Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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mercredi 12 octobre 2011

La naissance d'un père

C'est sur le conseil de mon beau-frère que j'ai lu ce roman de Virginie Despentes. D'elle, je connaissais la réputation de "rueuse dans les brancards" et de féministe révoltée (cf. le barouf qu'il y avait eu à la sortie de son film Baise-moi), réputation d'ailleurs confirmée ensuite quand j'avais lu son essai King Kong Théorie, que j'avais commenté ici même. Si j'avais trouvé ce bouquin très percutant et qu'il m'avait foncièrement touchée, je n'étais pas sûre de vouloir lire un roman du même auteur, sans doute parce que je craignais encore un côté trash gratuit qui ne me faisait pas du tout envie. Il se trouve que Teen spirit n'est pas du tout trash et loin d'être aussi sombre que je le pensais!


Mais pour commencer et comme d'habitude : quelques mots de l'histoire. Vous la connaissez peut-être, car ce roman a été adapté au cinéma il y a quelques années sous le titre Tel père, telle fille, avec Vincent Elbaz dans le rôle du père et Daisy Broom dans le rôle de la fille. Il s'agit donc de Bruno, un trentenaire plutôt paumé, ronchon mais avec un bon fond, futur grand écrivain torturé, mais plus "futur" que tout le reste (dans la mesure où il n'arrive pas trop à se motiver pour écrire bien qu'il refuse de travailler pour se préserver le temps nécessaire). Il est devenu complètement asocial à force de rester cloîtré chez lui, ayant pour seul contact avec le monde extérieur sa copine et son téléphone qui lui permet de joindre une amie compatissante qui accepte de l'entendre se plaindre des heures quand il n'a pas le moral. Un beau jour, le monsieur en question reçoit un appel d'Alice, une ancienne petite amie de lycée, souhaitant à tout prix le rencontrer pour lui parler de quelque chose d'important ; du jour au lendemain, Bruno se retrouve ainsi papa d'une petite Nancy de treize ans qui voudrait le rencontrer. Le livre raconte leur apprivoisement mutuel.

Pour le coup, le trash que j'avais imaginé ne se trouve nulle part. On a même plutôt une jolie petite histoire assez gentille et qui finit bien ; je le dis sans aucune trace de critique sous-entendue, car j'ai lu ce roman d'une traite. Sans pouvoir dire que j'étais "prise dans l'histoire" (parce que bon, hormis peut-être à un moment, il n'y a pas de suspense là-dedans), je me trouvais bien en compagnie de ces personnages attendrissants (le père notamment, malgré certains côtés agaçants comme sa mauvaise foi -et peut-être à cause de ça, justement -, est très attachant), et j'avais envie de savoir comment ils allaient s'en tirer.

J'ai trouvé que la romancière Virginie Despentes avait une plume efficace et savait rendre un langage parlé, les réflexions quotidiennes d'un quidam avec beaucoup d'habileté. La lecture m'a du coup été très facile, et la compréhension de ce que je lisais peut-être encore plus simple qu'avec un livre "normal" (comme si les mots m'arrivaient par voie intraveineuse). En même temps, ce n'est pas poussé à l'excès, de sorte qu'on ne le remarque pas vraiment, on n'est jamais choqué, enfin bref! tout cela est bien dosé et bien maîtrisé, et c'est fort agréable. Dans le même esprit, ses mots correspondent très bien au narrateur (Bruno, le "jeune papa") et sonnent vrai. Mon beau-frère, en m'en parlant, m'avait d'ailleurs dit qu'il avait été épaté qu'une femme puisse aussi bien s'exprimer comme un homme (d'après ce qu'elle a pu écrire dans King Kong Théorie, je ne sais pas si ce compliment lui ferait très plaisir, d'ailleurs! ^_^). De ce dernier point, n'étant pas un homme, je ne peux juger.

