Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
N’HÉSITEZ PAS A LAISSER VOS COMMENTAIRES SUR NOS LECTURES COMMUNES!

mercredi 1 septembre 2010

Effet papillon dans poussière grise

Il y a quelques semaines, je suis allée donner un coup de main à une amie qui déballait ses cartons après avoir déménagé. Ça n'a pas raté : on a évidemment commencé par la bibliothèque et j'ai évidemment emporté un de ses bouquins avec moi. C'était Mademoiselle Chambon, d'Éric Holder, qu'elle avait acheté le jour où moi-même j'avais pris Bella Ciao, au salon du livre de Saint-Estèphe... De mon côté, il y a quelque temps, je lui avais prêté La Baïne ; elle avait préféré ce dernier à celui dont je vais vous parler aujourd'hui. Pour moi, c'est l'inverse.

En guise d'introduction, je vous livre une partie de la quatrième de couverture : "Antonio est maçon, il mène une vie tranquille en compagnie de sa femme Anne-Marie et de leur fils Kevin. Un jour, il va chercher Kevin à l'école et rencontre l'institutrice, mademoiselle Chambon. Entre eux, peu de mots, mais ce sont des êtres qui se reconnaissent sans se parler. Quelque temps après, elle lui demande de venir remplacer une fenêtre chez elle..."

Tout cela se passe dans une toute petite ville - un village, presque - économiquement sinistrée du département de la Marne (avec ce roman, je sors donc des écrits médocains de l'auteur). A l'ambiance, tant des paysages que de la vie qui s'y mène, on pourrait tout aussi bien parler du département de la Morne, d'ailleurs... Chez les femmes, beaucoup de mères au foyer, et quelques privilégiées - dont Anne-Marie - qui travaillent à l'usine de maroquinerie ; chez les hommes, des chômeurs, des agriculteurs, des commerçants et des ouvriers (dont Antonio). Dans la bourgade, tout le monde se connaît ; cela peut avoir des côtés sympathiques, mais tel que cela nous est décrit, on ressent plutôt le poids du regard des autres, la rumeur qui peut se déclarer à tout moment et la crainte du qu'en-dira-t-on, en bref : que des choses sympathiques et réjouissantes... (A ce titre, on peut rapprocher Mademoiselle Chambon de La Baïne, où ces thématiques jouaient aussi un rôle important). Même la vie paisible et heureuse d'Antonio et sa famille laisse un goût de poussière, une impression d'inutilité. L'ensemble du roman, ambiances, gens, paysages, situations, est imprégné de cela, ce côté photo aux couleurs passées dont on ne saisit pas ce qu'elle voudrait montrer, mais qui vous rend pourtant mélancolique. Contrairement à ce qu'il pourrait sembler, j'ai vraiment apprécié cette fatalité poisseuse qui collait à toutes les pages du livre : d'abord pour la capacité de l'auteur à la rendre aussi palpable, mais aussi en ce qu'elle ne fait que rendre plus "pur" encore cet embryon d'aventure amoureuse que rien ne vient magnifier (au contraire).

Sur l'intrigue, que dire, si ce n'est qu'on est ici dans une "économie de moyens" assez surprenante? Je m'étais fait la remarque au sujet du style de l'auteur avec La Baïne. Ici, l'écriture en elle-même m'a semblé plus marquée : traduisant l'hésitation, la vivacité aussitôt contrée par la conscience des limites à ne pas franchir quand on suivait Véronique Chambon l'institutrice ; un peu plus rugueuse, plus typée, quand on s'intéressait à Antonio le maçon, taiseux et solitaire. C'est l'histoire en revanche qui s'est parée de ce côté "ne nous faisons pas remarquer" : ce qu'on pourrait attendre qu'il advienne dans ce roman, eh bien ça n'advient pas, et c'est là le deuxième point que j'ai aimé. J'ai été à la fois surprise par ce choix et contente que l'auteur s'impose cette difficulté, qui l'amène à explorer un terrain plutôt méconnu parce que l'on ne fait généralement qu'y passer, qu'on ne se rappelle plus des mille nuances qu'il recouvre pour la simple et bonne raison que, dans les livres comme dans la vie, ça ne finit jamais comme ça. J'ai conscience que j'en dis peu, et que cela doit paraître énigmatique à ceux qui n'ont pas encore lu ce roman, mais ce qui s'y produit en réalité est tellement infime que je ne peux guère m'exprimer autrement sans risquer de trop en dire... Disons qu'on a avec cette histoire une illustration de l'effet papillon dans le domaine des rapports entre les gens...

Pour conclure autrement que sur ces mots peut-être pas très limpides, je vous laisse en vous conseillant ce roman si vous avez le goût du détail et de la nuance...

Merci à macopineadeline pour le prêt! :)

A noter : le film a été adapté au cinéma l'année dernière, avec Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon dans les rôles principaux. Éric Holder a fait cette remarque, qui m'a un peu surprise pour être tout à fait sincère, que le film était bien meilleur que son livre. Pour ma part, je ne l'ai pas vu, donc je ne saurais juger ; j'ai tout de même du mal à m'imaginer le résultat... Le mieux serait que je visionne le film en question, je crois! ^_^ Laëtitia l'avait vu et aimé, malgré son cœur de pierre ;-).

P.S. : Le titre de ce billet m'est en partie inspiré par mon chanteur-chouchou (eh, pourquoi pas?!) Francis Cabrel, dont la (vieille) chanson "Carte postale" me fait penser à l'ambiance de ce roman...

6 commentaires:

George a dit…

Il vient de sortir en poche ????

Lucile a dit…

@ George : Oh non, je crois que ça fait un moment qu'il est sorti en poche! Apparemment depuis 1998, au moins chez "J'ai Lu" (le roman est sorti chez Flammarion en 1996).

Reka a dit…

"ce qu'on pourrait attendre qu'il advienne dans ce roman, eh bien ça n'advient pas"

Aaaaaaah ! J'achète !! :D

Lucile a dit…

@ Reka : :-) J'ai franchement hésité à écrire cette phrase... J'ai bien fait de la laisser, alors! ^_^

Laëtitia a dit…

Tu as lu le livre, j'ai vu le film... voilà qui pourrait faire avancer le schmilblik ;-) http://laetitiaberanger.over-blog.com/article--quel-joli-temps-pour-se-dire-au-revoir--38327561.html Je viens de relire mon billet, c'est rigolo, je ne me souvenais pas l'avoir autant aimé !

Lucile a dit…

@ Laetitia : Ah ouiiii! J'avais adoré ce billet (à cause du cœur de pierre) :) Merci pour le lien, je le rajoute dans mon billet. Quant au souvenir qui diffère de l'impression sur le moment, ça me le fait parfois, aussi... Souvent dans ce sens, d'ailleurs!