Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 7 septembre 2009

Secret story


Il y a un certain temps maintenant, une amie, alors que je lui parlais de De manière à connaître le jour et l’heure, m’a dit que cela lui rappelait un autre roman qu’elle avait lu, qu’elle me prêta la fois suivante que nous nous vîmes. Ce roman, c’était Les autres, d’Alice Ferney, qui commence effectivement comme un roman choral.

L’histoire est assez simple : une famille et des amis, réunis pour fêter les 20 ans de Théo, découvrent un curieux jeu de société, « Personnages et Caractères », sensé révéler aux participants s’ils se connaissent bien entre eux (et eux-mêmes), si l’image qu’ils donnent correspond à celle qu’ils pensent donner, etc. Un jeu tout sauf anodin, qui amènera les participants à révéler des secrets et se montrer sous un nouveau jour même à leurs proches, mais surtout à se questionner sur leurs rapports aux autres et à eux-mêmes et sur la notion de sincérité.

En ce qui concerne la forme, le roman est structuré en trois parties à peu près équivalentes en nombre de pages : « Choses pensées », « Choses dites » et « Choses rapportées ». Il en découle qu’on lit trois fois la même histoire selon des points de vue différents : d’abord, à travers les pensées des différents protagonistes ; ensuite, à travers les paroles et autres faits observés objectivement ; enfin, avec une narration plus proche de la classique narration omnisciente, un peu mélange des deux premières avec quelques interprétations de plus.

Bon, je dois avouer que cette lecture fut pour moi une déception. Il faut aussi dire que j’attendais beaucoup d’Alice Ferney pour des raisons pas du tout justifiées. En fait, j’adore son nom (ou plutôt son pseudonyme ; quoi qu’il en soit, je le trouve très doux, plein de grâce, aussi en ai-je déduit que ça devait refléter sa façon d’écrire, ce qui est parfaitement ridicule, je sais bien !). Et en plus, les interviews que j’ai pu entendre sur France Inter ou voir sur auteurs.tv m’avaient montré une jeune femme dynamique et enjouée, enfin sympa quoi ! Encore une raison pas valable pour s’imaginer que ses bouquins allaient être des merveilles… En tous les cas, j’attendais beaucoup de cette première rencontre avec Alice, et je ne m’y suis pas retrouvée…

« Mais pourquoi ?! » vous écriez-vous à cet instant précis, derrière vos écrans – ne niez pas, je le sais. Eh bien, d’abord à cause même de cet effet « exercice de style » que j’ai trouvé assez brut de décoffrage et un peu trop systématique. Disons que je me suis souvent demandé s’il était besoin de reprendre à chaque fois toute la soirée sous la forme choisie (pensées, dialogue ou narration omnisciente), et si un meilleur ciblage sur certains épisodes n’aurait pas apporté les mêmes éléments en enlevant l’aspect laborieux de reprendre tout le récit dans chacune des trois parties.

Ensuite, ça reste un peu dans le même ordre d’idées, mais j’ai parfois eu l’impression que l’auteur cherchait absolument à utiliser des jolis mots pour écrire quelque chose de poétique. Au final, pour ma part c’est plutôt raté vu que je vois plus les coups de pinceaux que le motif du tableau. Je reconnais cependant qu’il y a plusieurs très jolies formules, et j’ai noté plusieurs phrases vraiment bien tournées ; mais j’ai aussi souvent été fatiguée de sentir l’auteur là, si présente. Disons que je suis plutôt partisane de la subtilité, au moins dans la forme, et qu’ici je n’ai pas eu l’impression de la trouver.

Enfin, la façon de se parler des personnages m’a semblé la plupart du temps pas du tout naturelle. Etait-ce à cela qu’elle faisait référence dans son interview sur auteurs.tv en parlant des critiques qui étaient faites de son écriture « classique » ? En tout cas, ces réparties aurait sans doute été bien dans la bouche de jeunes nobles du XIXe siècle, mais là je trouvais que ça sonnait faux.

