Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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jeudi 29 octobre 2009

Histoire d’une tique


Voilà un autre roman que je voulais vraiment lire depuis bien longtemps et auquel je suis bien contente d’avoir consacré un peu de temps…

Jean-Baptiste Grenouille a toujours été un garçon atypique ; dès sa naissance sous l’étal d’une poissonnière qui préfèrerait le voir mourir (comme ses précédents enfants) au début du XVIIIe siècle, dans les rues sales et puantes de Paris, il fait horreur à tout le monde. Il sera balloté d’institutions en nourrices, jusqu’à atterrir chez un tanneur qui lui fera accomplir les plus basses besognes. Personne ne l’aime mais il s’accommode fort bien de la quasi-inexistence de contacts humains dans sa vie, et lui non plus n’aime rien ni personne. A part les odeurs. C’est d'ailleurs à l’intensité d’une odeur qu’il doit son premier mot à l’âge de cinq ans : « bois ». Dès lors, il n’aura de cesse que de collectionner les senteurs, les classifier, les répertorier, les mémoriser, les nommer et les assembler en imagination contre toute vraisemblance pour créer les harmonies les plus subtiles, les parfums les plus agréables. Et quand son imagination ne suffira plus, il décidera d’accéder par tous les moyens aux ateliers des parfumeurs professionnels pour créer les fragrances qui feront de lui le maître des hommes comme il l’est pour les créatures imaginaires qui peuplent son esprit.

Encore une fois, je ne m’attendais pas à ça. Je pensais lire quelque chose de beaucoup plus sombre, plus puant, plus sanglant. D’ailleurs, je dois le dire, je redoutais un peu cette lecture même si, partout, on me l’avait vivement conseillée : c’est la ressemblance qu’on m’avait décrite avec Une éducation libertine qui m’avait un peu refroidie. Parce que vraiment, certains passages de ce premier roman de Jean-Baptiste Del Amo étaient proprement écœurants de mauvaises odeurs et de saleté, saturés d’adjectifs savants dans tous les sens pour dire la crasse dans toutes ses nuances. Et là on m’avait dit : « Oui, c’est un peu comme dans Le Parfum ; ce roman, qu’est-ce qu’il parle bien des odeurs ! » Donc j’avais eu peur, étant donné que j’étais déjà passablement écœurée par le premier, de ne pas pouvoir soutenir la lecture du second. Ensuite il y avait aussi le sous-titre, « Histoire d’un meurtrier » qui me faisait attendre une place différente pour les crimes, beaucoup plus présente et importante qu’elle ne l’est là : ils ne sont qu’un passage « obligé », mais pas la finalité de Grenouille. En réalité, cette histoire est plutôt celle d’un fanatique qui va jusqu’au bout de sa folie. Et j’aime les histoires de fous ! ^_^

Alors effectivement, le parallèle avec Une éducation libertine est évident : non seulement le côté roman d’apprentissage avec un jeune homme qui part de très bas et qui progresse dans la société (même si Grenouille n’est pas un arriviste), mais également l’étape chez un perruquier pour le Del Amo et chez un parfumeur pour le Süskind (dans mon imaginaire les deux boutiques se ressemblaient vraiment beaucoup), sans parler effectivement de l’époque similaire et des mêmes puanteur et saleté dans les rues (même si ici les descriptions des remugles était nettement moins développées que dans Une éducation libertine). Enfin, j’ai trouvé un écho entre les deux romans dans la figure du fleuve, qui tenait une place centrale dans le roman de Del Amo, et auquel je me référais systématiquement dès qu’il était mentionné ici. D’autres passages du roman m’ont également rappelé des lectures passées, notamment à la fin du roman, qui m’a donné une furieuse impression de déjà-vu : Métropolitain de Yan Marchand, certes, mais il me semble avoir déjà lu quelque chose d’encore plus proche sans arriver à le resituer... De même, je crois me souvenir que dans Mort aux cons, le narrateur poursuivait un grand œuvre à travers ses assassinats de cons, mais je n’en suis plus certaine…

Enfin, quoiqu'il en soit, j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, tant dans sa progression que dans son hypothèse de fond (ce jeune homme à l'odorat hyper-développé, c'est quand même bien trouvé! Au passage, ce nom de Grenouille recouvre une symbolique certaine par rapport aux monde des odeurs, mais je ne me rappelle plus si ces animaux ont un odorat très pauvre ou au contraire très développé... Ah, que mes cours de zoologie sont loin!), dans la forme, dans les personnages dépeints (même si on suit essentiellement le parcours de Grenouille, les gens qu'il rencontre sont souvent extrêmement bien croqués, depuis l'ouvrier/amant de la patronne clair comme de l'eau de roche au parfumeur qui remet tout à demain, surtout ses bonnes résolutions...) et dans cette ascension vers la puissance et la folie.

Je n'ai pas vu le film adapté récemment de ce roman, mais j'ai entendu tout et son contraire à ce sujet. En tous cas, l’affiche était magnifique.

