Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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dimanche 12 juin 2011

Une fois n'est pas coutume...

... me voici m'improvisant chroniqueuse cinéma! Oui, je sais, après des mois de silence quasi-total sur mes (pourtant nombreuses) lectures, c'est un peu gonflé de ma part de reprendre la parole pour causer film, mais voilà, c'est comme ça : j'ai choisi de participer à l'opération "Blogeurs, faites votre cinéma" organisée par PriceMinister justement parce qu'il y avait ce délai à tenir, pour me forcer à rédiger un billet rapidement... 

Différents films nous étaient proposés, mais quand j'ai vu celui-ci, je l'ai immédiatement choisi pour en avoir entendu parler en maintes occasions comme étant LE chef-d’œuvre de Martin Scorsese. Il m'a été expédié illico presto et je l'ai regardé dès que j'ai eu une soirée de libre... J'ai donc pu découvrir la fameux Taxi Driver, dont j'avais entendu tellement de bien ces derniers temps et - je suis sûre que vous me sentez venir - je n'ai pas spécialement accroché. Mais avant de détailler mes impressions sur le film, une petite digression sur mon passif de cinéphile pour vous permettre de mettre les choses dans leur contexte...

Ma culture cinéma est proche du degré zéro. Dans tous les domaines. Pas vu les films de De Funès et Fernandel (sauf La Soupe aux choux), pas vu les premières adaptations de Pagnol, pas vu Orange Mécanique, pas vu la série des Harry Potter, pas vu les films de Fellini, les Godard, les Hitchcock... Bon, vous me direz : d'un côté, c'est déjà pas mal de connaître leurs noms... Ma dernière sortie ciné remonte à octobre ou novembre 2009 (j'avais vu District 9, qui m'avait d'ailleurs beaucoup déçue après ce que j'en avais entendu dire sur France Inter). Bon, ceci étant posé, vous situez sans doute mieux celle qui est derrière le clavier pour rédiger ce billet, la même que celle qui était devant son écran d'ordinateur (je n'ai pas de télé ; cette information vous aidera peut-être pour compléter mon portrait) il y a deux jours, perplexe devant Taxi Driver.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici deux mots de l'intrigue telle que je la résume (et pas ce qu'on peut trouver au dos du DVD) : Travis, 26 ans (joué par De Niro jeune), se fait embaucher dans une compagnie de taxis new-yorkaise pour mettre à profit ses heures d'insomnie. Au contraire de nombreux de ses collègues, il accepte de se rendre dans tous les quartiers, à toute heure, de prendre tous les passagers, quelle que soit leur couleur de peau. Le monde avec lequel il se trouve confronté toutes les nuits (fait de trafiquants, de prostituées et autres personnes peu recommandables) n'améliore guère son mal-être et accentue ses obsessions. Un jour, il faudra bien que ça "pète"...

Comme à mes débuts avec les livres, j'ai commis deux grossières erreurs : d'abord, trop me fier à un avis unanimement rapporté selon lequel j'aurais affaire à un chef-d’œuvre (pas meilleure façon d'en attendre beaucoup et donc d'être déçue, aussi bon que soit le film, ou le livre, donc) ; ensuite, lire ce qu'il y avait au dos du DVD avant de le regarder. C'est surtout ce deuxième point qui m'agace, d'ailleurs, car cela a fortement influencé ma façon de regarder ce film et ce, en insistant sur des points qui m'ont semblé peu importants. Par exemple, l'importance de la guerre du Vietnam, dont Travis est un vétéran ; le fait qu'il soit hanté par ses expériences passées relève selon moi de la direction d'acteurs, pas de ce qui ressort du film. Le spectateur voit un homme mal et complètement déboussolé, c'est tout ; Vietnam ou autre, finalement, j'ai l'impression que ça ne change pas grand-chose. Pareil sur le fait que la jeune prostituée jouée par Jodie Foster ait 14 ans ; jamais cela n'est mentionné dans le film. On voit bien qu'elle est jeune, cela suffit à mon avis. L'objectif est-il d'être racoleur en donnant cette information? Enfin, donc, ce n'est pas primordial, je vous le concède, mais ça m'a agacée, voilà.

