Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 12 octobre 2009

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère


Bon, je vous préviens d’office : dans le paragraphe suivant, je vous refais tout mon cheminement personnel vers Eric Holder (j’aime bien me rappeler de ce qui m’amène vers tel ou tel auteur ou livre, aussi ai-je tendance à penser que ça intéresse tout le monde…). Pour passer directement au billet sur La Baïne proprement dit, sautez le paragraphe suivant ! ;-)

Eric Holder a écrit pas mal de romans, mais demeurait un parfait inconnu pour moi jusqu’au moment où je l’ai croisé dans une chanson de Vincent Delerm (au passage, un chanteur que j’aime beaucoup, tant pour ses chansons que pour le personnage lui-même. Comme je l’ai dit il y a quelque temps à une Paris’Cop, je le compterais volontiers parmi mes amis), je veux parler de « Fanny Ardant et moi ». Sans susciter immédiatement de la curiosité pour cet auteur, cela a suffi pour me faire tilter au moment de la sortie de La baïne, en 2007, puis lors d’une émission de radio sur Eric Holder et son installation dans le Médoc un peu plus tard. Quelques années passent, et je me retrouve moi-même à emménager dans la région, à fureter à la maison de la presse de Lesparre, et à me trouver face à une table couverte des romans dudit Eric en prévision d’une dédicace prochaine. L’occasion faisant le larron, je fais l’acquisition de La Baïne sur les conseils du libraire, pensant revenir me le faire gri-gri-ter (la rédaction s’accorde le droit d’inventer des mots) la semaine suivante – ça, c’était avant de me rappeler que je serais alors en train de fêter l’anniversaire d’une autre Paris’Cop bien loin de Lesparre… Bref ! Voilà comment deux mois et quelque passent, et que je me trouve sur le point de me rendre au salon du livre de Saint-Estèphe (le 11 octobre dernier) sur le thème « Lire en Vignoble ». « Peut-être bien qu’il sera là », me dis-je, aussi exhumé-je ma Baïne toute neuve de ma bibliothèque pour m’y plonger (dangereux, ça, la baïne étant un courant marin traître et très dangereux pour les baigneurs…). Bonne inspiration : je découvre la prose d’Eric Holder avant de le rencontrer effectivement en chair et en os (et en jaune canari) dimanche dernier. Un monsieur charmant, très discret, souriant avec un air un peu fragile, et qui se lève pour vous remettre des deux mains l’ouvrage qu’il vient de vous dédicacer (il le fait deux fois si vous prenez deux livres – ce qui était mon cas) : j’ai été extrêmement touchée par cette attention, ce côté « je vous confie mon roman, prenez-en soin, c’est important ». Une belle rencontre, dont je me souviendrai.

Nous y voilà : je vais maintenant vous parler de ma lecture. La baïne est donc le nom que l’on donne au courant qui emporte régulièrement touristes et autochtones imprudents loin de la côte. Dans ces cas-là, il faut éviter de lutter contre le courant et de se fatiguer, et simplement se laisser porter pour échouer plus loin, mais bien souvent la panique l’emporte et tout cela finit mal. Et c’est bien le courant meurtrier qui ouvre et clôt La Baïne, comme un personnage à part entière du roman, une incarnation de la personnalité médoquine. Entre ces deux parenthèses se déroule un épisode de la vie de Sandrine, mariée à un autochtone et amoureuse de sa terre d’adoption, mère de deux enfants et essentiellement occupée de juillet à octobre par le tourisme et l’activité générés par les plages et les domaines viticoles de la région. Raisonnable mais inaccomplie, voilà Sandrine. Et un homme arrive, évidemment, un étranger, un Parisien en repérage dans la région pour un tournage : Arnaud va changer la vie de Sandrine et la transformer en profondeur, la révéler. Sauf que dans le Médoc, où tout le monde se connaît, rien n’est sans conséquence.

