Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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vendredi 4 juin 2010

Des armes ou l'hydre de Lerne

Comme le temps passe, mes amis! Et me voilà de nouveau avec quelques billets en retard (mais pas tant que ça ; je dois être très occupée car je n'ai pas non plus lu des masses depuis que je vous ai parlé d'Eva!). Et je me retrouve avec cette sensation que je n'avais pas éprouvée depuis un moment : vais-je avoir encore des choses à dire sur ces romans que j'ai lu il y a quelques semaines? Mes précédentes expériences m'ont toujours montré que finalement oui, mais bon, je ne peux m'empêcher de douter, comme toujours...

Aujourd'hui, je vais vous parler du dernier roman d'Olivier May, un auteur que vous avez déjà croisé ici avec sa novella Le Chant d'Ekhirit paru aux éditions Griffe d'Encre. Excision est quant à lui disponible auprès de la maison suisse des Éditions Encre Fraîche, que je découvre pour l'occasion. Notons que c'est l'illustrateur Zariel (qui a dessiné un bon nombre de couvertures chez Griffe d'Encre) qui signe cette couverture-ci. Voilà pour vous situer un peu les gens... De vieilles connaissances, pourrait-on dire!

Venons-en à présent au contenu. Je ne vous cache pas que j'appréhendais assez ce que j'allais trouver dans ce roman ; à cause du titre, évidemment, car le quatrième de couverture laisse bien entendre qu'il ne s'agit pas (que) d'une métaphore : le personnage principal, Aayan, a été excisée. Finalement, je ne sais pas exactement pourquoi le sujet ne m'inspirait pas. Peut-être que j'avais peur de lire quelque chose de très violent, d'insoutenable? Finalement, il n'en était rien : certes, l'excision est constitutive du personnage d'Aayan, de sa vie quotidienne et de son engagement contre l'extrémisme islamiste. Cependant elle ne constitue pas en tant que telle le thème majeur du roman. Mais laissez-moi vous dire quelques mots de l'histoire...

Aayan est donc une jeune femme inspecteur de police en Suisse, dans les années 2025. Dynamique, efficace, elle est très appréciée pour son travail et largement engagée contre tous les extrémismes, en particulier celui issu de sa propre religion, l'islam - cette lutte l'a d'ailleurs coupée d'une partie de sa famille, d'origine somalienne. Au cours du roman, elle enquête sur d'étranges braquages, parfaitement orchestrés mais dont l'enjeu apparent (un peu d'argent dérobé) ne colle pas avec les risques encourus par les malfrats. Chercherait-on à l'intimider, non seulement elle mais aussi d'autres femmes musulmanes influentes?

Au fur et à mesure de notre lecture, nous progressons dans l'enquête au même rythme qu'Aayan, avec les mêmes piétinements et les mêmes bonds en avant. Le récit est parsemé de souvenirs, de considérations sur la tolérance, sur la fermeté qu'il est si difficile d'opposer aux dérives extrémistes dans une société du politiquement correct, et aussi de ces curieux passages, assez courts, qui se démarquent visuellement du reste par leur typographie différente, nommés "endoscopies". On nous y décrit des événements survenant dans un corps. Jusqu'à la toute fin, on se demande réellement le rapport entre ces passages et le reste (car évidemment, il y en a un) tant cela semble éloigné de l'histoire ; et plus on comprend ce que nous décrivent ces endoscopies, moins on saisit l'intérêt de la chose... jusqu'à la fin où, effectivement, tout s'éclaire. Je pense que c'est l'effet stylistique majeur que l'on retient de ce roman, d'ailleurs : pour ma part, j'ai trouvé le procédé brillant.

Pour ce qui est du fond, Excision est à mon sens plus un manifeste contre les extrémismes et, surtout, pour la liberté qu'une enquête policière ou un roman d'anticipation (c'est pourquoi je n'ai pu me résoudre à le classer dans les catégories "Policier" et/ou "Fantastique" de ce blog). Certes, le monde que nous dépeint Olivier May est dans le futur, et crédible : 2025, ce n'est pas si loin, aussi peu de choses ont réellement changé, si ce n'est quelques avancées technologiques et structurelles (on retrouve par exemple la police européenne Europol déjà imaginée par l'auteur dans Le Chant d'Ekhirit, qui se passe sensiblement à la même période). Mais la même histoire pourrait tout aussi bien se dérouler aujourd'hui, à peu de choses près. Certes, l'enquête progresse logiquement et a sa dynamique propre. Seulement, pour moi, ce qui transpire tout au long des pages que l'on tourne, c'est la détermination d'Aayan, sa colère rentrée, son tempérament. A tort ou à raison, je n'ai pu m'empêcher d'y voir l'exact reflet de l'auteur tant toute cette révolte paraît sincère, est si bien traduite en mots... Tout cela ne manque pas de faire s'interroger le lecteur sur sa propre position sur les questions soulevées : et moi ? Si je me sens plus réservé(e) sur le sujet, est-ce à dire que je suis coincé(e) dans une opinion formatée au "politiquement-correct" ? N'ai-je pas assez réfléchi au sujet ? Ai-je vraiment envie de le faire ? Le côté que j'ai donc le plus apprécié dans ce roman, c'est cette façon qu'il a eue de me "bousculer", de me forcer à sortir de la position classique de lectrice passive pour me poser des questions sur moi et sur la place de chacun en tant que citoyen du monde.

La conclusion de l'ouvrage m'a semblé très réussie également : j'imagine que beaucoup y verront une défaite, du pessimisme quant à l'avenir (c'est l'hydre de Lerne du titre de mon billet). Pour ma part, je referme au contraire ce roman sur un sentiment d'espoir, que j'ai du mal à m'expliquer d'ailleurs. Mon optimisme naturel, sans doute. Et peut-être la profonde certitude que détruire physiquement un symbole ne fait que le renforcer aux yeux du monde (voilà pour Des armes, ce superbe texte de Léo Ferré si bien mis en musique par le groupe Noir Désir).

Pour conclure, Excision est un court roman (116 pages) intelligent à la forme originale et probante qui ne pourra que faire du bien au citoyen qui est en vous, quelle que soit votre position sur ces sujets sensibles. Il faut le lire! (Et voilà : finalement, j'ai trouvé des choses à dire! ^_^ )

Mille mercis à Olivier, qui m'a fait parvenir son bébé tout juste sorti des presses!

2 commentaires:

Shana a dit…

Merci pour cette belle critique, car un autre livre vient s'ajouter à ma LAL.

Lucile a dit…

@ Shana : Mais de rien, et surtout il faut revenir pour donner ton avis ici! :)