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mardi 4 octobre 2011

Ceci n'est pas un livre de cuisine

Quel drôle d'ouvrage que celui-ci! Il y a quelque temps, j'ai reçu une très gentille proposition des éditions Créer, qui m'offraient de m'envoyer le livre que je souhaitais en vue que je le chronique sur mon blog. Submergée que je suis de romans qui attendent le petit billet qui ira avec, mon choix s'est tout de suite porté sur les pages "Gastronomie" du catalogue. Le résumé de ce livre-ci était assez mystérieux et l'image de couverture très belle... Je me suis donc laissé tenter par ce Aïe! Aïe! Aïe! Mémoires d'un caïeu auvergnat, et j'ai eu bien raison!


Tout d'abord, on ne peut pas reprocher à l'éditeur de faire du mystère pour rien dans la quatrième de couverture : le mot "ail", dont on se doute pourtant dès le départ qu'il sera le principal objet de ce livre, n'est quasiment jamais cité, hormis dans la partie "recettes". Oui, parce que ce livre n'est pas tout à fait un livre de cuisine comme les autres ; il s'ouvre en effet sur toute une première partie très écrite, intitulée "Le vécu de mes aïeux", et qui occupe un peu plus de la moitié de l'ouvrage. Il s'agit des fameuses "Mémoires" qu'on nous annonçait en couverture, et il faut dire que cela se lit tout seul. A chaque page, on trouve de l'humour, de la poésie (comme certains mots inventés, mais qui nous parlent néanmoins, et en premier lieu ce "caïeu" central) mais surtout énormément de culture sans que cela soit écrasant. L'auteur nous laisse libres de nous renseigner un peu pour en savoir plus ou bien de continuer tranquillement notre chemin - alternative que j'ai personnellement choisie en général, hormis pour un tableau, le Typus Religionis, dont la mention m'a fortement intriguée. De la sorte, cette première partie peut être lue comme un récit quelque peu fantasque, un conte léger et divertissant, mais on peut aussi l'approfondir en enquêtant sur les nombreuses références plus ou moins cachées faites à l'histoire, aux croyances populaires, à l'art... Bref, la plume de Luce Lanfranchi-Rodier m'a vraiment convaincue!

La seconde partie de l'ouvrage contient des recettes. Là encore, on est bien loin des livres de cuisine classiques, et on reste dans la droite ligne de l'érudition qui sous-tendait le récit du caïeu auvergnat du début : ici, pas de quantités ni de traduction pour nos esprits du XXIe siècle. Il faudra faire un effort pour lire les recettes dans le texte, par exemple en vieux françois pour celles extraites du Viandier de Taillevent (ce personnage que j'avais déjà croisé dans Saltarello, où Matthieu Dhennin avait donné vie avec brio au cuisinier de Charles V). Notons tout de même que l'auteur a eu la délicatesse de traduire pour nous les inscriptions en signes cunéiformes retrouvées sur des galets d'argile en Mésopotamie et datant d'il y a 5000 ans. Ouf! De cette seconde partie, donc, on retient que l'ail a été utilisé en cuisine depuis très très longtemps ; on note également qu'il y a de nombreux ingrédients qui nous sont totalement inconnus (verjus? garindal? nigelle? garum?), tout comme les unités de mesure (treseau? drachme?), et d'autres mots dont on pensait connaître le sens alors qu'en fait non-pas-dans-ce-cas-là (rôtie, ramequin...). En définitive, et en mettant totalement de côté le fait que je sois une quiche en cuisine (ce qui n'est pas si mal, après tout), je vois mal comment réaliser concrètement ces recettes ("Bonjour, monsieur l'épicier. Je voudrais deux onces de shuhutinnu... Ah, il n'y en a pas? Du samidu, alors..."), n'empêche que ça fait rêver. J'aurais bien aimé me retrouver au XVIIe à la table de La Varenne, et encore plus au XVIIIe pour goûter le "gigot de mouton en escalope à la suédoise", qui a l'air d'être techniquement un tour de force à réaliser.

Enfin, je ne peux finir ce billet sans parler des illustrations. Le photographe VPimentel s'est vu confier la mission de fournir les clichés pour cet ouvrage et s'en est donné à cœur joie. Dans un état d'esprit similaire aux Mémoires quelque peu fantaisistes de la première partie, il a associé gousses d'ail et leurs pelures a de multiples autres objets, comestibles ou non, provenant des règnes animal, végétal et minéral, produits manufacturés ou bruts, livrant autant de natures mortes plus ou moins improbables et plus ou moins poétiques. Sur ce point, je suis plus mitigée : certaines photos m'ont paru splendides (comme celle de la couverture) et d'autres m'ont laissée de marbre. Je pense que cela tient beaucoup à l'éclairage choisi : les lumières trop brutes laissant à mon avis moins de place pour que la poésie et l'esthétique s'expriment...

En conclusion, c'est donc un très beau livre à ranger éventuellement dans votre cuisine avec vos livres de recettes pour y mettre un peu d'érudition et de poésie, mais à ne pas manipuler avec vos doigts enfarinés ou graisseux, par pitié!

Merci beaucoup aux éditions Créer pour cette découverte!

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