Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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lundi 16 août 2010

Et moi, et moi, et moi...

Il y a plusieurs mois, j'ai reçu un courriel de Libfly qui me proposait de découvrir et chroniquer en avant-première des ouvrages de la rentrée littéraire. Cependant, par un mystérieux coup du sort, aucun ouvrage n'est parvenu dans ma boîte aux lettres, certes fort rurale, j'en conviens. Pour moi, l'affaire était donc enterrée quand on m'a priée fin juin de rendre rapidement mes critiques. Stupeur et stupéfaction! Devant mon étonnement sincère de n'avoir rien reçu, l'équipe de Libfly a gentiment expédié vers chez moi deux ouvrages de la rentrée littéraire, que je n'ai évidemment pas pu lire à temps pour pouvoir figurer parmi les critiques sélectionnables, mais dont je vais tout de même vous parler ici... J'ai commencé par celui des deux ouvrages qui me paraissait le plus court (en espérant avoir une chance de coller avec le délai de rendu des critiques) ; je n'avais alors aucune expérience des formats de type "épreuves non-corrigées", à savoir des feuilles A4 sans doute imprimées en Times 12 qui comportent donc moins de pages que le roman dans sa mise en page finale. Bref, finalement, j'ai quand même mis un peu de temps pour lire ces cinquante pages A4, et sans doute pour d'autres raisons encore...

Mais trêve de blablatage, que je vous dise quelques mots de l'histoire qui nous est racontée : on suit dans ce roman la destinée des Chinois d'Italie, cent seize et quelques, donc, de 1941 à 1943. Ces Chinois sont regroupés dans des camps des Abruzzes : celui de Tossicia d'abord, un enfer insalubre et ouvert aux quatre vents (dans les montagnes, en hiver surtout, c'est charmant!) que le nombre croissant de Chinois que l'on y amène rend de moins en moins supportable ; puis celui d'Isola, plus "accueillant" (si l'on peut utiliser de tels termes pour parler de camps), au moment où Tossicia est retenu pour parquer des Tsiganes. Dans leurs nouveaux locaux, les Chinois ne sont pas vraiment prisonniers ; ils n'ont pas de gardiens, il n'y a pas de clôture. Ils peuvent aller et venir comme ils l'entendent et sont sollicités pour des travaux divers dans ce petit village : rénover une charpente, désherber les bords de route... Mais la détention existe bel et bien du point de vue psychologique : le fait de les réunir là, entre eux, affirme leur différence, leur enlève une caractéristique essentielle : celle d'être des êtres humains et non de la marchandise qu'on stocke quelque part, qu'on fait transiter, qu'on fait patienter sans rien lui dire du pourquoi ni surtout du "pour combien de temps". Dans ce climat lourd et irrespirable, peu de relations se nouent, aucune véritable en tout cas, chacun se renfermant au plus profond de lui-même, seulement visité par les fantômes de Tsiganes qui ont pris leur place dans l'enfer de Tossicia, hanté par cette idée que, dans l'absurdité de ce monde où ils ne sont rien, on les a tout de même jugés plus dignes d'être "bien traités" que les Roms.

Le rythme du récit est extrêmement lent, ou étrangement absent peut-être : on n'en sait trop rien, à vrai dire, on est dans l'apathie des Chinois. Il est difficile de se repérer, aussi bien dans le temps qu'entre les hommes : aucun des prisonniers n'est nommé. On suppose qu'il ne s'agit que d'hommes, car il n'est fait mention d'aucune femme, mais peut-être est-ce parce que l'information importe peu? Tout juste s'individualisent-ils dans le récit par des actions bénignes (l'un joue parfois de la musique, l'autre a une fois regardé une femme secourable dans les yeux, un troisième - ou est-ce le même? - est parti dans une pâture contempler l'herbe courbée sous le vent). Ce côté feutré et assourdi du style, tout comme l'absence d'action (hormis pendant quelques pages à la fin, il ne se passe rien de remarquable dans ce roman où l'on ne fait qu'attendre on ne sait quoi) traduit l'ambiance du lieu et l'état d'esprit de ces gens. A propos du passage du temps, il est à noter que le roman est bizarrement construit, avec trois chapitres mélangeant la chronologie : 1942 puis 1941 et 1943. J'avoue ne pas avoir saisi ce que cette présentation apportait.

Le style d'écriture est extrêmement poétique, parfois à outrance de mon point de vue. J'ai déjà parlé du temps que j'ai mis à lire ce roman, en le mettant en particulier sur le compte de la présentation "épreuves non-corrigées". Sans doutes que des conditions de lecture particulières ne m'ont pas aidée non plus (j'ai lu ce roman à une période où j'avais des journées très chargées qui me laissaient crevée le soir, ou je trimballais mes cinquante pages agrafées dans mes voyages en train - pas très pratique ni confortable), mais je suis sûre aussi que cette écriture alambiquée m'a vraiment freinée dans ma progression. Vous savez, les phrases qu'on relit trois fois parce qu'on a perdu le fil ou qu'on ne les comprend pas? Ben, il y en avait un paquet dans ce roman-là! Aussi ai-je vraiment eu du mal à progresser dans ma lecture, ce qui n'a pas contribué à m'en laisser un souvenir ému. Comme je l'ai évoqué au paragraphe précédent, le rythme (et donc la vitesse de lecture) s'accélère vers la fin, quand certains des Chinois s'évadent et qu'on les suit dans ce périple (notez qu'à ce moment-là non plus, ils ne sont pas distingués les uns des autres ; tout juste se mettent-ils un peu à se parler entre eux). Sans doute du fait de considérations plus terre-à-terre, j'ai donc réussi à me raccrocher un peu à l'intrigue à ce moment-là. Cela dit, je ne sais plus comment se termine le roman ; je ne sais pas ce qui est arrivé aux Chinois d'Isola, et si je l'ai lu, je l'ai oublié.

"Là, dans la lueur déclinante du soir où le bleu se moirait d'ondes roses et réchauffait les pierres, Isola trouvait subitement en elle une alchimie où se rencontraient quelques lamelles de métal, des hommes de loin, les méandres de la mémoire et la force de relever la tête qu'un vent frais balayait. Le sentiment qu'être était autre chose que l'impossibilité de n'être pas emplit les hommes sur l'esplanade et, pendant quelques minutes, bannit l'arrogance de l'oubli en marche."

A la fin du roman, on trouve la liste des fameux cent seize Chinois transférés du camp de Tossicia à celui d'Isola del Gran Sasso en avril 1942 (car le roman est basé sur des faits réels). Je respecte cet ouvrage, qui leur rend hommage, mais je ne lui ai guère trouvé d'intérêt littéraire. Je suppose que d'autres lecteurs, plus sensibles que moi à l'écriture poétique de l'auteur, peuvent y trouver leur compte. A bon entendeur!

Merci à Libfly et au Furet du Nord de m'avoir permis de lire ce livre en avant-première! Il paraîtra en librairie dans quelques jours, le 19 août.

P.S. : Oui, je sais, le titre de ce billet était vraiment trop facile! :D

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