Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
N’HÉSITEZ PAS A LAISSER VOS COMMENTAIRES SUR NOS LECTURES COMMUNES!

dimanche 7 mars 2010

"De l'ombre et du sommeil"

Je vais vous parler aujourd'hui de ma dernière participation à l'opération Masse Critique, organisée par le site Babelio. J'avais donc choisi, dans la (comme toujours) très longue liste de titres, ce roman pour sa quatrième de couverture, qui me laissait espérer... bien plus que ce que j'y ai trouvé...

Je la reproduis ici en (grande) partie :
En 1980, l'ingénieur Joshua Hopper retrouve à New York un ancien ouvrier mexicain, seul témoin d'un chantier ferroviaire qui a englouti dans les années 1950 des sommes considérables, mobilisé des milliers d'hommes... mais qui n'a pas laissé la moindre trace. Le récit de Gris Bandejo entraîne Josh à Minas Blancas, une petite ville au sud de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Là, au seuil du désert, l'ingénieur français Georges Bernache et son épouse Florence, une Américaine, ont dirigé les opérations sans qu'un pouce de rail soit posé. Pourtant, les ouvriers n'ont cessé d'affluer : pendant des années, ils ont creusé sous terre un tunnel censé les conduire aux États-Unis. Joshua découvre peu à peu la vie de ces deux expatriés, isolés avec leurs enfants au milieu d'une foule mexicaine qui les fascine et les inquiète. (...) Mais bien qu'ils soient complices de l'entreprise des clandestins, Georges et Florence savent aussi qu'elle risque à tout moment de les détruire. Dans ce roman sensible et puissant, l'histoire d'une famille se mêle à l'épopée des migrations modernes.



Et tapant ce texte, mes idées sur mon ressenti à la lecture de ce roman s'organisent un petit peu. En fait, ce qui est curieux, c'est que je ne peux pas dire que cette quatrième de couverture soit mensongère. Elle est au contraire très fidèle à ce qu'on peut lire dans Les Hommes-couleurs. Ce roman avait tout pour me plaire, pourtant je suis allègrement passée à côté...

D'abord, parce que je n'ai pas réussi à focaliser mon attention sur un quelconque personnage : pourquoi faire intervenir ce Joshua? Pourquoi ne creuse-t-on pas plus les personnages des Bernache? Et Gris? Et Nino? Et les hommes-couleurs? Le point de vue narratif, variant de temps en temps sans réelle logique non plus, n'aide pas à s'y retrouver. De façon générale, on manque de pistes dans ce roman ou, plus exactement, on en a trop, et on s'épuise à chercher des "prises", à faire attention à tout pour essayer de dégager un grand schéma, une cohérence... Et au final, à mon avis du moins, rien de très clair n'en ressort : on se noie dans les détails et on avance laborieusement dans ces 300 pages. Évidemment, il y a une progression chronologique dans le récit, mais ce n'est pas parce que l'on sait dans quel ordre se produisent les événements qu'on comprend quelle importance leur donner... Je pense que ce grand flou que j'ai ressenti résulte de ce qu'on est dans le "trop ou trop peu" : on balaye les événements et les personnages juste assez lentement pour être interpellés ("tiens, on doit essayer de me dire quelque chose..."), mais pas assez en détail pour comprendre quoi que ce soit. Tout est donc resté une énigme pour moi, y compris ces hommes-couleurs : que représentent-ils?, leur rôle dans ce chantier est-il si important qu'on le sous-entend à plusieurs endroits?, pourquoi les Bernache en ont-ils peur? etc.
Même remarque sur les thèmes traités ou évoqués : on parle d'immigration, de la dictature mexicaine, de  la culture maya, de tractations géopolitiques pour du pétrole, de trafic d'objets archéologiques, de ségrégation et de racisme, que sais-je encore!, mais tout ça pour quoi? Bonne question. Je ne sais pas de quoi veut parler ce livre.