Bon, reste que le thème abordé est bien traité, et dans tous ses développements (pourquoi tient-on absolument à donner une certaine image aux autres ? faudrait-il être sincère tout le temps ? est-ce normal ou inquiétant de ne pas connaître la personne avec laquelle on vit ? etc.), mais là encore, le fait qu’on y ait droit trois fois ne sert pas le propos général à mon avis. Bon, je parle de thème principal, mais il est deux « sous-thèmes » qui apparaissent tout de même assez fortement : la maternité et le rapport d’une mère à son (ses) enfant(s) d’une part ; et la féminité d’autre part. On sent à travers les mots d’Alice Ferney qu’elle est profondément investie dans le premier de ces thèmes : elle a longtemps réfléchi au sujet à mon avis, a dû passer du temps à se représenter à elle-même ce qu’elle ressentait en tant que mère, et pour le coup cette implication est vraiment touchante. Pour sa manière de traiter de la féminité, on est également dans une vision sublimée du beau sexe : dans toute leur variété, les femmes du roman sont toutes des figures fortes. Qu’elles soient apaisées comme Estelle, ou en furie comme Marina, qu’elles soient maternelles comme Madeleine (dite Moussia), ou éternellement espiègles comme Nina, qu’elles soient en apparence « belle-et-tais-toi » comme Fleur (on remarquera bien sûr la symbolique des prénoms retenus, notamment pour le trio des jeunes femmes : une étoile, la mer, une fleur… C’est plutôt joli), toutes s’interrogent sur elles-mêmes d’une façon qui semble plus approfondie, plus réfléchie, que ces messieurs. En tant que femme, c’est évidemment agréable à lire !

En conclusion, un roman sur une thématique passionnante, mais à côté duquel je suis allègrement passée … Cela dit, je ne désespère pas quant à l’auteur : Alice Ferney aura une deuxième chance, puisque j’ai dans ma PAL son Grâce et dénuement.

9 commentaires:

amanda a dit…

je me souviens surtoute d'avoir eu l'impression de lire trois fois la même histoire... et de m'en être lassée, donc.

Orchidee a dit…

moi j'ai bien aimé.

sauf l'histoire de la grand-mère ... j'ai trouvé ça trés "mélo"
du même auteur j'avais aimé "paradis conjugal"

pom' a dit…

la costruction m'a au départ séduite puis une impression de déja vu m'a ennuyé dans les parties suivantes

Karine:) a dit…

Ca ne donne pas vraiment envie... lire trois fois la même histoire, c'est intéressant en théorie mais en pratique... pas certaine!

keisha a dit…

Lassée aussi.
Mais grâce et dénuement, quel bonheur!!!

Brize a dit…

Bon... déjà que ce livre ne réussissait pas à me tenter, alors qu'une amie m'en a dit beaucoup de bien et propose régulièrement de me le prêter !
(sinon, j'aime beaucoup "je vois plus les coups de pinceaux que le motif du tableau" !)

Lucile a dit…

@ amanda : j'ai eu aussi cette impression, mais vu que, quoi qu'il arrive, je me force à aller au bout des livres, j'ai bien dû fouiller un peu plus loin! ;-)

@ orchidée : il y a incontestablement des choses intéressantes, je comprends tout à fait qu'on puisse apprécier ce roman. :)

@ pom' : oui, ma réaction a été assez proche, même si mon enthousiasme aurait sans doute duré plus longtemps si les différents parties avaient été placées dans un ordre différent (les pensées pour démarrer, j'ai trouvé que c'était vraiment trop prendre le lecteur par la main, ne pas lui faire confiance pour interpréter lui-même, justement). :)

@ Karine : exactement, l'idée est très bonne, mais en termes de "temps de lecture" il serait peut-être plus judicieux de le consacrer à autre chose... Mais ça n'engage que moi! ^_^

@ Keisha : ouf! Tu me rassures, alors! J'étais déjà un peu déçue à l'avance de mon achat. :)

@ Brize : bah quand ça veut pas, ça veut pas! ^_^ Comme je dis souvent, ce n'est pas les livres à lire qui nous manquent : pas de regret à avoir, donc! Quant aux coups de pinceaux et au motif, les personnages du livre eux-mêmes parlent un peu comme ça, plutôt au sujet d'une tapisserie (ou d'un tapis, je ne sais plus) constituée de différents fils qui forment le motif. J'ai donc repris l'image d'Alice Ferney! ^_^

Leiloona a dit…

J'ai adoré lire "Grâce et dénuement". On m'a conseillé de continuer ma découverte de Ferney avec "Les Autres". Je le lirai, histoire de voir si j'ai le même point de vue que toi.

Lucile a dit…

@ Leiloona : ravie de te revoir ici! J'irai guetter ton avis, alors (dès que j'aurai un accès Internet régulier!)... Et super pour "Grâce et dénuement"!