Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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jeudi 3 septembre 2009

There’s no place like home



Non, le challenge Fashion’s Klassik List n’est pas mort ! Je suis juste un chouïa en retard, mais, depuis le 31 décembre 2008, date-limite de fin du challenge officiel, j’ai décidé de m’accorder le temps qu’il faudrait pour m’en acquitter (après tout « qui veut voyager loin ménage sa monture », n’est-ce pas ?). Ainsi donc, après avoir découvert Jane Austen et son Orgueil et Préjugés, puis Zweig avec sa Lettre d’une inconnue, je continue... Voici le troisième des cinq titres que contenait la Fashion’s Klassik List, j’ai nommé le Dickens : De grandes espérances.

Avant de commencer, il me faut remercier Fashion (encore une fois !) pour cette découverte et très agréable surprise. En effet, j’avais un assez mauvais a priori sur l’auteur, que j’imaginais morose et sentencieux, sans doute écrivant bien mais toujours avec un ton moraliste ou je-ne-sais-quoi de foncièrement opposé à toute forme d’humour ou de légèreté. Le pourquoi de ce jugement bien sévère tient essentiellement à l’adaptation par Disney de son Conte de Noël (mettant en scène le méchant Picsou, le gentil Mickey ainsi que le fantôme de Dingo) qui m’a traumatisée lorsque j’étais petite. Déjà parce que Picsou, Dingo et Mickey n’avaient plus les mêmes noms ; et ensuite parce que c’était tout sombre. Et il n’y avait pas de château ni de princesse. Et aussi le pauvre Mickey et sa famille devaient se partager une dinde toute riquiqui - disons une « dindette » - qui n’aurait même pas suffi à un seul d’entre eux. Les vagues échos que j’avais eus d’Oliver Twist me paraissaient tout autant déprimants et teintés au charbon, ce qui n’avait évidemment pas spécialement titillé ma curiosité… Aussi, quelle ne fut pas ma surprise, malgré tout ce que Fashion avait pu en dire auparavant, de constater que Dickens était drôle ! De cette longue digression, je conclus que Disney pouvait très bien être un fervent admirateur de Dickens, mais qu’il aurait dû s’en tenir à des clins d’œil comme celui que j’ai compris grâce à ce roman et qui se trouve dans Mary Poppins (en la personne du voisin complètement timbré de la famille Banks – je crois qu’ils le surnomment « l’Amiral » – qui fait péter son canon tous les jours à heure fixe en faisant trembler tout le voisinage). M’enfin, passons.

Résumons le début de l’histoire : Philip Pirrip, surnommé Pip, est un tout p’tit gars quand débute le roman. Orphelin très jeune, il vit chez sa sœur, que l’on pourrait aisément qualifier de monstre sans cœur et tortionnaire, aussi bien envers lui qu’envers son mari, Joe, le forgeron du village. L’existence de Pip, plutôt monotone dans ce pays de marais où l’on envoie les prisonniers en travaux forcés, ne semble alors pas devoir dévier d’un pouce de l’avenir qui s’annonce : il sera forgeron aux côtés de Joe. Seulement, rien ne se passe évidemment comme prévu : il accumule les rencontres étranges – deux forçats évadés dans les marais, une vieille femme dans une vieille maison où toutes les (vieilles) pendules sont arrêtées à la même heure et où le jour ne pénètre jamais, un inquiétant apprenti, une petite fille belle et hautaine, etc. – et son destin prend un tour tout à fait improbable… Un mystérieux bienfaiteur lui promet « de grandes espérances » et change l’apprenti-forgeron en gentleman de la ville. Mais là encore, le destin de Pip est loin d’être tout tracé…

Nous avons ici un superbe roman d’apprentissage, voire d’aventure, ni plus ni moins ! Je ne vois guère que des éloges à faire à son sujet - mais ce n’est pas pour rien qu’il se trouve dans une certaine liste, n’est-ce pas ? – : j’ai déjà évoqué l’humour de Dickens, mais j’y reviens avec plaisir. Qu’on ne se trompe pas, et je ne veux pas vous donner de faux espoirs : je doute que vous soyez pliés de rire à la lecture de ce roman, mais pour ma part, j’ai bien souvent eu le sourire aux lèvres ou laissé échappé de petits gloussements jubilatoires devant les scènes dépeintes. Car en fait, Charles est le roi du comique de situation et de la caricature. Je ne sais pas s’il est possible de dépeindre de façon plus drôle la gaucherie de ces rustauds débarquant à la ville et essayant de faire de leur mieux leur entrée dans le monde, la tyrannie de Mrs. Joe (la grande sœur), la servilité obséquieuse (mais circonstanciée) des notables locaux devant cette soudaine bonne fortune, les relations maîtres-personnel de maison, et je pourrais continuer longtemps ! D’ailleurs, j’ai bien souvent imaginé les scènes en question jouées par des acteurs tant elles étaient vivantes (ce qui m’amène à dire que j’ignore si ce roman a fait l’objet d’adaptations). Au passage, j’imagine que seule l’intelligence des gens et des choses résultant d’une observation soutenue permet à un auteur une telle acuité. Il est par exemple assez mordant quant à la pratique religieuse :
« C’était […] l’une de ces vieilles filles difficiles à digérer, qui donnent à leur roideur le nom de religion, et à leur bile le nom d’amour. » p. 271
Donc un roman bourré d’humour.

