Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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vendredi 23 octobre 2009

Trop la classe, Serge Joncour !


Je vous ai déjà parlé (ici et ) du salon du livre de poche de Gradignan qui se tenait les 3 et 4 octobre derniers au Théâtre des quatre saisons. Hormis l’achat de petits livres destinés à appâter les LCA, j’ai fait plusieurs rencontres lors de ce salon. Avec des petites maisons d’édition dont je vous parlerai bientôt dans ce modeste salon salé, mais également avec des auteurs. Et mon échange de ce jour-là avec Serge Joncour est sans conteste mon souvenir le plus fort et le plus agréable de cette journée passée à Gradignan.

Serge Joncour, je le connaissais par un double-biais : d’abord, parce que j’avais regardé son interview sur auteurs.tv (du temps où le site fonctionnait encore ; l’homme-qui-n’avait-plus-le-temps, si tu passes par ici, fais quelque chose… :D ), et ensuite parce que j’ai plusieurs fois écouté cette excellente émission de radio, «Des Papous dans la tête» (sur France Culture), à laquelle il participe très régulièrement avec d’autres auteurs contemporains qui se livrent à des jeux de mots drôlatiques. De l’homme, j’aime son air d’être éternellement dans la lune, qui lui donne une aura comique imparable : moi, face à Serge Joncour, je souris bêtement. J’attends qu’il dise quelque chose, n’importe quoi, je sais que ça sera drôle parce qu’il arbore justement cet air de celui qui débarque d’une longue rêverie. Mais revenons au début de cette rencontre : le moment où j’arrive près du stand auquel il attend, aux côtés de Henri Loevenbruck notamment (et, à quelques places près, de Russel Banks, devant qui s’étire une file d’attente digne d’Anna Gavalda au salon du Livre de Paris (non, peut-être que j’exagère… euh, disons de Mathias Malzieu, alors?) ; de ce fait j’ai acheté De beaux lendemains sans demander de grigri à l’auteur, qui – d’ailleurs – a filé en table-ronde assez vite). Je disais donc : j’arrive devant le stand derrière lequel est assis Serge Joncour et là, incroyable mais vrai : il n’y a personne. Devant SERGE JONCOUR ! L’occasion est trop belle, on pourrait presque croire qu’on se rencontre par hasard dans la rue. Je ne tiens plus de joie et m’exclame : « Trop la classe, Serge Joncour ! ». Air de celui que j’ai réveillé ; il semble douter un instant – est-ce bien à lui que je viens de m’adresser ? – et se remémore la seconde partie de ma joyeuse exclamation – oui oui, c’est bien à lui qu’on parle - : « Ah… Euh, ah oui… Trop la classe (avec une nuance d’interrogation dans la voix)… Bonjour. » Là, je fonds : déjà, à ce moment-là, il est drôle. J’adore cet homme. Bon, je n’ai rien lu de lui ; en regardant subrepticement les livres en pile devant lui (seulement des poches, thématique du salon oblige), je reconnais des titres : U.V., Combien de fois je t’aime. Je lui explique, pour excuser un peu mon attitude de groupie littéraire que d’aucune ne renierait pas ( ;-) ), que je le connais par auteurs.tv et les Papous. Il me demande comment j’ai connu auteurs.tv, alors j’embraye sur « une copine blogueuse, qui a des auteurs chouchou et… — Ah, c’est Caro[line], c’est ça ? » Là, je jubile (« Mais ouiiii, exactement ! Vous la connaissez ?! ») : ça nous fait un point commun, et surtout, mon estime du monsieur, jusque-là basée sur un feeling plus que sur des raisons objectives, se trouve archi-consolidée par le fait qu’il se rappelle des gens qu’il rencontre (ou du moins de macopinecaro[line], ce qui est le plus important, vous en conviendrez ; pour le coup je vous renvoie vers les billets où cette dernière évoquait ses rencontres avec Serge Joncour à la journée Dédicaces de Science-Po en décembre 2007, puis en décembre 2008, et aux réponses de l'auteur dans la rubrique "Trois questions à..." toujours chez Caro[line]). Enfin, partis sur cette base, on a continué à discuter encore un moment avant que je ne reparte avec mes bouquins dédicacés. Une remarque au passage : j’ai souvent demandé à Caro[line] justement ce qu’elle trouvait à raconter aux auteurs quand elle les rencontrait sur les salons ; pour ma part j’avais peur de me retrouver bêtement plantée devant eux sans savoir quoi leur dire, trop intimidée par leur statut d’écrivain qui en faisait des êtres supérieurs et surtout différents auxquels on ne sait pas trop comment s’adresser ou ce qui peut les intéresser (car on doit forcément dire des choses brillantes devant ces gens-là, c’est entendu). En fait, je pense que ça dépend des gens en face de qui on se trouve (ce qui doit être peu ou prou la réponse que m’avait faite Caro[line]) : en l’occurrence, avec Serge Joncour, je ne me suis même pas posé de questions, mais ça a été plus laborieux avec d’autres auteurs au même salon… Bref, pour finir, j’ai pris le dernier roman de Joncour sorti en poche, à savoir L’idole, et, sur sa recommandation, Combien de fois je t’aime, le recueil de nouvelles dont je vais vous parler aujourd’hui. Avant d’embrayer sur des considérations purement littéraires, je tiens à remercier Serge Joncour pour cette rencontre si, à tout hasard, il s’aventurait sur La mer à lire…