Bienvenue dans le Médoc ! Voilà un roman qui m’a fait un peu peur quant à l’endroit où j’ai posé mes valises… Evidemment, j’exagère : si Eric Holder dépeint des Médoquins farouches et méfiants, voire hostiles, il parle aussi magnifiquement bien de sa propre terre d’adoption. On sent le temps et l’attention qu’il a mis à la découverte de ces lieux – les vignes, les plages, les villages, les gens – et la vision de celui qui a vécu hors-saison dans une région bondée en été, fourmillante d’activité au moment des vendanges, et soudain désertée. On sent la concentration de l’étranger de bonne volonté qui s’est efforcé d’apprendre la terminologie locale, de repérer la façon de s’exclamer des gens du cru, et qui, pour finir, les restitue avec un naturel remarquable. A ce propos, ma discussion de dimanche avec l’intéressé a évidemment révélé que nous partagions ce goût pour les mots nouveaux (il faudra que je lui parle de la pêche aux mots, la prochaine fois ! ^_^). Un très bref exemple, extrait de la première page : « « Médoc » : la région au milieu du flot. ». Ben oui ! Elémentaire, mais je ne m’étais jamais posé la question du pourquoi ce nom… Cette implication, cet attachement discret, avec tous ces mots pour désigner ces choses d’ici, sont ce qui m’a le plus fait apprécier ce roman.

Le style est étonnamment simple et fluide : je m’attendais – ne me demandez pas pourquoi – à rencontrer une personnalité bien particulière derrière les phrases d’Eric Holder, mais l’auteur, comme dans la réalité (à ce que j’ai pu en voir lors de notre rencontre, du moins, mais je vous concède que c’est bien peu pour tirer des conclusions sur l’auteur), est au contraire très effacé, très discret. A peine croit-on l’entrevoir derrière le narrateur de l’histoire, qui se pose en observateur parmi les autres Soulacais. Les phrases sont de facture classique, avec un vocabulaire bien choisi, une ponctuation normale. R.A.S.

L’histoire est elle aussi assez simple, sans prétention : on n’a pas la tragédie du siècle, juste un drame ordinaire, décrit avec beaucoup de justesse. Les thèmes abordés sont bien sûr celui de l’adultère et du on-dit, mais le roman pose également la question des limites de l’amitié ou des conditions de la réalisation de soi. J’ai donc suivi avec intérêt le déroulement de cette intrigue dans laquelle on se projette facilement (comment ne pas choisir son camp ?) et portant l’écho de préoccupations qui me parlent.

En conclusion, je parlerai d’une lecture plaisante et facile (mais surtout pas niaise, je tiens à le préciser) qui me restera en mémoire surtout pour la très belle façon de l’auteur de parler du Médoc.

Je vais poursuivre ma découverte de l’œuvre d’Eric Holder par Bella Ciao, son dernier roman ; lui-même m’aurait bien conseillé De loin, on dirait une île (l’histoire d’une installation dans le Médoc), mais il n’était pas sur l’étal… Ce sera le suivant dans ma découverte, si je persiste!

Et avant de vous quitter, je vous rappelle que l’adaptation de Mademoiselle Chambon, un roman d’Eric Holder, sort cette semaine au cinéma avec Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon. Ne devrait pas tarder non plus l’adaptation cinématographique de L’Homme de chevet.

P.S. : Vous aurez évidemment reconnu, en titre de ce billet, un refrain de Georges Brassens.

4 commentaires:

Praline a dit…

C'est rigolo, ce sont les mêmes raisons (enfin, la même chanson de Delerm) qui me poussent à découvrir cet auteur.

Lucile a dit…

@ Praline : héhé! Pour ma part (ça doit se voir dans les titres de mes billets) je fais tout le temps plein de liens entre des livres et des chansons! :)

vérolagrande a dit…

J'ai aimé ce livre. J'aime cette région ou je vis également. Le remon est plein d'embruns et de sable. Merci pour votre blog si riche.
Véro

Lucile a dit…

@ vérolagrande : bonjour et bienvenue ici! :) Avez-vous lu d'autres romans de Éric Holder? "De loin on dirait une île" et "Bella Ciao" m'ont beaucoup plu aussi, et parlent tous les deux du Médoc! A bientôt! :)