Mais également un roman captivant ! Il faut dire qu’il a été écrit au départ comme un feuilleton et que les chapitres paraissaient au rythme d’un ou deux par semaines : aussi la contrainte de renouveler l’intérêt des lecteurs, qui devaient se contenter de petits morceaux, les pauvres, rejaillit-elle directement – en bien, évidemment – sur le lecteur chanceux d’aujourd’hui qui peut tout avoir d’un bloc et vogue ainsi, de chapitre en chapitre, devenant un vrai boulet (asocial et muet) pour son entourage tandis que l’intrigue se déroule et se complexifie. « Des page-turners du XIXe siècle, vous me direz, on en a déjà vus ! » Je vous répondrai alors que « Oui, mais des comme ça, jamais ! », ce qui sera sans nul doute fort présomptueux de ma part étant donné que j’ai lu fort peu de ces feuilletons, mais passons… Pourquoi donc placé-je De grandes espérances au-dessus du Comte de Monte-Cristo par exemple? Eh bien tout simplement parce que Dickens ne verse pas (ou pas souvent ; bon, un peu vers la fin, d’accord…) dans la réserve de grosses ficelles qu’on peut trouver dans le genre et reste modeste avec ses personnages. Non, Pip n’est pas parfait, loin de là même, mais surtout il est capable d’autocritique et d’autodérision. S’il a des sentiments très nobles, ils sont aussi mêlés d’une bonne dose de lâcheté, et s’il est prêt à trépasser en héros pour certains de ses idéaux, la bonne conduite la plus élémentaire est souvent sujette chez lui à d’amples variations de jugement (le tout pour éviter des situations bien moins embarrassantes que d’être… mort !). J’ai aimé cette sorte de « franchise » envers le lecteur, qui donne sans doute des péripéties moins romanesques, mais qui donne moins l’impression d’être pris pour une truffe.

Enfin, le propos global du roman n’est guère révolutionnaire : méfions-nous des apparences, ne projetons pas systématiquement ailleurs (dans s’autres lieux, d’autres possessions, en d’autres mains) notre bonheur alors qu’il se trouve bien souvent à portée de main, n’espérons pas changer les gens contre leur volonté, etc. Pour autant, et contrairement à ce que ma façon de les rapporter pourrait le laisser croire, aucun des grands messages que l’on peut deviner à travers ce roman n’est érigé en morale. Que chacun en retire donc ce qu’il voudra, mais sachez que, même sans ça, l’histoire en elle-même vaut vraiment le coup.

En conclusion, je vous conseille à mon tour vivement ce roman !

9 commentaires:

Stephie a dit…

Voilà LE classique que j'ai envie de lire rapidement !!!

amanda a dit…

j'en connais une qui va être contente :)

Reka a dit…

Il faudra que j'en attrape un aussi, alors ! :)

fashion a dit…

Yeeees!!!!! Amanda a raison, je suis aux anges!!!! Et j'admire ta persévérance, qui te pousse à finir ce challenge même hors délai! Bravo!

Caro[line] a dit…

En effet, quelle persévérance ! Ce roman est dans ma PAL, mais je ne suis vraiment pas tentée pour le moment, malgré tous ces avis positifs !! (Ne m'en voulez pas !)

Lucile a dit…

@ Stephie : eh bien, n'hésite pas, franchement!

@ Amanda : remarquable prédiction! En plein dans le mille! ;-)

@ Reka : fais donc! (et tu vas les traquer où, tes Dickens? Que je sache où chercher les prochains que je lirai! ;-) )

@ Fashion : merci, merci! ^_^ Oui, je tiens vraiment à le finir, ce challenge de tes "classiques", car il me fait découvrir des incontournables (que la date de clôture soit passée ou pas) - ce qui, en même temps, était un peu l'idée... ^_^

@ Caro[line] : tu as tout le temps de le lire, ce n'est pas le genre de roman qui vieillit à mon avis. Et autant que tu sois dans de bonnes conditions le jour où tu l'ouvriras! ;-)

Praline a dit…

Comme Caro, je ne suis pas tentée pour le moment même s'il traine dans ma PAL depuis un bout de temps.

Lucile a dit…

@ Praline : eh bien même réponse qu'à Caro, alors! C'est le genre de roman qui ne se démode pas, prends ton temps! ^_^

Lucile a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.