Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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dimanche 9 mai 2010

C'est pas moi, c'est le tableau!

Ça faisait un loooong moment que je voulais lire ce roman... Au moins depuis que je l'avais inscrit à mon challenge blog-o-trésors (oui oui, il y a plus d'un an, c'est bien ça!), ou bien depuis que j'ai lu Derrière toute chose exquise, de Sébastien Fritsch (il y a aussi plus d'un an... :-/)... Bon, comme on dit souvent : "Mieux vaut tard que jamais", c'est désormais chose faite! Bilan : pas un coup de foudre, mais un bon roman, assurément.

Dorian Gray est un jeune homme d'une incroyable beauté. Sa vie de jeune et riche orphelin se compose essentiellement de visites à des amis et de soirées en club ou au théâtre. Parmi ses nouveaux amis, justement, Basil Hallward, un peintre complètement fasciné par sa beauté qui va peindre le fameux portrait qui donne son titre à l'ouvrage, et Lord Henry, un dandy envoûtant malgré les thèses immorales qu'il défend. Ces deux rencontres décisives vont impulser la vie de Dorian Gray - flatté qu'il est par l'admiration de Basil et captivé par la personnalité ambiguë de Lord Henry - d'une bien sinistre manière...

J'avais lu en classe de cinquième un roman de Wilde, Le Fantôme de Canterville, que j'avais beaucoup aimé. Pas d'autre contact avec cet auteur depuis : autant dire que c'est comme si je n'en avais jamais rien lu. L'écriture que j'ai (re)découverte ici m'a dans sa globalité beaucoup plu. Hormis certaines longueurs un peu indigestes rapportant des réflexions à tendance métaphysique, j'ai aimé la fluidité du texte, la répartie de ces personnages de la bonne société, mais avec ce petit côté bohème des artistes qui réfléchissent à des notions telles que la beauté dans l'art puis en débattent brillamment entre eux. Le portrait de ces jeunes gens enflammés par leurs idéaux m'a renvoyé à l'époque fantasmée des Rimbaud, Verlaine et compagnie, des cafés des artistes, des nuits blanches enfiévrées de théories...

Le côté "tout ou rien" de cet insupportable Dorian Gray colle d'ailleurs assez bien à cette idée que je me fais de la jeunesse d'alors, passionnée et capricieuse, capable de provoquer autrui en duel pour une phrase trop vite interprétée. Je n'ai pas vraiment aimé ce personnage, faible et geignard, influençable et fataliste, qui se cherche des excuses tout le temps pour tout : c'est pas moi, c'est l'influence de Lord Henry / la faute à un livre trop envoûtant / à cause de mon portrait / c'est parce que Basil m'a trop adoré / Sybil Vane n'avait qu'à continuer d'être une bonne actrice. Na! Cette attitude puérile, aussi beau fût Dorian Gray, m'a horripilée au possible (le verbe "horripiler" est une dédicace à ma prof de français de cinquième, avec qui j'avais justement étudié mon premier Wilde, si vous avez suivi...). Notons que Lord Henry, la figure pour le moins trouble du roman, ne fait guère mieux : lui aime parler, rendre n'importe quelle thèse attirante par sa verve sans pareille. Peu importe son influence sur les autres, si ses propos ont pu être pris au premier degré... Il s'en lave les mains, chacun est grand et fait sa vie, indeed? Heureusement pour nous, lecteurs bien-pensants, Basil Hallward est là pour incarner la morale et constitue la preuve vivante que l'on peut rester pur dans ses aspirations et ne jamais flancher dans ses convictions honnêtes et philanthropes. Bon pour le coup, ce personnage-là est quelque peu manichéen dans sa construction, mais enfin il équilibre le tout même s'il connaîtra un funeste destin.

Avec une telle galerie de personnages, je n'ai pas vraiment réussi à déterminer la position de Wilde par rapport à ces notions de bien et de mal. Ses descriptions de nature s'invitant par moments dans le récit, par leur douceur et leur beauté, semblent renvoyer à l'idée d'un état originel bon et pur à la Rousseau, tout comme la candeur initiale de Dorian Gray. Ce que je vois, c'est que de cet état de grâce, il est perverti ensuite par de multiples sources (évoquées plus haut dans la série des "geignardises" du protagoniste principal) qui sont pourtant inhérentes à notre condition d'hommes : tous nous réagissons à l'image de nous que nous renvoient les autres, tous nous avons tendance à voir une image superficielle des autres, tous nous sommes changés par nos lectures (les LCA sont bien placés pour le savoir!) ou le discours que tiennent nos amis... On dirait que ce que nous présente Wilde à travers Dorian Gray, ce serait un homme vidé de tout sens critique balloté par les circonstances de la vie, à la fois capricieux et cruel, mais paradoxalement sans aucune personnalité. Et à l'en croire, ça finit forcément très mal.

