Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
N’HÉSITEZ PAS A LAISSER VOS COMMENTAIRES SUR NOS LECTURES COMMUNES!

samedi 15 août 2009

"Romps le sort qu'ils lui ont jeté"

Ayant récemment ressorti de ma bibliothèque un livre reçu dans le cadre d'un swap, j'ai continué sur ma lancée en me saisissant de L'hibiscus pourpre, un roman que m'avait envoyé Mo dans le cadre du swap "Eternel féminin" organisé par Anjelica l'an passé. Je n'avais jamais entendu ni le nom de l'auteur, ni celui du livre ; en répondant à mon questionnaire, j'avais simplement mis l'accent sur mon envie de découverte... Pour le coup, Mo a tapé en plein dans le mille! Et en plus, je prolonge ma série de bonnes lectures : c'est encore une bonne pioche!

Kambili, la narratrice de ce roman, a quinze ans. Elle vit dans une famille nigériane très aisée sous la férule de son père - Eugene, propriétaire du seul journal du pays à encore oser s'exprimer librement -, qui tyrannise d'ailleurs toute la maisonnée. Tout ce petit monde vit au rythme des principes catholiques les plus stricts, avec châtiments corporels à la clé pour qui a rompu le jeûne d'avant-messe ou s'est tenu dans la même maison qu'un païen... Si Kambili est (malgré tout) en adoration devant son père, son frère Jaja s'aperçoit bien plus vite que quelque chose cloche dans leur éducation : le contraste les frappe de plein fouet alors que les deux enfants séjournent chez leur tante avec leurs cousins, dans une maison où tout le monde rit tout le temps et où la vie n'est pas réglée par des emplois du temps et des prières. La jeune fille finira elle aussi par ouvrir les yeux et s'éveiller au monde... Un roman sur la complexité des liens familiaux tissés à force de peur et de violence, qui pose aussi des questions sur le respect de l'identité et de la culture d'un pays, sur fond de putsch et de révoltes étudiantes dans un pays peu connu.

Il y a plusieurs raisons qui font que j'ai beaucoup aimé ce roman... Tout d'abord le fait que l'action se situe en Afrique : c'était une découverte pour moi, soit que les livres d'auteurs de ce continent sont peu mis en avant, soit que ma curiosité ne me pousse jamais de ce côté-là... En tout cas, j'ai vraiment apprécié cette incursion au Nigéria, la description de la nourriture, l'évocation des arbres et des plantes de là-bas, les mentions faites aux rites et aux coutumes... Ca m'a donné envie d'aller crapahuter de ce côté-là lors d'un prochain voyage, moi qui n'étais pas spécialement tentée par le continent africain... Ensuite j'ai aimé la retenue de Kambili : j'ai trouvé que son ton, sa timidité, son innocence et sa curiosité sonnaient très juste. On sent souvent à la lecture que cette jeune fille n'a pas l'habitude de donner son avis, ni seulement de se demander ce qu'elle pense. Un petit extrait (pour le coup très explicite à ce sujet, le reste du roman étant beaucoup plus subtil) : la tante de Kambili et Jaja, Ifeoma, montre le campus de l'université où elle est professeur à ses neveux en présence de sa fille aînée, Amaka.

" "C'est le champ où nous tenons nos bazars, dit Tatie Ifeoma. Et là-bas ce sont
les foyers d'étudiantes. Voici Mary Slessor Hall. Là-bas, c'est Okpara Hall et
celui-ci, c'est Bello Hall, le foyer le plus célèbre, où Amaka a juré d'habiter
lorsqu'elle entrera à l'université et qu'elle lancera ses mouvements activistes."
Amaka rit mais ne contredit pas Tatie Ifeoma.
"Peut-être serez-vous ensemble, toutes les deux, Kambili."
Je hochai la tête avec raideur, même si Tatie Ifeoma ne pouvait pas me voir.
Je n'avais jamais pensé à l'université, pas plus à celle où j'irais qu'à ce
que j'y étudierais. Le moment venu, Papa déciderait. " p. 152

De façon générale, j'ai trouvé que toute la complexité des personnages et des situations était très bien rendue : Eugene, tout en étant un homme extrêmement sévère et violent aveuglé par la religion, est courageux dans sa défense de la liberté de penser, et extrêmement généreux avec son entourage. La mère de Jaja et Kambili est elle aussi une énigme, dans sa fidélité à son mari quoiqu'il fasse malgré l'amour immodéré qu'elle porte à ses enfants. Enfin, j'ai adoré le personnage d'Ifeoma, cette femme seule pleine de bonne humeur et de vie, d'une force et d'une volonté remarquables, luttant pour ses convictions et pour élever ses enfants au mieux. L'espoir personnifié.

Une belle découverte qui fait voyager et traite d'un sujet grave et sans frontière : la violence conjugale et envers les enfants.

Merci Mo!

P.S. : Le titre de ce billet est tiré d'une prière adressée par le père d'Eugene et Ifeoma à son dieu.

9 commentaires:

chiffonnette a dit…

Je l'ai parcouru sans plus accrocher j'avoue! Mais je le rouvrirai peut-être un jour!

Emeraude a dit…

j'ai moi aussi, en ce moment, envie de voyager par les livres et de lire des choses venues du monde entier. Je crois que ce titre pourrait me plaire...

Karine :) a dit…

Je le cherche depuis un moment, j'en ai lu beaucoup de bons commentaires! Un mini-voyage en Afrique... why not!

Stephie a dit…

Ton avis titille ma curiosité, je note ce titre.

Lucile a dit…

@ Chiffonnette : bah, c'est le jeu, avec la lecture! Peut-être une question d'état d'esprit, aussi...

@ Emeraude : tout à fait, si c'est ce qui te plaît en ce moment! Il y a pas mal de scènes du quotidien au Nigéria qui te mettent bien dans l'ambiance!

@ Karine : alors j'espère que tu le trouveras! :)

@ Stephie : s'il croise ta route tu penseras à moi alors! ;)

La Nymphette a dit…

C'est un de mes romans préférés, tout écorné d'avoir été prété à tous mes proches! La description que tu en fais est très juste!

Lucile a dit…

@ La nymphette : hey, contente de te revoir ici! :D Ce roman était plein de subtilité, un bon souvenir, vraiment! :)

La Nymphette a dit…

ho, je n'étais pas bien loin, juste silencieuse! :-)

Lucile a dit…

@ La nymphette : oui, c'est vrai qu'on ne se rend pas trop compte de qui suit son blog ou pas, en fait! ^_^