Pour ce qui est des points positifs, car il y en a aussi, je souhaite parler de l'écriture, de la capacité de l'auteur à créer des ambiances, du mystère. Sa langue est globalement belle (même si j'ai été parfois heurtée par une drôle de ponctuation, ou certains passages au niveau de langage en décalage avec le reste), et on pense souvent à Cent ans de solitude ; le climat sans doute, mais aussi les personnages, dont beaucoup ne semblent étonnés de rien, très sages et philosophes ; ce mystère ambiant qui court dans le tunnel et le village de Minas Blancas ; les faits dont on devine qu'ils portent une lourde valeur symbolique, mais qu'on n'arrive pas forcément à déchiffrer (toutes ces mosaïques au plafond, par exemple) ; le temps qui passe comme dans un conte, l'impression de regarder à distance l'histoire se construire comme une œuvre d'art ; le fantastique qui ne semble jamais bien loin, l'interrogation perpétuelle de savoir ce qui est réel ou fantasmé ; l'incursion de la dure réalité d'une dictature, mais anesthésiée par le récit... Ce style est remarquable, mais, et je ne saurais dire pourquoi, dans le cas de Garcia Marquez j'ai été emportée, et ici non. L'histoire sans doute...

"Vient l'époque où ils sont près du but. Mais l'autre pays qu'ils approchent, et qu'ils cherchent depuis si longtemps, ne leur ouvre pas des bras feuillus et tout chargés de fruits, ni même ne leur présente un front loyal ; il ruse et se dérobe. Ocre ou rouille, le sable n'est jamais autrement que du sable et jusqu'à l'horizon, faisant douter de l'au-delà. Est-ce au moins un endroit que celui-là? Il semble que le tunnel nous ait conduit en un lieu qui n'existe pas : de temps en temps, nous autres, les hommes autant que nous sommes, nous sortons pour regarder ce qui nous entoure, et parmi le règne des cailloux c'est la preuve de nous-mêmes que nous cherchons si fébrilement. (...) Ici, nous sommes encore bien loin des cultures qu'on protège, si elles germent, des villes qui brillent, si elles respirent." p. 241

Pour conclure, j'ai un avis très mitigé sur ce roman : le style vaut le détour (d'autant plus que l'auteur est une jeunette née en 1983, comme moi), mais je n'ai pas du tout accroché à l'histoire. Je n'ai pas détesté non plus, mais j'aurais du mal à conseiller ce livre... A vous de voir!

Merci beaucoup à Guillaume et à Babelio de m'avoir permis de lire ce roman!
A noter : le roman a un site Internet dédié.


P.S. : Le titre de ce billet est une jolie formule extraite du roman (p. 157).

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je suis entièrement d'accord avec toi. Ce roman se perd en "trop ou trop peu", il flotte sur diverses situations et je n'arrive pas non plus à cerner les personnages. J'arrête ce livre à la page 55...
S.

Lucile a dit…

@ S. : Je n'arrive pas encore à arrêter un bouquin avant la fin sans scrupules, mais en l'occurrence, c'est vrai que j'aurais pu... ^_^ Enfin, du coup, ça m'inquiète un peu pour la "garantie qualité" prix du Livre Inter, car j'avais acheté "Ouest", de François Vallejo un peu pour ça... On verra bien! :)

Edwige a dit…

Lucile, je suis moi aussi totalement d'accord avec toi sur cet ouvrage. Et cela me rassure ! Après avoir lu une très bonne critique (probablement Télérama) de ce livre, et constatant les prix reçus, j'étais très enthousiaste à l'idée de commencer sa lecture. Et quelle déception ! Je te rejoins vraiment sur tous les points abordés, jusqu'à la ponctuation que j'ai trouvé complètement décalée (et bien souvent même inexistante). J'avais envie de soutenir une jeune auteur ; je me suis forcée à lire l'ouvrage jusqu'à la dernière page, mais je n'ai pas trouvé grande satisfaction.

Lucile a dit…

@ Edwige : merci pour ton commentaire (et bonne année 2012!). Ouf, c'est toujours rassurant de ne pas se sentir complètement seul à ne pas comprendre l'engouement suscité par un bouquin! ^_^