Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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vendredi 17 juin 2011

"Je ne demande pas pardon, de toute façon."

J'ai découvert Philippe Besson il y a plus d'un an avec L'arrière-saison, roman d'ambiance que j'avais beaucoup aimé pour son minimalisme précis dans les sentiments des personnages qu'il mettait en scène. Il faut croire qu'à la bibliothèque de mon village, on l'aime bien, car de nombreux roman de sa plume s'y trouvent, aussi à ma dernière virée là-bas (qui remonte à plusieurs mois! Ils vont me gronder quand je vais leur rapporter le livre! ;-) ), j'ai choisi un autre roman de Besson : Un homme accidentel. Pourquoi celui-ci? Je pense que j'avais des réminiscences de l'interview de l'auteur que j'avais vue sur auteurs.tv il y a fort longtemps, et dans laquelle il faisait souvent référence à ce roman-là... Me voici donc devant la tâche ardue de devoir écrire un billet pas loin de six mois après avoir lu le livre... Souhaitez-moi bon courage! ;-)

Ce roman, c'est l'histoire d'un grain de sable qui vient enrayer une machine sans histoires comme il en existe sans doute beaucoup. Le récit d'une rencontre qui devrait être banale et qui ne l'est pas, d'une passion qui naît là où on l'attend le moins et qui réduit tout le reste (obligations familiales et professionnelles, sentiments passés, bon-sens...) à néant. On s'en doute - et du reste, on le sait dès les premières pages -, tout cela ne pourra mener le narrateur que vers une fuite en avant droit dans le mur.

Ce qui m'a plu dans ce roman, c'est le fait que l'auteur s'intéresse à cet état assez incroyable de ceux qui abandonnent tout, font table rase de toute une vie, pour se consacrer à ce qui paraît aux autres (et parfois mêmes aux intéressés eux-mêmes, d'un point de vue strictement objectif) comme chimérique et n'en valant pas la peine. Cette tendance à l'auto-destruction qui s'empare de ceux qui disent : "Je n'ai pas le choix, je ne peux pas faire autrement" est au cœur d'Un homme accidentel. Besson ne nous propose pas d'en comprendre les mécanismes, mais simplement de nous décrire le phénomène de l'intérieur. C'est peut-être en même temps ce qui est frustrant dans ce roman : on est fascinés par l'histoire de ce policier (je viens de chercher son nom un bon moment, mais ne le trouve nulle part. Peut-être qu'il n'est pas mentionné ; ça renforcerait l'idée que "ça peut arriver à n'importe qui"...) qui, confronté à un meurtre sordide une nuit de garde, va voir sa vie bouleversée, mais en même temps celui-ci se contente de nous décrire ce qui s'est passé de façon très extérieure, confirmant ainsi qu'il n'a eu aucun pouvoir, aucune prise sur ce tourbillon qui l'a emporté. C'est sans doute cela qui m'a personnellement un peu agacée dans ce personnage, d'ailleurs, cet aspect impuissant mais lucide. Cela dit, il s'en moque bien et ne s'en plaint pas ; il ne s'inquiète même pas d'avoir complètement perdu les rênes, ce qui m'a empêchée de ressentir de l'empathie pour lui...

Hormis ce policier, bien peu de personnages se trouvent dans ce roman ; il y a évidemment le jeune et beau Jack Bell, star de cinéma désenchantée qui se trouve liée à cette sombre affaire de meurtre, Laura, la femme du narrateur, McGill, un collègue. On rejoint par là l'économie de personnages qu'on avait déjà trouvée dans L'Arrière-saison. Du point de vue des lieux, on se trouve cette fois encore en Amérique, dans des décors de villas cossues de Los Angeles, de motels comme ceux qu'on voit dans les films, de grandes routes qui n'en finissent pas... Je me suis sentie bien dans ces décors ; ne m'étant jamais rendue sur place, j'ai du mal à évaluer s'ils sont réalistes ou non. Ce qui est certain, c'est que Philippe Besson semble aimer situer ses intrigues outre-Atlantique...

