Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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dimanche 19 juin 2011

"Longtemps après que nos yeux ont lu les livres, nous (...) apprenons combien ils nous connaissaient déjà."


Si vous suiviez le blog de Caro[line] (Cinquième de couverture) il y a environ deux ans et demi (déjà!), vous n'avez pu manquer son énorme coup de cœur pour le roman dont je vais vous parler aujourd'hui. C'est bien évidemment à cause d'elle (grâce à elle en fait, vous allez le voir) que j'ai aussitôt fait l'acquisition de Dans la main du diable. Comme la plupart des livres que j'achète, celui-ci a passé quelque temps dans ma bibliothèque à se familiariser avec ses nouveaux petits copains avant que je ne l'en extraie pour me le mettre sous la dent (ou plutôt sous les yeux). Il faut dire que ses presque 1300 pages étaient aussi un peu impressionnantes...


Nous sommes ici en présence d'un roman monumental qui s'avère être le premier volet d'une saga couvrant une bonne partie du XXe siècle. De prime abord, ça ne m'aurait pas intéressée plus que cela, mais il se trouve que j'ai beaucoup aimé me retrouver à tourner les pages à toute vitesse pour suivre Gabrielle Demachy, l'héroïne de ce roman, dans sa quête. Son objectif, au début du roman, est de découvrir ce qu'est devenu son cousin et néanmoins amour, dont elle et sa tante sont sans nouvelles depuis plusieurs années (on est alors en 1913). Persuadée que les autorités leur cachent des choses, ayant épuisé toutes les voies légales qui existent, Gabrielle refuse de baisser les bras et décide de mener l'enquête par ses propres moyens. Son dessein conduira cette jeune orpheline de bonne famille à endurer bien des tourments, des révélations, des aventures et, bien évidemment, des dangers.

Tout d'abord, le style d'Anne-Marie Garat dans ce roman m'a quelque peu laissée sceptique : l'écriture rappelle en effet fortement celle des grands maîtres du XIXe (phrasé très long, descriptions détaillées, subjonctifs à la pelle...), mais en moins bien. Par moments, je trouvais que le rythme n'allait vraiment pas, que certaines phrases étaient bancales, ce qui rendait l'imitation par trop flagrante. Je ne veux pas du tout dire qu'Anne-Marie Garat écrit mal, bien loin de là, mais simplement que l'exercice d'écrire comme Zola ou Flaubert est loin d'être aisé, et que dans ce roman, en quelques endroits, on s'accroche aux mots. En outre, comme souvent avec les romans écrits dans un style auquel on n'est pas accoutumé, il suffit de quelques pages d'adaptation pour ne plus du tout y prêter attention et se couler dans la logique des phrases. Une fois cette étape passée donc, j'ai pu arrêter de me focaliser sur le style pour me concentrer sur l'histoire...

Et l'histoire, parlons-en! Car il y a dans celle-ci tout ce qu'il faut pour me plaire (et pour plaire à beaucoup, si vous voulez mon avis) : de l'aventure, avec une enquête qui progresse plus ou moins vite, des fausses pistes, la complexité de la réalité et sa crédibilité, aussi. Des personnages consistants et pour la plupart mystérieux, des vrais méchants qui cachent leur jeu, des femmes en avance sur leur temps, du "petit personnel", des ouvriers, des paysans, des artistes, des "protocapitalistes", tous ces personnages étant très humains, l'ensemble contribuant à dépeindre toute l'ambiance d'un nouveau siècle avec son dynamisme, sa foi en le progrès et en même temps ses premières luttes sociales. De ce point de vue, Dans la main du diable brosse le portrait d'une époque de façon brillante (selon moi), c'est-à-dire sans s'appesantir ni ressembler à un cours d'histoire de France ou des sociétés déguisé ; pourtant, de nombreuses catégories sociales sont évoquées, ainsi que l'état des lieux dans plusieurs domaines (le cinéma, le patronat, la médecine, le milieu artistique...). J'ai beaucoup aimé cet aspect, qui fait que l'on intègre des connaissances sans s'en rendre compte et que l'on baigne dans toute une ambiance cohérente. Évidemment, on trouve aussi dans ce roman plusieurs histoires d'amour plus ou moins complexes et plus ou moins heureuses... Enfin, le tout forme un équilibre que, pour ma part, j'ai trouvé parfait.

Je l'ai dit, Dans la main du diable est le premier tome d'une trilogie ; pour autant, il me semble qu'il forme un roman à part entière et n'appelle pas nécessairement à la lecture de la suite. Cet opus était centré sur le personnage de Gabrielle, jeune femme en 1913 ; le suivant s'intéresse à Millie, qui n'est qu'une toute petite fille de cinq ans dans ce premier tome. J'apprécie aussi cette indépendance relative, et j'imagine n'être pas la seule lectrice à ne pas aimer sentir qu'on me tire par la manche pour acheter la suite d'un bouquin. ;-)

Pour conclure donc, je vous conseille vivement ce grand roman qui, je pense, vous emportera. Ne vous laissez pas impressionner par son volume, car une fois entrés dans l'histoire (et le style) les pages se tournent toutes seules!

Par ailleurs, je vous signale l'excellente interview d'Anne-Marie Garat que l'on peut trouver sur le site auteurs.tv (les visuels dans le sommaire des interviews ne fonctionnent plus, mais les liens si, et vous pouvez donc toujours les regarder). Son regard pétillant, son rire, sa passion m'avaient conquise à l'époque. J'ai de nouveau visionné cette vidéo à la suite de ma lecture et rien n'a changé : le charme opère toujours autant... Du coup, lors de ma dernière virée en librairie, j'ai acheté le tome suivant, L'Enfant des ténèbres, sorti récemment en poche chez Babel. :)

P.S. : Le titre de ce billet est extrait d'un passage du roman qui ne manquera pas de parler à tous les passionnés de lecture. Voici la citation complète : 
"Elle pouvait déchiffrer les mots et les ajuster les uns aux autres sans en coordonner le sens occulte, qui faisait son chemin en elle, avec ce temps retard de la lecture profonde, qui n'est ni celle des yeux, du cœur, ni même de l'intelligence, mais qui opère en toute obscurité, disloque et reconstruit les échafaudages intimes, falsifie ou révèle le secret qu'on est à soi,selon un temps qui n'a rien à voir avec le temps de la réalité, par séismes invisibles et longues saisons mortes, et longtemps après que nos yeux ont lu les livres nous les lisons au fond de nous, apprenons combien ils nous connaissaient déjà."
p. 1049-1050
P.S. bis : mais non, vous ne rêvez pas, je viens de lire un livre de plus sur ma liste de quatre romans choisis dans le cadre du challenge Blog-o-Trésors (il y a deux ans, oui, oui, c'est bien ça! ^_^). Plus que Les Piliers de la terre à lire, et j'aurai fini un autre challenge!


2 commentaires:

Caro[line] a dit…

Que je suis contente que ce roman t'ait plu ! La "suite" (oui, les romans sont indépendants les uns des autres) m'attend aussi dans ma PAL. :-)

Lucile a dit…

@ Caro[line] : merci du conseil, en tout cas! :)