Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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samedi 13 mars 2010

Bienvenue chez les Ch'tis!

Oui je sais, le titre est facile! C'est-à-dire que ce très court roman raconte tellement ça, en plus de furieusement évoquer Le Petit Nicolas (en plus sombre tout de même... Disons plutôt Les Ritals de Cavanna, alors), que je n'ai pas pu m'empêcher... Mais revenons en quelques mots aux circonstances dans lesquelles Alphonse a atterri dans ma bibliothèque... Comme d'habitude, si c'est mon billet sur ce bouquin qui vous intéresse, sautez le paragraphe qui suit!

Ça se passe au salon du livre de Gradignan (cela faisait longtemps que je ne vous en avais pas parlé, n'est-ce pas?) et j'attends de pouvoir parler à Jean Vautrin, de qui j'avais lu les deux ou trois premiers tomes de sa très bonne série Boro, reporter photographe, co-écrite avec Dan Franck. A côté de lui se tient un auteur désespérément seul dont le nom (Akli Tadjer) ne m'évoque rien du tout. Un coup d'œil à ses romans en poche, installés devant lui  : Le Porteur de cartable, Courage et Patience, Alphonse ; ça ne me dit rien non plus... Lui a l'air de bouillir ; il semble partagé entre l'agacement d'être tout seul et l'envie de vendre ses livres, l'impatience de quelqu'un qui pense perdre son temps, mais essaie quand même avec une conviction mitigée... Je lui trouve un air de Pascal Légitimus. Le teint et la moustache, sans doute, et le regard vif, aussi. Je l'aborde, donc, maladroitement. Je dis quelque chose de nul comme : "Et vous, alors, vous écrivez quoi?" Et cette même impression de malaise qui reprend, démultipliée, quand il m'explique sans trop m'expliquer de quoi parlent ses livres, en bâclant. J'essaie de l'aider en lui demandant s'il a des thèmes qui lui tiennent à cœur, si ces récits sont d'inspiration autobiographique, mais je crois que mes questions l'agacent. Je garde donc de cette rencontre une impression très bizarre, proche des moments d'embarras qu'on a tous connus, qui n'en finissent pas et dont on ne sait comment se dépêtrer. Je pense juste que ce n'était pas le bon moment, car Akli Tadjer ne m'a pas été antipathique du tout... J'essaierai de retourner le voir si j'ai l'occasion pour ne pas rester sur cette drôle de première rencontre... Enfin, en tout cas, cela ne m'a pas empêché de lui prendre un exemplaire d'Alphonse, un tout petit roman, "pour voir"...

Alphonse, c'est Mohamed. Il a douze ans et a été envoyé chez son oncle Salah, un algérien marié à une fille du Nord vivant du côté de Lens, le temps de l'hospitalisation de sa mère. Dans leur village, les Maghrébins ne sont pas vraiment bien perçus : Salah a d'ailleurs accepté de se défaire de son "h" final, et a donné à ses enfants des noms bien français. Albert, Charles, Juliette... Juliette, la cousine, la "gniace" comme dit Mohamed. Elle a deux ans de plus que lui et ne veut pas que son arrivée dans la famille remette en cause ses amitiés ni sa réputation ; elle commencera donc par le renommer Alphonse, d'après le saint du jour où il est arrivé dans cette famille. Pour lui débutent alors deux semaines qui marqueront sa vie à jamais, parmi des gens pleins de préjugés et d'autres au cœur immense (parfois ce sont les mêmes) qui lui parlent ch'ti ; deux semaines à s'accrocher avec la bande de "durs" du village (mais Mohamed, il vient de Paris, alors des durs, il en a vu d'autres!), à nouer des amitiés, à découvrir le passé de sa famille (pourquoi son père et son oncle sont-ils brouillés?), à faire des bêtises (d'où mon parallèle au tout début avec Le Petit Nicolas)...

La narration alterne entre le présent, dans un café de Paris où "Alphonse" a rendez-vous avec Juliette, quarante ans après ces deux semaines dans le Nord, et le passé, rapporté avec ces mots d'enfant de Paris. La ponctuation est un peu particulière, avec un recours assez fréquent aux virgules qui a un peu perturbé ma lecture par moments, mais qui contribue vraiment à créer un style propre au petit Mohamed, qui n'a pas sa langue dans sa poche pour notre plus grand bonheur.

Parmi les thèmes abordés, celui de l'acceptation de la différence (et donc, par symétrie, de l'exclusion) est certes le plus évident, non seulement à travers le cas de Mohamed, mais aussi par le biais du jeune Théo, un polonais juif de seize ans amoureux de Juliette, ou de Rolande, la compagne du fils ainé de la famille, qui ne correspond pas vraiment à l'image d'une "bonne fille" que se faisait la tante Jeanne ; les comportements des différents "étrangers" du roman face à cet accueil froid varient également, ne serait-ce qu'entre le père de Mohamed, qui revendique ses origines, et son oncle Salah, qui essaie plutôt de les faire oublier... On parlera aussi de brouilles familiales, de rivalités d'enfants, de lâcheté et de grandeur d'âme. Mine de rien, beaucoup de sujets sont donc savamment glissés dans ces 120 pages!

Pour conclure, Alphonse est un roman qui m'a bien plu, très efficace, tant dans son évocation de souvenirs qui pourraient être les nôtres (la fête foraine, les petits amoureux et les guéguerres avec d'autres enfants...) que dans la façon dont les sujets graves de l'existence et de l'Histoire sont mêlés à ces petits riens. Un condensé de réalité : celle de la vie et celle des hommes.

Retrouvez ici l'avis de Caro[line].

P.S. : En réalité, plutôt que de m'évoquer le film à succès de Dany Boon, ce roman m'a bien plus souvent incitée à chantonner la chanson ch'ti de Renaud : Tout in haut de ch'terril. Dans la série "chantons en lisant", je ne peux pas finir ce billet sans citer l'excellent Alphonse de Lynda Lemay.

3 commentaires:

Kikine a dit…

Et hop, voilà que ce titre est noté dans ma LAL ;)

Caro[line] a dit…

J'avais bien aimé cette lecture. J'ai rencontré l'auteur à Saint-Etienne, mais c'est ma maman qui menait la conversation. J'ai une image en tête : lui seul en train de manger au restaurant. Peut-être est-ce un solitaire et que les salons ne sont pas son truc ? :-)

Lucile a dit…

@ Kikine : héhé! :)

@ Caro[line] : oui, peut-être en effet... C'est vrai que c'est l'impression que ça m'a donné, que les salons n'étaient pas son truc... ^_^