Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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jeudi 8 juillet 2010

Tu me donnes un baiser, Saumensch?

Il y avait fort longtemps que je souhaitais lire ce roman : d'abord repéré dans la vitrine de la petite librairie qui se trouvait en bas de chez moi à l'époque (et ça commence à dater!), les bons échos à son sujet (par exemple chez Fashion et, plus tard, chez Laëtitia) avaient fini de me décider. L'ouvrage en question avait donc fini par atterrir dans ma PAL il y a des mois (des années?) de ça. Mon Objectif PAL étant lancé, j'ai parcouru lentement du regard les rayonnages de ma bibliothèque (déjà bien remplis alors, mais complètement explosés depuis que je suis revenue de Books & the City troisième du nom avec un sac de courses plein de bouquins!! Je vous raconterai ça bientôt...) en prêtant attention à ceux de mes livres qui disaient "Lis-moi! Lis-moi!". Pour être exacte, il y a tellement des livres de ma PAL qui me réclament mon attention qu'il a plutôt fallu que je détermine lesquels criaient le plus fort... La Voleuse de livres était de ceux-là. Comme il a bien fait de s'époumoner, le brave petit!

Ce roman a pour cadre la Seconde Guerre mondiale, eh oui encore un! Sauf que celui-ci présente tout de même de quoi se démarquer assez franchement, à commencer par l'identité de sa narratrice, la Mort en personne (il faut dire qu'elle connaît particulièrement bien cette période de l'Histoire) ; cela n'est guère un secret et on s'en rend bien vite compte, quand bien même on n'aurait pas lu l'inutile phrase figurant en couverture de mon édition : "Quand la Mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter" (je n'aime pas cette phrase en ce qu'elle donne à ce récit un côté inquiétant, du genre "gare à vous si vous ne lisez pas ce livre", ce qui ne colle pas du tout avec la personnalité affable et sensible de la narratrice... M'enfin bon...).

Nous sommes à Molching, petite ville bavaroise, en plein cœur du berceau du nazisme. Janvier 1939 : Liesel Meminger, neuf ans, et son petit frère sont en route pour la maison des Hubermann, une famille d'accueil dont les enfants, déjà grands, ont quitté la maison. Au départ, leur mère les accompagne, mais finalement, c'est avec une inconnue, et sans son frère, que Liesel franchira le seuil des Hubermann (je vous laisse découvrir seuls pourquoi, ainsi que la raison de ce "placement".) L'arrivée à Molching lui fait l'effet d'une douche froide : la femme qu'elle doit désormais appeler "Maman" est revêche et brutale et passe son temps à insulter tout le monde, Liesel, son mari, ses voisins... Elle n'a pas non plus la main leste pour les punitions... "Papa", quant à lui, est nettement plus gentil : très silencieux, placide, c'est lui qui apprendra à lire à Liesel dans des classes de nuit improvisées suite aux cauchemars de la petite fille, et qui lui joue souvent de l'accordéon, aussi... Hors de la maison, il y a la rue, les garçons et l'école : Liesel est scolairement très en retard sur les enfants de son âge, mais est la reine de la bagarre. En foot aussi, elle s'en sort bien, et elle devient très vite inséparable de son petit voisin Rudy. Sur la toile de fond de la guerre qui progresse - Jeunesses hitlériennes, alertes aériennes et mobilisations - et du côté des civils allemands, ce qui n'est pas le point de vue le plus usité pour parler de cette période, ce roman nous raconte la nouvelle vie de Liesel dans ce climat oppressant ; pas une enfance comme les autres certes, mais une enfance quand même.

Pourquoi ce titre au livre? Eh bien, parce que Liesel est vraiment une voleuse de livres : la première fois, elle ne sait même pas encore déchiffrer qu'elle se saisit d'un ouvrage tombé au sol dans la neige. La deuxième fois, ce sera lors d'un autodafé. Ensuite, il y en aura quelques autres... Volés, mais pas vraiment, pas comme un délit, vous voyez... C'est qu'elle aime lire cette petite ; c'est ce qui nous la rend particulièrement sympathique, d'ailleurs, son amour des bouquins. Voici un passage qui parlera sans doute très fort à tous les LCA que vous êtes :
"Jésus, Marie..."
Elle lâcha à haute voix cette exclamation, qui résonna dans une pièce pleine d'air froid. Et de livres. Des livres en veux-tu, en voilà. Chaque mur était recouvert d'étagères pleines à craquer et pourtant impeccables. On distinguait à peine la peinture. Sur le dos des volumes noirs, rouges, gris et multicolores, les titres étaient imprimés en lettres de toutes les formes et de tous les formats. Liesel avait rarement vu quelque chose d'aussi beau. 
Elle sourit, émerveillée.
Dire qu'il existait une pièce comme celle-ci!
Elle tenta d'effacer son sourire avec le dos de la main, mais se rendit compte aussitôt que c'était inutile. Elle sentit le regard de la femme la parcourir et elle vit qu'il s'était posé sur son visage.
Un silence interminable s'installa. Il s'étirait comme un élastique tendu à l'extrême. Liesel prit l'initiative de le rompre.
"Je peux?"
Les deux mots restèrent en suspens au-dessus de l'immensité du plancher. Les livres étaient à des kilomètres.
La femme fit "oui" de la tête.
Oui, tu peux.
p. 135-136
Aparté : cette scène me rappelle le moment du dessin animé de Disney où la Bête emmène la Belle dans l'immense bibliothèque de son château. Du jour où j'ai vu cette scène (je devais être en CM2), j'ai juré que moi aussi, dans ma maison, j'aurais une pièce comme celle-là (^_^ Depuis, j'ai revu mes exigences quant aux dimensions de la pièce en question... mais l'idée générale reste de mise!).

