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lundi 2 janvier 2012

Comment est né "Shoah" et autres récits...

Voici des mois que j'ai emprunté ce livre à la bibliothèque de mon village. Je ne sais pas combien de temps j'ai mis à le lire (plus d'un mois, ça c'est certain), et voici bien un autre mois que je l'ai terminé... Il semble donc que Le Lièvre de Patagonie s'inscrive chez moi dans la durée (vous me direz que c'est de toute façon le cas de toutes mes lectures de l'année non encore chroniquées... Hum!). Cela dit, mon déménagement imminent m'oblige à rédiger ce billet maintenant, avant d'aller restituer cet ultime emprunt aux étagères municipales...

J'avais le vague souvenir d'avoir entendu du bien de cet ouvrage à sa parution, mais plusieurs fois, ses 550 pages (en broché) m'avaient retenue... La dernière fut "la bonne", puisque je repartis avec ledit pavé... Première "surprise" (il m'aurait pourtant suffi de lire la mention en couverture pour me l'épargner) : Le Lièvre de Patagonie n'est pas du tout un roman, comme je me l'imaginais, mais des Mémoires. Or, je ne connaissais que très vaguement le nom de Claude Lanzmann et ne suis pas spécialement friande des autobiographies ; je partais donc d'entrée de jeu sur une petite déception. Cela dit, j'ai appris pas mal de choses à la lecture de celle-ci, donc je ne regrette qu'à moitié les longues heures passées entre ses pages...


Ce que j'ai été ravie d'apprendre, c'est ce que recèle toute la première partie du livre, à savoir les années de jeunesse de Lanzmann et en particulier sa relation très étroite avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir (dont il fut le compagnon pendant sept ans, de 1952 à 1958). Ici, le récit m'a inspiré des impressions similaires à celles provoquées par Le Monde d'hier, de Stefan Zweig : je lisais les écrits d'un témoin de l'histoire, d'un homme ayant côtoyé des personnages ultra connus et quasi mythiques et qui m'en parlait, des années après, d'une plume alerte qui les ressuscitait. L'effet est toujours aussi troublant : un léger vertige créé par la distorsion de mon référentiel temporel propre... 
Toujours dans la série de ce qui m'a plu dans l'ouvrage, je peux citer tout ce qui touche à l'histoire de la naissance et de la réalisation du film Shoah, que je ne connaissais que de nom, mais que j'ai maintenant bien envie de connaître (malgré ses 7 heures, si je me souviens bien de ce que j'ai lu!). Car une grosse partie du Lièvre de Patagonie ne traite finalement que de cela : de ce qui a conduit Lanzmann à se lancer dans cette aventure qui a duré des années avant de se concrétiser, des multiples difficultés qu'il a rencontrées, des personnages qu'il a interviewés et des anecdotes de tournage, des choix de plans et d'enchaînements et de qu'ils symbolisent, etc. Je ne suis pas spécialement férue de cinéma, mais j'aime assez tout ce qui touche à l'histoire des choses, donc évidemment, ça m'a plu!

Je dois toutefois avouer que si j'ai mis autant de temps à finir ce livre, ce n'était pas qu'une question d'emploi du temps hyperchargé : il y a deux points qui m'ont paru franchement rédhibitoires. Le premier, et non des moindres, c'est que le personnage de Lanzmann m'est beaucoup moins sympathique que celui de Zweig,  pour garder la comparaison de tout à l'heure. Certes, il semble avoir de l'intelligence à revendre, il a côtoyé de nombreuses personnes estimables et réalisé des choses admirables... Il n'empêche qu'il manque beaucoup trop de modestie à mon goût (ce qui me donne envie de le contredire - c'est primaire, c'est bête, mais c'est un fait! ^_^ ), et que ses prises de position concernant les Juifs en général et les Israéliens en particulier m'ont souvent mise mal à l'aise du fait de sa façon agressive de les formuler (un petit côté "si vous n'êtes pas pour, c'est que vous êtes contre" que je trouve réducteur et manipulateur tout à la fois).
Deuxième gros point noir de mon point de vue, qui rejoint en partie ce que je viens de dire : j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup trop d'espace dévolu à des questions géopolitiques (notamment sur le conflit israélo-palestinien), et surtout d'un discours profondément partisan qui ne laisse guère de place à un lecteur qui ne partagerait pas le même avis, ou tout simplement qui n'aurait pas spécialement d'avis sur les questions abordées (comme c'était souvent mon cas). Je ne veux pas dire que ces considérations n'ont pas leur place de ce livre : évidemment que c'est logique de trouver l'avis de l'auteur et ses engagements dans des Mémoires, simplement, ce n'était pas du tout à mon goût (surtout, je pense, dans la manière dont cela était présenté).

Un gros pavé qui m'a apporté des choses, évidemment, mais dont je ne recommande pas spécialement la lecture (hormis, en caricaturant, si vous vous intéressez à Sartre et de Beauvoir, à Shoah ou au conflit israélo-palestinien vu à travers le prisme sioniste).

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