Du point de vue du style, on est proche du langage parlé, ou plutôt du langage "pensé" ; les phrases sont tantôt très longues et accumulent au moyen de virgules et de conjonctions de multiples petites touches pour préciser la pensée, tantôt très courtes et bien rythmées. J'ai trouvé le tout extrêmement facile à lire et à suivre ; d'ailleurs, j'ai lu ce roman en très peu de temps, si je me souviens bien.

Voici un passage qui m'a particulièrement parlé, sans doute parce qu'il fait écho à toutes ces situations que l'on a vécues ou dont on a été témoin et qui ne s'expliquent pas rationnellement. Ça ne justifie pas ce qui s'est passé, mais cela propose au moins de se mettre dans la tête de tous ces gens qui "pètent les plombs". Il vous donne aussi un aperçu du style, que j'évoquais à l'instant.
"J'ai commis des gestes désespérés. Je dis : désespérés parce qu'ils étaient inutiles et je m'en doutais, même si je me refusais à l'admettre vraiment. Par exemple, j'ai répété jusqu'à la nausée des mots d'amour à Laura, moi qui en prononçais si peu, et plus je les disais et plus ils étaient faux, mais elle ne faisait pas la différence avec les vrais. J'ai imaginé un avenir, pour le temps où l'enfant serait là. J'ai dit : ce serait bien, une maison plus grande, on va déménager, et puis, des enfants on en aura peut-être d'autres, il faut y songer. Et les mots sonnaient creux, je ne me voyais pas les faire, ces enfants. Je ne me voyais même pas accueillir celui qui serait là bientôt. Et Laura était heureuse. Et c'était terrifiant, son bonheur, mes mensonges, l'engrenage."
p. 164-165

En conclusion, c'est une lecture que j'ai aimée, pas forcément de la grande littérature, mais qui aborde remarquablement à mon sens le vécu bien peu enviable d'un homme dont la vie bascule et qui s'en moque.

P.S. : Le titre de ce billet, est extrait du roman, comme vous vous en doutez (p. 21).

6 commentaires:

In Cold Blog a dit…

Ce qui m'a plu dans ce roman, c'est ce que tu appelles "le langage pensé", toutes les turpitudes de cet homme pris dans le tourbillon de la passion.
Tout "l'emballage" qu'il y a autour m'a semblé trop carton-pâte.
C'est dommage car cela aurait pu être un beau grand roman.

Lucile a dit…

@ In Cold Blog : ah, tiens, je trouvais justement qu'il y avait bien peu d'emballage, moi. En tout cas, on est d'accord : il manque "quelque chose" autour de cet homme en plein brouillard pour faire de "Un homme accidentel" un grand roman! :)

Theoma a dit…

Toujours pas tentée par l'auteur... je ne sais pas pourquoi.

Lucile a dit…

@ Theoma : bah, il y a des auteurs, comme ça, qui ne nous font pas envie. Cela dit, je te dirais que lorsque j'ai de nouveau regardé son interview sur auteurs.tv, je l'ai trouvé nettement moins sympathique qu'au premier visionnage. Va savoir pourquoi... Bref, du coup je ne suis pas certaine de le relire de sitôt! ;-)

Reka a dit…

Tous les livres de cet auteur m'appellent mais j'en suis à deux tentatives, et je ne suis jamais tout à fait conquise/convaincue...
J'ai L'arrière saison dans ma PAL, on verra ce qu'en disent mes goûts.

Lucile a dit…

@ Reka : c'est un peu pareil pour moi. Je trouve à chaque fois un intérêt, quelque chose de bien trouvé, mais ça ne se communique pas à l'ensemble de mon impression... Et pourtant je suis presque persuadée que je lirai d'autres bouquins de lui bientôt! ^_^