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JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 5 avril 2010

Retour au pays

Je n'aurais jamais lu ce roman si je n'avais pas rencontré son auteur sur un salon du livre. Je me baladais donc entre les tables du salon "Lire en Vignoble" de Saint-Estèphe (une agréable surprise, car je dois avouer que je ne savais pas trop ce que j'allais trouver dans la salle des fêtes et qu'en fait il y avait pas mal de monde, et des gens intéressants) quand, en passant devant ce monsieur, j'ai été... comment dire?... "harponnée"? Je ne sais plus très bien comment il s'y est pris, mais il a engagé la conversation sur le ton : "Regardez comme ce que je fais est bien". Il m'a lu le poème introductif d'un recueil où il mentionnait la mort de son fils puis il m'a énoncé son palmarès pour divers ouvrages en s'appuyant sur cela pour dire "cela prouve donc que je suis un bon écrivain". Pour finir, il n'a pas tellement pu m'expliquer de quoi parlaient ses livres : il se contentait de dire "ils sont tous très bien", de peur peut-être de discréditer celui que j'aurais secrètement eu envie d'acheter. Allez savoir pourquoi, ce côté tellement marchand de tapis et sûr de lui, plutôt que de me repousser, m'a intriguée, et c'est donc par défi que j'ai pris ce roman, Le Garçon de la Motaba, en me fiant donc plutôt aux quatrièmes de couverture qu'aux non-conseils de l'auteur. Ai-je bien fait? Je ne suis pas sûre, même si on ne peut dénier au livre certaines qualités...

Ngondzo est de retour dans son pays d'origine, le Congo, après des années passées en Europe et cette confrontation ne se passe pas pour le mieux : deux cultures s'affrontent, le pays fantasmé et encensé dans sa mémoire ne se révèle pas sous un jour aussi brillant qu'il le pensait. Le vacarme, la chaleur, le poids de la tradition, le passé colonialiste et l'équilibre politique précaire du pays font quelque peu déchanter notre héros. Seuls le fleuve, la forêt sauvage et la nature en général ne le décevront pas.

Parmi les points forts du livre, je crois qu'il faut citer, sur le fond, la compréhension qu'il permet d'avoir du malaise de celui qui rentre "chez lui" et se rend compte qu'il y est en réalité un étranger, qu'il a pris énormément de distance avec ce qui, dans sa jeunesse constituait son quotidien. Ce thème-là est d'autant mieux traité qu'on le voit à travers différents filtres : premièrement le regard que ceux qui sont restés portent sur celui qui rentre. Les femmes cherchent à le séduire, car en tant qu'européen il ne peut que leur apporter une amélioration de leur situation ; sa famille le considère comme guéri d'une longue maladie (enfin rentré!) ; les anciens l'enjoignent de prendre femme et de faire des enfants... Ensuite, il y a le regard que Ngondzo porte sur son pays d'origine avec la distance que lui a conféré son éloignement provisoire, distance dont il ne prend réellement conscience qu'au moment d'être confronté à cet ancien chez-lui. Et enfin, il y a le malaise que ressent Ngondzo vis-à-vis de lui-même : a-t-il changé dans le bon sens? Est-ce qu'il doit avoir honte d'être parti? Ce troisième point de vue est plutôt suggéré que développé, à travers l'agacement du personnage, sa retenue avant de parler (comment va-t-on percevoir ses paroles?)... Ce thème-là du retour m'a donc semblé assez bien traité. 

"Son allure générale, ses gestes plus retenus, un rien moins exubérants peut-être, désignaient Ngondzo à tous comme un mopaya, un étranger, dans son propre pays. Cela lui conférait ipso facto un statut privilégié. La colonisation et, après elle, des générations d'étudiants, de stagiaires ou de cadres politiques revenus de Poto, l'Europe, bouffis d'orgueil et de fierté mal placée, portant costumes de laine, cravates et manteaux sous la chaleur torride des tropiques, avaient contribué à ancrer, dans les esprits de ceux qui n'avaient pas voyagé, le sentiment que revenir de l'étranger assurait un statut au-dessus du panier. On appartenait, du seul fait du séjour à l'étranger, au pays d'en haut. Celui qu'habitaient les couches sociales supérieures.
[...]
Les gens s'écartaient donc légèrement pour laisser le passage à un Ngondzo perplexe. Le manège le mettait mal à l'aise. Il en concevait à la fois de la honte et une sourde colère, le tout dans une profonde humiliation. Plusieurs fois, il avait failli crier à la foule : "Mais regardez-moi donc, vous autres! Je suis comme vous! Je n'ai rien de plus! Je suis l'un des vôtres!" Il serait passé pour un original, peut-être même un dangereux agitateur! Et ça, ça ne pardonnait pas. Les agitateurs faisaient rarement de vieux os par ici."     p. 54-55

Les réflexions sur la période coloniale du pays sentent aussi le vécu, même si certaines ont un petit côté de déjà-vu. J'ai bien aimé la description des fonctionnaires de catégorie C issus des populations autochtones qui faisaient tout pour s'en démarquer en commandant notamment leurs habits par correspondance en Europe et en déballant leurs colis devant tout le monde au bureau de poste. Ou encore les livres d'écoles "adaptés" avec des éléments africains en remplacement de termes européens, sauf que l'Afrique c'est grand, et qu'on n'y mange pas du mil partout, qu'on ne s'y appelle pas forcément Mamadou ou Fofana ou qu'on ne porte pas de boubous au Congo...

Pour ce qui est de l'histoire en tant que telle ou du style, je ne m'y suis guère retrouvée, en revanche : hormis le passage sur le fleuve et la forêt où, effectivement, ma lecture était beaucoup plus fluide et agréable, j'ai trouvé que l'écriture de Zélé manquait de patine (je ne sais pas comment exprimer cette impression que j'ai eue que ce texte n'avait pas suffisamment été retravaillé, assoupli, "fait" comme on fait ses chaussures à ses pieds à force de les porter...). Quant à l'histoire, il y a bien la "perturbation" finale (dont je ne dirai rien pour préserver le suspense, pour ceux qui auraient envie de le lire...) que je trouve bonne pour ce qu'elle permet d'apporter dans le récit, mais je l'aurais fait intervenir plus tôt, ou bien j'aurai prolongé un peu plus le récit ensuite...

Enfin, je ne peux pas passer sous silence le nombre assez incroyable de fautes d'orthographe que comporte le livre (ne serait-ce que le prénom du héros écrit "Ngonzo" en quatrième de couverture!), car cela m'a passablement gênée pendant ma lecture! Je crois que je vais prendre contact avec ANA éditions !

Bref, un avis mitigé voire plutôt négatif sur ce roman, donc. Je peux le prêter à qui souhaite tenter sa chance (signalez-vous en commentaires).

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