Pour conclure, un roman que je conseille vivement, facile et agréable à lire, avec des airs de roman d’apprentissage mêlé de conte philosophique et la profondeur d’une histoire de fou. Un dosage aussi subtil que les parfums de Grenouille, et aussi réussi !

P.S. : le titre de ce billet résulte du mélange entre le sous-titre du roman "Histoire d'un meurtrier" et l'image récurrente de la tique à laquelle est comparée Jean-Baptiste tout au long du roman, se cachant comme elle et se faisant oublier jusqu'à ce que son heure vienne. Brrr! :)

14 commentaires:

Mo a dit…

"Histoire d'un meurtrier", ça va bien au livre puisqu'on comprend pourquoi et comment Grenouille devient meurtrier. Mais c'est vrai que a n'a rien d'un policier!
Au final, j'avais fini par m'ennuyer un peu à cette lecture, à cause du style plus que l'histoire.
(Et le film est bien, très, très beau, et assez fidèle il me semble)

Orchidee a dit…

j'avais adoré ce livre lu adolescente ...

Fleur a dit…

Lu il y a un bon moment maintenant mais j'en garde un très bon souvenir. Le film n'est pas trop mal fait, il faut dire qu'adapter ce roman qui joue sur les odeurs était plutôt osé

Emeraude a dit…

c'est vrai que c'est un roman à lire !!
Je n'ai pas lu "une éducation libertine" et franchement, ce que tu en dis en comparaison avec le parfum ne me tente pas du tout !
Et pour ma part, j'ai trouvé le film très réussi ! :-)

Virginie a dit…

Depuis que j'ai vu le film, je ne peux pas me résoudre à lire le livre. J'en ai un tellement mauvais souvenir, que je ne peux pas

LVE a dit…

Je me souviens avoir été incapable de laisser ce livre sans en avoir tourné toutes les pages... Je l'ai dévoré.

Lucile a dit…

@ Mo : c'est pas faux... J'essaierai de voir le film à l'occasion, alors! :)

@ Orchidée : je te comprends!

@ Fleur : encore un bon point pour le film alors...

@ Emeraude : un autre avis positif sur le film! :) Pour le Del Amo, il est vraiment particulier dans son style, mais du coup il m'a aussi beaucoup marquée. Je pense que ça reste une lecture très intéressante!

@ Virginie : ah, un avis contradictoire sur ce film! Qu'est-ce qui ne t'a pas plu?

@ LVE : c'est vrai que cette histoire devient de plus en plus prenante quand on progresse dans le récit. :)

BlueGrey a dit…

J'avais beaucoup aimé ce livre (mis à part le passage du séjour dans la grotte, un peu longuet) par moment morbide mais aussi poétique parfois... Un étrange mélange de genres...

Fantômette a dit…

Aaaaah ! "Le parfum" reste un souvenir fort : le premier livre (et en fait le seul, mais je ne suis pas morte, j'ai donc le temps de rattraper ce truc là) qui m'a fait passer une nuit blanche. Bon, j'étais ado, en vacances, et Bernard Pivot en avait parlé avec effusions trois jours plus tôt. Mais du coup, je n'ai pas voulu voir le film pour ne pas écorcher mon souvenir.

Lucile a dit…

@ BlueGrey : je suis tout à fait d'accord avec toi (et aussi pour le passage dans la grotte : même s'il a une forte portée symbolique, ça ne m'aurait pas dérangée qu'il prenne moins de pages! ;-) )!

@ Fantômette : ah, doux souvenirs que ceux des nuits blanches pour cause de lecture effrénée! ^_^ Je te comprends aussi pour le film. Mais mon souvenir n'est pas au niveau du tien, donc j'essaierai quand même de le voir! :)

Virginie a dit…

Ce qui ne m'a pas plu dans le film, déjà la manière dont c'est filmé au début à la naissance de Grenouille. Et je ne sais pas c'est un ensemble vraiment, mais surtout la fin, je n'ai pas compris pourquoi finir comme ça, l'orgie sur la place publique, la fin de Grenouille. Non pour moi c'est trop tordu. Mais en fait c'est l'histoire que je n'ai pas accrochée, et pourtant je voulais lire le livre parce que j'en ai entendu tellement de bien, c'est un chef d'oeuvre blah blah blah, mais non merci;o)

Lucile a dit…

@ Virginie : ok! Pour le début, n'ayant pas vu le film, je ne peux pas dire, mais pour la scène finale, elle est effectivement conforme au roman... Donc peut-être en effet que tu ne changerais pas tellement d'avis en faisant cette lecture! Mais personne ne manque de lecture de toute façon, si? ^_^ Merci d'avoir détaillé ton avis en tous cas! :)

Matthieu a dit…

Très bon billet... pour un très bon roman. Tiens c'est étrange, le Paris historique - comment dire - ça me rappelle quelque chose :)

Amitiés

Matthieu - nouveau lecteur de ton blog

Lucile a dit…

@ Matthieu : Déjà ici!? Je suis flattée! :D Merci pour ton commentaire! :-) Quant aux romans historiques, je pense en lire un tout nouveau prochainement... ;-)
A bientôt! :)