En revanche, il y a autre chose que j'ai particulièrement apprécié : il s'agit de l'indignation intérieure que l'on peut ressentir à passer en arrière-plan dès lors qu'un enfant est arrivé. Sans jamais le formuler explicitement, Virginie Despentes dépeint un Bruno prompt à raconter ses mésaventures, mais se braquant tout aussi vite quand on lui suggère de s'intéresser à sa fille, ce que je rapproche pour ma part d'un baby blues (comme quoi, un événement n'"existe" qu'à partir du moment où quelqu'un apprend que cet événement a eu lieu). La citation suivante illustre cela : alors que Catherine, sa petite amie, le quitte et après avoir raconté ses "mésaventures" à Sandra, sa meilleure amie (qui s'est à son grand désespoir beaucoup intéressée à sa petite fille et au manque que cela devait représenter pour elle de ne pas connaître son papa), Bruno, en pleine crise de nerfs, appelle SOS Médecins et voit débarquer une très jolie doctoresse.
Comme j'avais pas envie qu'elle parte trop vite, ni qu'elle ait une fausse opinion de moi, je lui ai bien expliqué ce qui m'était arrivé. Je ne voulais pas qu'elle s'imagine que je faisais des crises tous les jours. J'ai raconté Alice, Catherine... Elle m'écoutait attentivement, assise sur le bord du sofa, les mains sagement croisées sur ses cuisses encore serrées. Elle portait une chemise grise, joli cou très fin, je pensais à ses clavicules, les redessiner du bout des doigts. Je l'imaginais me prendre dans ses bras et me consoler, c'était typique le genre de femme qui sait s'y prendre pour les câlins, les caresses et les chuchotements. Elle a écouté mon histoire, avec la plus grande attention, a réfléchi un bref instant avant de déclarer, ses grands yeux plongés dans les miens, la tête joliment inclinée, d'une voix très douce et solennelle, un peu triste :
- Vous devez rencontrer cette petite fille. C'est capital pour elle de rencontrer son papa, vous savez.
Je lui ai gentiment conseillé de changer de métier, en la raccompagnant à la porte.
p. 54-55

J'ai trouvé ce comportement d'enfant qui ne veut pas grandir très juste.

De la suite, je ne vous dirai rien de plus ou presque, car l'histoire se déroule toute seule dans la simplicité dont j'ai parlé précédemment, et je vois mal quoi en dire. L'intrigue est traitée sans excès, toujours en restant dans le domaine du crédible : le père et la fille se rencontrent, mais ce n'est ni le monde des Bisounours, ni un fiasco total. Sans qu'il y ait spécialement de poésie dans les situations, j'ai trouvé l'histoire jolie, voire attendrissante, sans doute parce qu'on y assiste à la naissance d'un père.

Pour conclure, ce fut donc une lecture agréable qui m'a fait passer un bon moment : n'hésitez pas à lire ce roman (et si c'est le nom de l'auteur qui vous retient, sachez que vos craintes sont infondées :-D ). Mon prochain Despentes sera probablement Apocalypse Bébé, pour peu qu'une bonne cop's me le prête! ;-)

Merci Dju pour le prêt! :)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Premier commentaire. J'ai envie de dire: pas mal! Tu devrais en faire ton boulot! Je suis content que ce bouquin te plaise. Je vais pouvoir me la péter en disant que je t'ai dirigé vers une autre "version" de cette femme. Peut-être est-ce moins trash quand elle écrit avec un point de vue masculin?
Sur ce, bien le bisou.
Tilouli masqué.

Lucile a dit…

@ Tilouli masqué (ahah!) : heu, je sais pas si tu pourras beaucoup te la péter (Au bout de 5 minutes : "Mais siiii, Lucile, là, de La Mer à Lire!!... Vous la connaissez pas?!..."). Je ne sais pas si c'est lié au point de vue masculin, à la forme "roman" (comparée à la forme "essai") ou tout simplement à l'histoire, en tout cas, c'était pas trash! :)