Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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jeudi 1 avril 2010

"Terre de rien"

Ah, la, la! Voilà, c'est reparti, j'ai repris du retard dans mes billets! Enfin, je continue de lire, c'est déjà ça! Mais enfin, les lectures s'accumulent les unes sur les autres, et maintenant, à l'heure de vous parler de La Route, je ressens comme une légère difficulté à démarrer... Mais la mémoire est un outil formidable : alors que j'étais en train de me creuser les méninges devant ma bouilloire (dans l'optique de me faire mon infusion du soir), plop plop plop, me sont revenues (telles les bulles dans la bouilloire, notez comme je suis en verve, ce soir!) plusieurs remarques que je m'étais faites à la lecture de ce roman dont on m'avait tant parlé... Et voilà une trame de billet! Je peux y aller!

Comme toujours, quelques mots de l'histoire pour vous mettre dans le bain... Nous nous trouvons sur Terre après la fin du monde des hommes. On ne sait pas précisément ce qui s'est passé ; une guerre nucléaire ou quelque chose dans le genre. Il n'y a que peu de survivants, plus de soleil : la cendre et le froid sont partout. Les cadavres aussi. Desséchés comme des momies. Dans ce paysage post-apocalyptique, quelques hommes errent encore en quête d'abris et de nourriture. Parmi eux, un homme et son fils, les héros de ce roman. On s'attache à leurs pas pour suivre leur quotidien : le froid, la faim, la peur, la marche, la route...

Voilà un roman bien sombre, bien glauque, qui vous plonge tout de suite dans l'ambiance : le ciel opaque et bas et gris ; comme un goût de cendre dans la bouche, ou plutôt la gorge sèche et la langue pâteuse ; un désert. Le temps qui passe sans qu'on sache trop à quelle heure du jour on est. Ces deux personnages dont on ignore jusqu'au nom, qui marchent tout le jour sans discontinuer, qui traînent leur vieux caddie sur les routes désertées et se taisent.

Le style sert évidemment cette ambiance : les phrases sont truffées de "et". Les actions, les événements, les pensées se succèdent ainsi ; les "et" permettent de savoir dans quel ordre tout cela se passe, d'impulser cette dynamique qui court tout au long du roman. Il faut avancer, continuer de marcher, aller plus loin, même quand on a trouvé un endroit qui pourrait être confortable. On ne sait jamais de quoi demain sera fait, si on reste. Et si on part, c'est la même chose. Mais au moins, quand on bouge, on n'a pas l'impression d'attendre on ne sait quoi. Alors c'est reparti : et... et... et... comme autant de pas posés les uns après les autres au prix d'efforts surhumains chaque fois que l'on fait avancer une jambe.

Dans ces paysages aux limites floutées par la neige et la cendre, on ne sait pas toujours très bien où l'on se trouve. Là aussi, Mc Carthy cultive cela avec ses personnages, ce père et son fils dont on ne sait presque rien et sur lesquels on grapille quelques détails, quelques indices au fur et à mesure de la progression de l'histoire. Par moments, on ne sait plus qui dit quoi, qui fait quoi... Qui a besoin d'être rassuré? Qui prend soin de l'autre? Parfois, les rapports semblent s'inverser, mais comme les héros n'ont pas de noms, on n'est jamais bien sûr que l'on a bien suivi où en était la conversation. Ce retour à la ligne, est-ce un changement d'interlocuteur ou un silence puis une reprise de parole par la même personne? (Oui, car les signes de ponctuation des dialogues sont aux aussi restés noyés dans le gris de ce nouveau "Nouveau Monde") Et puis quel âge a l'enfant? Se peut-il qu'il parle à ce point comme son père?

Dans le portrait que je dresse pour l'instant de ce roman, il manque un élément essentiel... Vous croyiez peut-être que tout était paisible et silencieux? Bon, un peu maussade, certes, mais calme! Figurez-vous que la peur est elle aussi omniprésente. Peur de mourir de faim, de froid, peur de croiser des "méchants", peur de ce que l'on va trouver en arrivant... En tant que lecteur, on espère avec eux, on s'angoisse pour eux,  on se réjouit de chaque petite victoire, de chaque sursis... Pourtant on se demande à quoi cela va servir, combien de temps cela peut continuer... Le récit prend des allures d'éternel recommencement et on voudrait que cela cesse, non pas pour que la lecture s'achève, mais pour les protagonistes et leur errance sans fin.

