proposition du livre que j’ai mentionnée plus haut. Disons que je reproche à Musolino un problème de rhétorique, d’argumentation : pour soutenir son propos, il use plus de l’ironie ou d’un ton extatique que de véritables arguments (alors que je suis persuadée qu’il les a, en réalité). Du coup, parfois il montre du doigt le capitalisme avec cynisme, qui s’empare de tout pour le dénaturer, y compris du courant écologiste (vous savez, le fameux « développement durable » qu’on nous sert à toutes les sauces au point que plus personne ne sait ce que ça signifie), et à d’autres moments il compte bien sur cette marchandisation pour développer des comportements économiques plus responsables vis-à-vis de l’environnement... Ce n’est pas logique (à croire que l’ouvrage est écrit à quatre mains et qu’aucun des co-auteurs n’a relu l’autre) et ça dessert cet essai à mon avis.

Enfin, je note également un léger souci d’accessibilité au contenu de ce livre : je ne connais rien aux produits financiers (dérivés des assurances et compagnie), or il en était particulièrement question dans un des premiers chapitres… Autant dire que je n’ai pas compris grand-chose de ces pages-là, surtout qu’une des caractéristiques du ton « mordant » est probablement de dire les choses à demi-mot afin que le lecteur fasse le raisonnement que l’auteur veut qu’il fasse de lui-même. Quand on n’a pas les éléments, c’est loin d’être évident. Idem pour les querelles de clocher entre économistes : si, comme moi, vous ne lisez jamais la presse économique (ni la partie « économie » de la presse généraliste), vous risquez de ne pas tout comprendre…

En conclusion donc, un essai qui m’a profondément agacée mais qui peut valoir le coup si vous suivez un peu l’actualité économique (ou si vous n’avez pas peur de ne pas tout comprendre) et si vous êtes un(e) adepte du ton « mordant ». ;-)

Merci à Babelio et à First éditions, grâce à qui j’ai pu lire ce livre.


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