Que dire de plus? L'histoire est très riche et entremêle savamment la grande et les petites. Les personnages rendent une impression de réalité très forte, comme l'essentiel des descriptions, ce qui me fait dire que le roman se prêterait sans doute très bien à une adaptation cinématographique (d'ailleurs, les droits ont été achetés par la 20th Century Fox, m'apprend Wikitruc). La narration, distanciée par la position très particulière de la Mort, prend parfois des airs de miscellanées : on y trouve des listes, des petits dessins, des définitions, des digressions glissés dans le récit à proprement parler. Le résultat est d'une lecture très aisée et incite à tourner les pages (un peu plus de 500, tout de même) toujours plus vite ; cela donne au livre une légèreté qui tranche parfois avec les faits qui sont rapportés, mais que voulez-vous, la Mort étant la Mort, elle n'est pas émue par les mêmes choses que nous.

Pour finir, je dirais que je n'ai pas souvenir d'un roman qui m'ait, de façon aussi condensée et aussi naturelle, fait passer en quelques pages du rire aux larmes, d'un soupir de félicité à l'amertume la plus profonde comme celui-là. J'ai été complètement absorbée par cette histoire, totalement emportée par l'impression de vie et de réel qui s'en dégageait, suivant les moindres pas de Liesel et de ses proches, m'attachant à eux tous, avec leurs particularités, leurs défauts et leur grand cœur... J'ai conscience d'en avoir dit bien peu sur les différentes intrigues du roman, mais j'aurais trop peur de trop en dévoiler et de gâcher le plaisir de la découverte à ceux d'entre vous qui seraient tentés de faire un bout de chemin avec Liesel et la Mort...

Sachez simplement que c'est un roman que je conseille vivement!

A lire : une longue interview de Markus Zusak (en anglais, sorry pour les francophones purs!) que j'ai trouvée très intéressante pour ma part.

P.S. : Le titre de ce billet reprend la requête récurrente de Rudy auprès de sa petite camarade Liesel, avec ce charmant terme de "Saumensch", finalement utilisé à titre affectueux, et qui signifie quelque chose comme "sale truie".

7 commentaires:

Lalou a dit…

Ce livre est LE livre préféré d'une amie.
Elle me l'a conseillé plusieurs fois, et je l'ai installé dans ma LAL. A chaque visite en librairie, je jette un oeil pour le trouver, mais je n'ai pas encore eu de chance. Donc je ne l'ai pas encore lu.
Mais ton avis est complètement transcendant. Moralité : je vais aller le chercher réellement bien vite quitte à le commander ;)

Lucile a dit…

@ Lalou : "transcendant", mon avis?! Waow! Je suis flattée! :) Arf, il n'est pas sorti en poche (je ne sais pas si c'est prévu) et sa sortie en broché date un peu, donc j'imagine en effet qu'il ne doit pas être évident à trouver... Il te reste l'emprunt à un ami ou la commande! :)

George a dit…

ce roman figure en bonne place dans mini-PAL d'été...il a su crier très fort aussi chez moi !!!

Lucile a dit…

@ George : Et il fait bien :) Il part de chez moi pour prêt ce soir, d'ailleurs!

Karine:) a dit…

JE n'avais pas du tout aimé l'écriture au départ (et bizarrement, pour moi qui l'ai lu en anglais, la mort était un personnage masculin... mais passons!!) mais je garde le souvenir d'un livre très, très fort. Du rire aux larmes, comme tu le dis!

La plume... a dit…

Il est dans ma LAL... Tentatrice!!!

Lucile a dit…

@ Karine : pour m'a part, j'ai été aussi un peu déstabilisée par ce mode de narration, mais ça n'a vraiment pas duré plus de quelques pages. :)

@ La plume... : tu verras, tu me remercieras quand tu l'auras lu! ;-) (enfin, j'espère! ^_^)