Ce recueil regroupe donc dix-sept nouvelles, toutes en rapport – on l’aura compris – avec l’amour ou le manque d’amour, ce terme étant entendu dans une vaste gamme de déclinaisons possibles, de l’amour filial aux couples « à différence d’âge », de sentiments plus proches de l’amitié aux relations par Internet… Dans des formats invariablement très courts (de trois à dix pages environ), Serge Joncour nous présente l’amour sous toutes ses coutures mélancoliques – si tant est qu’une couture puisse être qualifiée de « mélancolique ». Car l’autre point commun de toutes ces nouvelles, c’est qu’elles sont toutes teintées d’une forme de tristesse. Il se produit rarement quelque chose de tragique, mais le ton du narrateur (toujours des hommes, d’ailleurs) trahit généralement un abattement, une résignation, ou au contraire un faux détachement, une prétendue légèreté qui en réalité n’est qu’un masque grossier à une solitude criante, un vide béant dans la poitrine, là, légèrement sur la gauche. Pour autant, ces nouvelles ne sont pas forcément tristes : elles racontent au contraire une étincelle de félicité dans un quotidien morne, des instants où l’amour change une atmosphère ou une situation, même si on sait que ça ne durera pas, même si la seconde d’après on reviendra à son statut de couple qui périclite, ou qui s’est séparé il y a longtemps déjà, ou qui dérive lentement bien loin de la société… Soit on retrouve ce peu de sérénité qui surgit au détour d’un tableau plutôt sombre (ces « couples » qui s’épaulent dans les moments difficiles par amour, même sans paraître s’aimer tant que ça), soit un malaise caché au milieu d’un texte apparemment léger (cet homme qui multiplie les rencontres sur Internet sans jamais leur prêter réellement d’attention ni rencontrer personne dans la vraie vie est proprement pathétique). Sur le fond, on a donc une série de situations très communes auxquelles nous pouvons tous être (ou avoir été) confrontés, une galerie de petits moments d’universalité qui traversent toute vie et qui au final propose un portrait de l’essence de ce qu’on appelle l’amour.

J’ajouterais quelques mots sur la forme : sachez en effet que ces nouvelles n’ont pas de chute. Vu l’essence de ce qu’elles racontent, rien d’étonnant vous me direz, mais enfin je préfère prévenir pour éviter les déceptions chez les fans de nouvelles au format « classique ».

Quant à ce que j’en ai pensé, eh bien, j’ai beaucoup aimé le fond : cette faculté de l’auteur à voir la poésie qui se cache dans des situations banales, à nous la donner à décrypter derrière des petits gestes du quotidien, derrière ce que les personnes affichent pour donner le change, cette sensibilité à des indices infimes enfin, m’ont vraiment parlé. J’aime l’idée que la beauté ou d’autres fragments d’universel puissent se retrouver dans nos vies sans qu’on soit quelqu’un d’important, ni de riche, ni d’intelligent, ni de passionné, (etc.) mais simplement « quelqu’un » dans ses rapports avec les autres, même si on est un loser ou un lâche ou un beau-parleur (etc.). Sur la forme, je suis mitigée. Je n’arrive pas à dire ce qui fait que ce recueil n’est pas un coup de cœur (expression qui tombe à pic, ici ! :-) ), mais disons que la justesse des ambiances dépeintes et des sensations qu’elles m’ont laissées ne m’a pas semblé se traduire dans l’écriture. Celle-ci m’a parue plutôt neutre et classique, pas désagréable mais pouvant aussi bien véhiculer ces histoires-là que d’autres ; ce qui fait qu’après lecture du livre, ce qui en fait un bon souvenir émane plus du sens des mots que de leur lecture.

En conclusion, un recueil que je conseille à tous ceux qui aiment dénicher des grands sentiments derrière des petits détails.

6 commentaires:

Orchidee a dit…

de joncour j'ai lu UV que j'ai adoré !

Lucile a dit…

@ orchidée : je vais forcément commencer par "L'idole" mais je pense lire "U.V." aussi, oui! Et son "miroir" : "Vu" ^_^

Caro[line] a dit…

Je t'adore Lucile !! Tu mérites le titre de groupie littéraire. ;-)

"il arbore justement cet air de celui qui débarque d’une longue rêverie" : c'est tout à fait cela ! On dirait toujours que Serge Joncour débarque d'ailleurs. Et il a l'air tout timide alors que c'est un grand bavard. :-) C'est toujours un grand plaisir de le rencontrer ! D'ailleurs, je crois bien qu'il sera à Sciences-Po le 5 décembre... à bonne entendeuse ! ;-)

Lucile a dit…

@ Caro[line] : ouaow! Ben si c'est toi qui m'intronises "groupie littéraire" alors, c'est la grande classe! :) Et figure-toi que je pense justement être sur Paris pour le 5 décembre! ;-) Je te tiens au courant!

Caro[line] a dit…

Ce serait chouette !!!!

Lucile a dit…

@ Caro[line] : c'est confirmé! :)