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JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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mercredi 25 juillet 2012

"Nous ne nous sommes pas aimés"

Suite à une première expérience peu concluante avec L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, de Georges Perec (lu par l'excellent Guillaume Gallienne), les éditions Thélème ont gentiment proposé de me donner une deuxième chance en furetant dans leur volumineux catalogue. J'ai donc pris le temps de le parcourir et ai jeté mon dévolu sur les correspondances entre George Sand et Alfred de Musset. J'ai pu les écouter dans le train alors que je me rendais au salon du Livre de Paris (il y a donc un certain temps, déjà) et j'ai bien mieux aimé ce livre audio que le précédent...


Je ne savais pas grand-chose des relations entre Sand et de Musset, si ce n'est qu'ils constituaient un couple mythique, suffisamment pour inspirer un film (Les Enfants du siècle, de Diane Kurys, en 1999 ; au passage, dans ma mémoire, c'était plus récent que ça). Alors que je me renseigne un peu plus pour pouvoir rédiger ce billet, je lis sur Wikipédia qu'un des prénoms de George Sand (alias Aurore Dupin) était Lucile (pas très intéressant, mais j'aime bien les coïncidences... ^_^) Bref, revenons à nos moutons : ce livre audio.

Au départ, et cela m'a un peu déstabilisée, on n'entend que la "voix" d'Alfred de Musset. On devine, à ses propos, qu'il a reçu des réponses de George Sand, mais on en ignore la teneur. Ses propos à lui, en tout cas, sont pleins d'admiration pour l'auteur d'Indiana ; à la parution du roman suivant, Lélia, il lui fait d'ailleurs part (après coup) de sa peur d'être déçu après son engouement pour le précédent (un sentiment que de nombreux lecteurs reconnaîtront pour l'avoir éprouvé eux-mêmes, d'ailleurs!). Ensuite, on peut également entendre les propos de George Sand. Sachant que ces deux-là deviendraient amants tôt ou tard, j'ai guetté le moment où cela avait pu se produire, et j'avoue que je n'ai pas été sûre de moi avant le passage au "tu". Le ton, surtout sous la plume d'Alfred de Musset, est empreint de lyrisme et regorge des thèmes romantiques chers à l'époque (la fatalité, le désespoir, les "aussi longtemps que...", etc.). Étrangement - et l'écoute de toutes les lettres dans leur ordre d'écriture et avec le même statut quel que soit leur contenu renforce cette impression curieuse -, ces propos grandiloquents avoisinent avec des considérations bassement matérielles d'ordre logistique (où et quand va-t-on se retrouver, par exemple ; pas à telle heure parce que j'ai piscine. Je caricature, évidemment, mais dans mon souvenir, les brefs échanges de cet ordre étaient de ce niveau).

Au début de mon écoute, j'ai été un peu "déçue" par une relation qui ne me semblait pas aussi passionnelle que je l'attendais : je ne voyais qu'un Alfred de Musset transi d'amour et bouffi de lyrisme (agaçant, de mon point de vue) et une George Sand ma foi très raisonnable, semblant tempérer cet engouement juvénile sans vraiment ressentir les mêmes sentiments. Un peu plus tard, cependant, les rapports de domination sont moins nettement établis : George Sand, tout en gardant une maturité évidente sur son jeune amant (de six ans son cadet), le supplie aussi parfois (de ne plus l'aimer, de ne pas la quitter, de ne plus jamais lui écrire...). Leurs échanges sont pleins de contradictions, et l'ordre des lettres laisse parfois perplexe tant nos deux tourtereaux s'échangent rapidement les places du fort et du faible! Ils m'ont fatiguée, même, et aussi agacée (mais que voulez-vous, je ne dois pas être si romantique que ça...) : entendre un Afred de Musset supplier George Sand presque à se rouler par terre d'accepter de le voir "une dernière fois", puis, une fois qu'elle a accepté, déclarer : "Il ne fallait pas nous revoir", moi ça m'agace. Tout comme les "Sois heureuse" (mais quand même, pense bien à moi, pauvre malheureux qui errerai sans fin comme une âme en peine, gnagnagna...), ou bien les "N'essaie pas de me dissuader". Lui, je l'ai trouvé très égoïste : ses missives regorgent de "je", décrivent ses souffrances (passées, présentes et éventuellement futures) par le menu, et il donne le sentiment parfois de n'écrire de longues phrases grandiloquentes (dont, sur la fin, un délire onirique raconté au passé) juste pour s'écouter parler (ou, en l'occurrence, juste pour se relire). Ses mots à elle, en revanche, m'ont beaucoup plus parlé (mais elle n'en demeure pas moins une belle girouette, elle aussi : "Je ne veux pas te quitter, je ne veux pas te reprendre, je ne veux rien", dit-elle dans l'une de ses lettres, ce qui a quand même le mérite d'être honnête sur son degré d'égarement sans le mettre sur le dos de son amant, et qui en plus a "de la gueule"), peut-être parce qu'elle est beaucoup plus raisonnable que lui (on trouve des "donc" dans ses réponses, pour justifier ses décisions : on sent qu'elle tente de garder les pieds sur terre, de réfléchir, tandis que lui se roule dans sa passion sans se poser de questions). Je l'ai même trouvée sévère par moments (au début, surtout ; on a presque l'impression qu'il n'y avait guère d'amour de son côté, à ce moment-là, ou en tout cas, elle n'en laisse rien paraître). Quant au contenu, cette succession de lettres ne raconte qu'une chose : ils n'en finissent pas de se quitter et de se faire leurs adieux, à tour de rôle. D'ailleurs, je ne me rappelle pas avoir lu une seule lettre qui transcrive une période de bonheur, un moment où ils auraient été contents d'être ensemble.

