Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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samedi 12 décembre 2009

Le soleil se couche sur Cape Cod...

Il y a quelque temps, j'ai beaucoup vu ce roman sur les blogs, et j'en ai lu beaucoup de bien. Et comme il était sur les rayons de la bibliothèque du village, son sort fut vite réglé... Sur le quatrième de couverture, Philippe Besson explique comment c'est un tableau d'Edward Hopper (Nighthawks, que l'on pourrait traduire par "Les couche-tard") qui lui a donné envie d'écrire ce roman. J'apprends grâce à Wikipédia que, par une drôle d'ironie, le tableau (qui illustre la couverture) serait lui-même inspiré d'une nouvelle d'Hemingway... Joli sandwich, en vérité. L'étage Besson m'a en tout cas été très agréable à consommer.

Nous nous trouvons en fin d'après-midi dans un bar déserté de Cape Cod où l'automne commence à se manifester. Les touristes partis, ne restent plus que les habitués : Ben évidemment, le serveur de Chez Phillies, et Louise, une jeune auteur de pièces de théâtre à succès. Leurs échanges sont laconiques - ils se côtoient depuis des années - et la soirée s'annonce comme les autres. Louise attend Norman, son amant, mais c'est une tout autre personne qui poussera la porte de Chez Phillies. Le temps d'un coucher de soleil, cette fin de journée va prendre une tournure fort différente de celle escomptée, et le petit bar devenir le théâtre de bien des émotions.

C'est un roman très économe que nous propose Philippe Besson. Tout d'abord, il y a très peu de personnages : quatre se trouveront physiquement dans le bar à un moment de la soirée, et deux autres y seront très fréquemment évoqués. Ensuite, l'ensemble du roman se tient dans ce seul et unique lieu, Chez Phillies, ce bar vieillot de Chatham, au Cape Cod, ce bar où la propriétaire ne veut pas faire installer la climatisation, ni changer l'affreux carillon de la porte d'entrée. Il y fait chaud et le silence y est pesant. D'ailleurs, l'économie porte également sur les mots : très peu de phrases seront effectivement prononcées au cours de cette soirée. Enfin, on retrouve ce dénuement jusque dans le mode de narration ; en effet, il n'y a pas vraiment de narrateur extérieur, à croire que Philippe Besson a voulu condenser au maximum ce qu'il se passait dans ce bar, concentrer cette histoire le plus possible, la purifier dans son bocal à comptoir.

Le point de vue adopté est tournant entre les personnages, comme si on se concentrait tour à tour sur les pensées de chacun - un peu comme un zoom, mais psychologique ; on passe ainsi de la perception de l'un à celle d'un autre grâce à des paragraphes bien distincts. Cette façon de raconter l'histoire m'a parue très originale et fort judicieuse, pour son naturel dans le passage de l'un à l'autre, la compréhension de tous les points de vue qu'elle permet et la valeur esthétique qui en émane. J'ai employé au début de ce paragraphe un terme de cinéma et ça n'est pas anodin : c'est que, tout au long de ma lecture, je me suis dit que ce roman était très visuel et pourrait sans peine être adapté au cinéma (le seul problème est que ça ferait beaucoup de voix off et pas beaucoup de dialogues ni d'action...).

Ce mode de narration pourrait aussi être qualifié de chirurgical tant tout ce qui est dit et fait est disséqué. Loin d'être rébarbatif, cet examen minutieux des pensées et sentiments de chacun ne lasse pas, bien au contraire : c'est que Philippe Besson sait traduire les mouvements intérieurs de nos pensées. Par exemple, j'aime particulièrement cette phrase : "Stephen, de son côté, est ravi des tours que sa mémoire lui joue, de ce qu'elle lui redonne alors qu'il ignorait l'avoir perdu" (p. 167).

Enfin, comme je l'ai déjà laissé entendre, il se passe très peu de choses au cours du roman : cela dure le temps d'un coucher de soleil, c'est dire! Mais le peu des événements qui surviennent est toutefois savamment orchestré, et les révélations arrivent régulièrement, apportant un éclairage nouveau sur les personnages et la situation. Les principaux thèmes abordés sont l'amour, la rupture, le pardon... Thèmes universels s'il en est, et traités comme je l'ai déjà dit avec une grande pertinence et une intelligence remarquable des différents rôles dans ces situations.

Voici donc encore une lecture que je vous conseille, en particulier pour cette voix vraiment originale.

10 commentaires:

In Cold Blog a dit…

J'avais beaucoup aimé l'atmosphère de ce roman... qui ferait certainement une pièce de théâtre intéressante si quelqu'un décidait de l'adapter.

Lucile a dit…

@ In Cold Blog : tu as donc eu la même réaction que moi! J'ai plus de mal à imaginer ce que ça pourrait donner au théâtre, mais ton commentaire me conforte en tout cas sur le fort impact "visuel" de cette lecture. :)

Caro[line] a dit…

J'aime beaucoup Philippe Besson et ce que tu dis de ce roman me donne très envie de le lire ! Il est dans ma PAL... enfin en prêt chez Diane depuis un moment, il faudra que je le récupère à l'occasion !

Lucile a dit…

@ Caro[line] : tu as lu d'autres de ses romans, ou c'est le personnage que tu aimes bien? J'espère que tu aimeras celui-ci autant que moi! :)

Caro[line] a dit…

J'ai déjà lu deux de ses romans : "Se résoudre aux adieux" et "Un homme accidentel".

Lucile a dit…

@ Caro[line] : ok! J'irai voir ce que tu en dit sur ton blog! :)

Karine:) a dit…

Malgré tout le bien que tu en dis, je ne suis pas encore certaine de lire ce roman... mais bon, qui sait ce que l'avenir nous réserve! ET je ne savais pas que ce tableau était inspiré d'Hemingway! Bizarre, comme tu le soulignes!

Lucile a dit…

@ Karine : tu as tout le temps de le lire, et il vaut mieux attendre d'en avoir vraiment envie! :) (quant au lien avec Hemingway, ça m'a aussi vraiment surprise d'apprendre ça! :) )

Seb a dit…

Bon, apparemment, sur ce coup-là nos avis sont diamétralement opposés.

Lucile a dit…

@ Seb : c'est clair! Comme je le disais sur ton blog, ce qui est le plus drôle c'est que c'est exactement pour les raisons qui m'ont fait l'aimer que tu n'as pas aimé du tout ce roman! Une telle "opposition" ne m'est jamais arrivée je crois! ^_^