Concernant la vision de l'humanité en cas de catastrophe, la perspective qui nous est fournie ici se rapproche assez de L'aveuglement de José Saramago : la perte de toute notion de civilisation, l'instauration inéluctable de la loi du plus fort, etc. Au passage, je signale qu'on lira quelque chose de similaire dans Comme un poison dans l'eau, la prochaine novella à paraître chez Griffe d'Encre, écrite par Yan Marchand (de qui j'ai d'ailleurs déjà beaucoup aimé Métropolitain puis Les Prothétiques) et dont je vous parlerai bientôt. Une vision éminemment sombre des sociétés humaines en tant que telles, donc. L'auteur introduit toutefois dans La Route la possibilité d'une bonté innée et durable chez l'être humain en tant qu'individu, un bien mince rayon d'espoir dans ce tableau d'apocalypse...

Au milieu de tous ces commentaires élogieux (car même si le tout est très sombre, il présente une cohérence remarquable entre toutes ses composantes, et les pages se tournent toutes seules), un petit bémol qui m'a vraiment chagrinée même si c'est un détail, j'en conviens... Comment peut-on préparer des œufs brouillés quand il n'y a plus une poule sur Terre depuis des années? Ça n'existe quand même pas en boîte de conserve, ça, si? Bon, en cherchant un peu, je vois qu'on peut en trouver des déshydratés, mais bon, quand même :ça m'a turlupinée un moment pendant ma lecture! ^_^

En conclusion, une très bonne lecture, c'est vrai, mais pas non plus le choc que je m'attendais à recevoir.  Je le conseille toutefois, mais évitez si vous n'avez pas le moral! Retrouvez une foultitude d'avis grâce à Bob, et en particulier ceux d'Amanda (qui m'a donné envie de le lire à mon tour) et de Laëtitia.

P.S. 1 : le titre de ce billet est évidemment extrait du roman. No comment : tout est dit!
P.S. 2 : je n'ai pas vu le film adapté de ce roman. A vous ,qui passez par là et qui l'avez vu : qu'en avez-vous pensé?

8 commentaires:

amanda a dit…

je n'ai pas vu le film. J'ai hésité, puis j'ai renoncé. Trop peur de tout gâcher. Autant relire La route.

Lucile a dit…

@ amanda : oui, les adaptations cinéma sont souvent décevantes quand on a aimé un roman... C'est fou le pouvoir de l'imagination! ^_^

Laëtitia a dit…

J'ai vu l'adaptation ciné de La route et même si l'expérience était moins forte que la lecture, je ne l'avait pas trouvée ratée. Il me reste en tête l'image de Viggo Mortensen exangue et le gris, la poussière qui recouvre tout... (Ah si un bémol me revient en mémoire, quelques flashbacks pas très heureux mettant en scène la maman !)

Lucile a dit…

@ Laëtitia : Je crois que par curiosité, je regarderai le film si j'en ai l'occasion. Je me suis souvent demandée au cours de ma lecture : "Ah, tiens... Comment ils ont traité ça dans le film?" :)

BlueGrey a dit…

J'ai moi aussi vu le film, que j'ai plutôt apprécié. Je l'ai trouvé assez fidèle au livre, surtout dans son ambiance et aussi dans la mise en place de la relation père-fils, et j'ai aimé l'interprétation de Viggo Mortensen. Mais tout comme Laëtitia, je n'ai pas vraiment trouvé ni utiles ni judicieux les flashbacks avec la maman...

Lucile a dit…

@ BlueGrey : hum... Vos commentaires m'intriguent... Je pense que je le regarderai quand il sera sorti en DVD!

La Nymphette a dit…

Je n'ai pas lu le roman (dans la pal)mais vu le film que j'ai trouvé assez extraordinaire! Mais très glauque en effet

Lucile a dit…

@ La Nymphette : brrr! Ça fait quelque temps que je l'ai lu, mais d'y repenser me fait frissonner! ^_^