Une chose m'a laissée particulièrement perplexe dans ce film, c'est son rythme, l'articulation des grandes phases. J'en ai vu principalement trois, plus une introduction et un épilogue : d'abord, on découvre le personnage de Travis ; c'est ce que j'ai appelé l'introduction (ne dirait-on pas "exposition" ou quelque chose comme ça, en langage cinématographique?). Ensuite, dans la première partie, le jeune homme s'amourache de Betsy, une belle jeune femme de l'équipe de campagne d'un sénateur ; tout ce premier tiers est axé autour de cette histoire naissante. Suite à une grossière erreur de Travis, l'idylle tourne court et le jeune taxi vit une période très difficile ; il est de plus en plus affecté par ce qu'il lui est donné de voir la nuit (c'est la deuxième partie que j'ai identifiée). Il essaye de se sortir de ce tourbillon de déprime et de mal-être avant de lâcher prise complètement : c'est la dernière phase, qui est elle centrée autour d'un autre personnage féminin, Easy/Iris, la fameuse prostituée mineure, que Travis s'est mis en tête de sauver de sa condition tout en s'armant jusqu'aux dents (dans un autre dessein, qui se trouvera finalement contrarié). L'épilogue ramène le spectateur à une nouvelle situation d'équilibre, sensiblement différente de celle de départ et laissant une grande latitude d'interprétation : Travis semble plus posé, moins perdu, mais est-il apaisé par ses "faits d'armes civils" (la certitude d'avoir été utile et reconnu pour cela - "contrairement à son expérience militaire au Vietnam", ai-je envie d'ajouter à cause du résumé au dos du DVD... ;-) ) ou simplement cynique et désabusé ? Libre à chacun de définir la nature du silence de Travis à la jeune femme qui vient de descendre de son taxi et qui lui adresse quelques mots, son demi-sourire, le fait qu'il remette le compteur à zéro (au moins littéralement) et reparte en sortant du champ de la caméra...

En le décrivant, je me surprends moi-même de trouver quelque chose d'aussi construit, car cette présentation m'a justement donné l'impression d'une juxtaposition d'éléments ayant peu de rapport entre eux ; j'ai eu le sentiment de sauter du coq à l'âne en regardant le film, et maintenant, en m'éloignant des faits représentés pour revenir à ce qu'ils symbolisent, je comprends un peu mieux le schéma global. Et les questions qui me viennent à l'esprit immédiatement après, c'est : "Les cinéphiles sont-ils capables de dire dès la fin du film ce qu'ils ont réellement vu? Analysent-ils ce qu'ils voient en temps réel ou ont-ils besoin d'une sorte de debriefing avec eux-mêmes?"

Du point de vue des thématiques, la principale que j'ai vue m'a été livrée par Travis lui-même dès le début du film : c'est la solitude d'êtres pourtant plongés en plein cœur d'une société fourmillante et, de façon plus large, la qualité des rapports humains. Travis, mais aussi Betsy et Iris, sont tous les trois désespérément seuls, malgré les contacts quotidiens auxquels ils sont amenés du fait de leurs professions, et le film n'est guère optimiste à ce sujet. J'y vois personnellement une condamnation de la ville, dans la mesure où seule la jeune Iris, retournée dans sa campagne chez ses parents, offre dans l'épilogue une perspective d'évolution positive ; les solitudes des autres personnages se heurtent sans s'annuler les unes les autres.
D'autres thèmes sont également abordés, mais plutôt - de mon point de vue - en toile de fond des errements psychologiques de Travis : l'ambiance des quartiers chauds new-yorkais dans les années soixante-dix, les rapports entre Noirs et Blancs, la micro-société des prostituées et souteneurs, etc.

Je ne peux terminer ce billet sans dire un mot de la prestation de De Niro qui, il faut le reconnaître, est assez impressionnante. Il traduit en effet une grande variété d'émotions et en suscite tout autant chez le spectateur ; on est tour à tour attendri, un peu effrayé devant son sourire crispé, en tension lorsqu'il change de position sans cesse et fait aller son regard de droite et de gauche, perplexe et en attente lorsqu'il essaie d'exprimer son mal-être, ravi lorsqu'arrive la fameuse réplique devenue culte ("You're talking to me?"), etc. Ce personnage, bien qu'on ne le comprenne pas tout le temps (l'épisode du cinéma avec Betsy laisse songeur), ne laisse pas indifférent et m'a pour ma part été largement sympathique...

Du point de vue des plans, de la manière dont le film a été tourné, je suis bien trop novice pour en dire quelque chose, hormis pour cette scène longuement filmée de dessus en travelling que personne pourrait ne pas remarquer. Dans cette séquence, on ne sait trop à quoi attribuer l'immobilité des personnages : est-ce comme un arrêt sur images, façon "un, deux, trois, soleil!", histoire de bien montrer au spectateur le bilan final? Ou bien est-ce que tous sont réellement figés pour leurs raisons propres (expectative, terreur, mort, ...)? Le mouvement des hommes semble ne revenir que dès lors que l'on sort du théâtre des événements (une représentation de "la vie continue quoi qu'il advienne"?)...

En conclusion, Taxi Driver est un film qui ne m'a pas emballée au visionnage, mais auquel je concède volontiers de nombreuses qualités après coup. De là à le faire entrer dans mon palmarès de films-cultes (palmarès qui n'existe de toute façon pas, vous vous en doutez), il reste encore un peu de marge!

Eh bien voilà, ma prestation de chroniqueuse cinéma est terminée! J'espère que vous aurez passé un bon moment de lecture. N'hésitez pas à réagir en commentaires : vos points de vue sur ce film m'intéressent assez! :)

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