Comme vous le voyez, donc, cette lecture ne m'a pas du tout laissée indifférente, et dans la mesure où il s'agit d'une correspondance, j'estime que cela signe une expérience réussie! J'ai en tout cas l'impression de connaître beaucoup mieux Sand et de Musset, maintenant (pas forcément sous leur meilleur jour, certes...). Je ne saurais donc trop vous conseiller de découvrir cette correspondance à votre tour ; le format audio m'a pour ma part semblé idéal pour ce faire!

D'ailleurs, avant de finir, juste une mention pour les interprètes de ces missives, que je ne connaissais ni l'un ni l'autre : il s'agit de Mélodie Richard et Pierre-François Garel, dont j'ai beaucoup apprécié l'interprétation toute en nuances. L'acidité du ton de Musset dans certaines lettres m'a mise aussi mal à l'aise que si j'en avais été la destinataire, quant à la lassitude exprimée parfois dans les missives de Sand, elle aurait pu être la mienne. Je tiens donc à saluer l'interprétation de ces deux jeunes comédiens et acteurs sur ce CD.

Mille mercis aux éditions Thélème pour cette découverte, et désolée pour cette parution fort tardive de mon billet!

P.S. : En titre de ce billet, un extrait de la correspondance en question, que l'on peut lire sous la plume de George Sand. J'ai hésité entre celui-là et "Tout cela, vois-tu, c'est un jeu que nous jouons", mais à la réflexion, cette dernière citation me semblait donner une image trop éloignée de la réalité, alors que "Nous ne nous sommes pas aimés" traduit exactement toute la contradiction de la relation entre ces deux-là...

4 commentaires:

Les Livres de George a dit…

J'ai lu avec attention et intérêt ton billet. Je crois qu'il faut prendre en compte le temps écoulé. Sand et Musset se sont beaucoup séparés, puis remis ensemble puis séparés encore et cela sur quelques années, d'où l'impression d'être des girouettes. Mais leur passion, selon moi, était essentiellement littéraire. Pour en savoir plus et voir aussi comment Sand a souffert de cette liaison je te conseille son JOurnal Intime. Après sa rupture définitive avec Musset, elle s'est coupé les cheveux en signe de renoncement, ce que je trouve très beau.

Lucile a dit…

@ Les Livres de George : merci pour ton commentaire. Effectivement, la seule vision que j'ai de cette relation passionnelle, c'est cette correspondance, donc je n'ai évidemment pas tous les éléments en main pour porter de jugement définitif! Ce n'est d'ailleurs pas ce que j'essaye de faire, au cas où un doute subsisterait à ce sujet! D'ailleurs, ton commentaire me fait penser qu'il me semblait avoir entendu dans une émission de radio, un extrait de lettre entre Sand et Musset où elle lui faisait une critique élogieuse de je ne sais plus laquelle de ses pièces (Lorenzaccio?) ; or, je n'ai rien entendu de tel dans ces correspondances. Peut-être n'y figuraient que celles purement "amoureuses"? Et merci pour le conseil de lecture! :)

Les Livres de George a dit…

J'ai beaucoup aimé ton billet car il permet d'avoir un jugement de lectrice novice. On ne peut pas tout connaître, je trouve justement que ton ouverture d'esprit et ton recul sont très intéressants. La correspondance de Sand et Musset est finalement pas si grande que cela car beaucoup de lettres ont été détruites après leur rupture, chacun a rendu ses lettres à l'autre. Si cette liaison t'intéresse le roman de Musset : "Confession d'un enfant du siècle" est inspiré par cette liaison.
Pour "Lorenzaccio", je ne sais s'il s'agissait de celle-ci, mais il faut savoir qu'ils avaient commencé à écrire ensemble une pièce de laquelle Musset s'est ensuite inspiré pour écrire sa pièce.
J'espère que ces lettres te donneront envie de mieux connaître George Sand.

Lucile a dit…

@ Les Livres de George : Oh, ce n'est pas l'envie de découvrir les écrits de George Sand qui me manque! Juste un peu le temps (!) et le fait qu'il y a mille livres que j'ai envie de découvrir aussi! ^_^ Enfin, un jour, ce sera le tour de George! :)