Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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mardi 20 avril 2010

Couleur locale

Voici un roman d'une maison d'édition bordelaise que j'ai découverte sur le salon du livre de Lacanau en octobre dernier, Pleine Page. En décembre, ayant de nouveau croisé la route d'un de leurs (sympathiques) auteurs, j'avais encore une fois craqué pour un policier chez eux (j'aime beaucoup la nouvelle ligne graphique de cette série, "Rouge nuit"). C'est curieux car j'ai toujours un peu besoin de me forcer à lire des policiers, alors que c'est les ouvrages que j'ai tendance à acheter le plus facilement... C'est peut-être parce que les auteurs de polars "vendent" mieux leurs bouquins que les autres? Car là encore, je me rappelle d'une discussion très sympathique avec Christian Cétois, avec ses longs cheveux gris et son petit air rebelle. Ce que j'avais particulièrement aimé, c'était le ton très ouvert de notre échange, qui avait démarré bien loin de ses romans à lui, alors que je parlais avec une des éditrices du stand. Nous avions parlé de correction, puis de travail-passion, du temps qu'il faut pour écrire un livre, des ventes que l'on peut espérer faire et de la satisfaction que l'on en tire quel que soit le chiffre... Ravie de cette discussion, j'avais donc pris le premier roman de Christian Cétois qui, en même temps qu'il me tendait mon ouvrage dédicacé griffonnait au dos d'un bon de commande de vin (il n'y a que dans le Bordelais que ça arrive, ça! ^_^) son adresse e-mail pour avoir mon retour. Après les quelques mois de sédimentation réglementaires dans la PAL, j'ai donc exhumé ce Bordeaux Blues pour m'y plonger... Et c'est globalement une bonne surprise! Car oui, honte à moi : je n'arrive pas à me défaire d'un vieux préjugé selon lequel le premier roman d'un auteur édité dans une petite maison risque fort de n'être pas terrible. Ici, c'est complètement faux.

Nous suivons dans ce roman la drôle d'histoire de Fred Salbor, un type plutôt quelconque qui est bien parti pour passer pour un gros loser : plaqué par la femme de sa vie pour n'avoir pas su tenir ses hormones, chômeur, très peu d'amis et pas forcément dans un milieu très recommandable, quand on le rencontre, ça semble mal engagé pour lui... Un concours de circonstances va le mêler à de sombres histoires dans un milieu plus que louche. Bon gré mal gré, Fred suit le mouvement sans savoir où il met les pieds. Ce n'est qu'au moment où tout s'embrasera qu'il réalisera qu'il s'est fourré au beau milieu de la poudrière...

Tout d'abord, je pense qu'il faut saluer l'intrigue imaginée par Christian Cétois, car tout en restant très liée à la région bordelaise pour le cadre, elle prend une dimension beaucoup plus large et en même temps crédible, ce qui, me semble-t-il, n'est pas évident à réunir dans un roman assez marqué géographiquement. J'ai même regretté, ma lecture terminée, que certains rouages de la grosse machine qu'il nous avait dépeinte n'aient pas été plus détaillés, pour l'exploiter au mieux. Cependant, cela aurait peut-être nécessité d'autres points de vue, d'autres narrateurs que notre anti-héros seul, donc je ne veux pas pointer un manque, mais bien simplement un regret personnel... On aura droit en prime à un bon coup de théâtre à la fin que pour ma part je n'ai pas vu venir. Donc déjà pour le fond et l'histoire principale, le roman tient la route.

Évidemment, il y a quelques petites choses que j'ai moins aimées, comme deux ou trois points un peu "faciles" de mon point de vue (notamment à la toute fin, dans l'épilogue) et des développements dispensables sur des points annexes qui avaient peu de rapport avec l'intrigue. J'ai aussi trouvé qu'il y avait trop de sexe dans ce roman, ou du moins que les scènes étaient mal dosées (en fait, il y en avait pas mal au départ, et ça m'a fait redouter d'en trouver tout au long du livre ce qui, heureusement, n'a pas été le cas). Non pas que je sois prude, mais je ne voyais pas trop ce que cela apportait au roman...

Pour ce qui est du style, je pense que c'est ce que j'ai le plus apprécié dans Bordeaux Blues : l'écriture coule, évidente, malgré les scènes parfois très dures qui sont décrites (les scènes d'ouverture du roman en particulier sont à la limite du soutenable, j'aime autant vous prévenir, mais l'écriture, sans être crue, n'en est que d'autant plus remarquable). Le vocabulaire employé donne une ambiance très spécifique à cet ouvrage, les dialogues sont crédibles et réussis, quant aux lieux, l'auteur sait de quoi il parle (mais ça, il me l'avait dit lors de notre discussion) et j'ai beaucoup aimé retrouver des endroits que je connais et fréquente (pour certains seulement!) depuis plusieurs mois maintenant. Cet auteur sait raconter et c'est ce qui fait la qualité majeure d'un écrivain, pour moi.

Une bonne surprise, donc, un polar qui tient la route malgré quelques maladresses de premier roman et qui plaira d'autant plus à ceux qui connaissent un peu les quais de Bordeaux, côté Bacalan.

Quelques lignes sur l'auteur sur le site de son éditeur...

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