Là où je peine encore à décrypter le message, c'est en ce qui concerne le lien entre le mal et la beauté. En effet, Dorian Gray est l'essence même de la beauté : par ce drôle de miracle qui fait vieillir et s'altérer son portrait à sa place, il sauve les apparences auprès des autres et (presque) de lui-même. Or, on ne peut pas dire que son cas s'arrange avec l'âge, point de vue moralité. Le lien serait donc vite fait entre beauté extérieure et noirceur intérieure... mais ça ne colle pas. C'est trop simple et pas assez étayé. Ça tombe comme ça, c'est tout. Est-ce que si ses actes avaient eu des conséquences sur son apparence il aurait agi différemment? Est-ce qu'il aurait été meilleur? Pour moi, rien n'est moins sûr, et le roman renvoie bien plutôt aux mille et unes manières que l'homme utilise pour se voiler la face (ce qui arrive même au sens propre dans le roman puisque Dorian Gray recouvre son portrait d'un tissu).

En conclusion, ce roman est sans aucun doute une référence, mais je crois que j'aurais eu besoin de plus de clés de décryptage pour l'apprécier pleinement.

Ceci est mon deuxième roman lu dans le cadre du challenge Blog-o-Trésors après Belle du Seigneur. Ne me restent plus à lire que Dans la main du diable d'Anne-Marie Garat et Les Piliers de la Terre de Ken Follett, qui m'attendent sagement dans ma PAL.


P.S. : On l'a déjà dit moult et moult fois : les romans ne sont qu'une succession de portes ouvrant les unes sur les autres. Si c'est par Derrière toute chose exquise que je suis arrivée à celle-ci, Le Portrait de Dorian Gray a des chances de me conduire vers A Rebours, d'Huysmans, l'ouvrage sulfureux mentionné dans ce roman-ci et dont j'avais déjà entendu parler par ailleurs...

13 commentaires:

Emeraude a dit…

comme toi, ça fait longtemps que je veux lire ce roman que, je crois, j'ai déjà lu dans ma jeunesse.
Mais ça sera pour une autre fois, c'est sûr. Je viens de commencer 'dans la main du diable' et Les piliers de la terre, le seule livre que j'ai lu trois fois, (avec le journal d'Anne Franck) !
Tu as de belles lectures devant toi :-)

Grominou a dit…

Je l'ai lu adolescente, j'ai plus ou moins accroché mais j'étais peut-être trop jeune... Dans un style beaucoup plus léger, j'ai bien aimé The Importance of Being Earnest du même auteur.

Kikine a dit…

J'ai noté, moi aussi, ce roman comme une référence à lire un jour ... mais ce jour n'est pas encore arrivé !

Lucile a dit…

@ Emeraude : Oui je crois bien! ^_^

@ Grominou : Ah, merci pour la suggestion! Je ne connaissais pas d'autres titres de lui, hormis celui que j'ai cité en début de billet! :)

@ Kikine : Hé oui, c'est un peu le problème avec les classiques. On se dit toujours que c'est tellement certain qu'on va les lire qu'on les repousse sans arrêt! ^_^

La plume et la page a dit…

Je n'ai pas encore essayé Oscar Wilde et je ne suis pas tentée par cet auteur pour le moment... J'y viendrai peut-être?!

Karine:) a dit…

J'ai quant à moi adoré... j'ai dû fouiner le net au complet pour des clés de décryptage après, par contre... mais pour finir, j'ai surtout aimé Lord Henry, du moins, à mon souvenir. j'aime bien ces personnages peu moraux et assumés.

Lucile a dit…

@ La plume et la page : oui, peut-être un jour! ^_^

@ Karine : ah, ça me rassure que tu aies aussi ressenti le besoin d'aller fouiner après lecture. Je me demandais si j'avais raté une grosse marche! :)

hydromielle a dit…

Mon tout premier Wilde (bon en même temps, je n'en ai lu que 2). Lu il y a très longtemps, je me souviens l'avoir bien aimé. Autant pour l'écriture que pour l'orginialité de l'histoire.

Lucile a dit…

@ Hydromielle : quel autre titre de Wilde as-tu lu? Tu as aimé aussi? C'est vrai que l'histoire de celui-ci est originale... mais comme j'en avais entendu parler un peu avant, je l'ai moins remarqué qu'en temps normal sans doute! ^_^

Seb a dit…

C'est un roman qui mérité effectivement que l'on en cherche les clés, nombreuses et complexes. Ce que je retiens c'est que, mis à part ces clés manquantes, il t'a quand même plu... même si tu n'as pas été subjugué comme moi.

Lucile a dit…

@ Seb : c'est vrai, j'ai été faignante sur ce coup-là! ^_^ Mais j'espère qu'on aura l'occasion d'en parler ensemble de vive voix. Je verrai peut-être ce roman différemment après? Mais comme tu le soulignes, je l'ai quand même aimé, oui! ;-) A bientôt j'espère!

George a dit…

J'ai très envie de relire ce roman qui m'avait enthousiasmée quand je l'avais lu il y a très très longtemps !!!

Lucile a dit…

@ George : Pour ma part, il y a vraiment peu de livres que j'ai déjà relus (ou eu envie de relire) tant je veux en lire tout court! ^_^