Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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vendredi 15 juillet 2016

Dans les bois éternels...

Eh bien voilà, c'est parti pour mon premier "vrai" billet de blog depuis fort longtemps! Il s'agit d'une lecture que j'avais commencée le soir par petits bouts avant de partir en vacances et que j'ai pu finir confortablement installée dans un transat à l'ombre d'un grand sapin de l'Yonne... (Je dois admettre qu'il est bien plus agréable de pouvoir lire par plus grandes périodes que les quelques minutes du soir en luttant contre le sommeil! ^_^ ) Ce roman est sorti en poche début juin, et j'en ai entendu tellement de bien que je me suis laissé tenter, bien que j'aie une PAL respectable à portée de main (chassez le naturel...). Quoi qu'il en soit, ce fut une excellente idée, car j'ai beaucoup apprécié cette lecture!


Pour commencer, quelques mots de l'histoire : nous sommes en 1987 et June, 14 ans et fille de comptables fort occupés, doit faire face à la maladie puis à la mort de son oncle Finn, qu'elle adore. Pendant les derniers mois de sa vie, celui-ci (qui est un peintre renommé) a tenu à réaliser un portrait de June avec sa sœur aînée, Greta, de laquelle l'adolescence semble l'avoir irrémédiablement éloignée. Un très beau roman sur l'adolescence, les liens fraternels et surtout sur l'amour.

Il y a plusieurs points que j'ai particulièrement appréciés dans ce roman, à commencer par le personnage de June en lui-même. Cette adolescente est assez typique dans son mal-être d'albatros, sa sensation de n'être nulle part à sa place sauf avec cet oncle chéri et maintenant disparu. La jeune fille est effectivement entre l'enfance (elle dort encore avec une peluche - une seule, précise-t-elle, comme pour bien souligner qu'elle n'est plus vraiment une enfant - et se projette dans des histoires où elle joue tour à tour le rôle d'une mendiante, d'une paysanne ou d'une chevalière) et l'âge adulte, celui des flirts, de l'alcool et des cigarettes. Concernant ce positionnement de l'intrigue quelque part sur la transition entre enfance et âge adulte, j'imagine d'ailleurs que le choix du prénom de l'héroïne n'est pas anodin, le passage du printemps à l'été au mois de juin étant tout aussi subtil que cette période de la vie de June... 
June est donc à l'âge où elle commence à faire ses propres choix et arbitrages... et pas toujours selon l'avis de ses parents. Elle s'en défend bien un peu, en affirmant à plusieurs occasions dans le roman ne pas avoir le choix, mais elle ne convainc guère qu'elle-même. Et après tout, peu importe : elle devient maîtresse de sa vie. J'ai profondément aimé ce personnage relativement normal, très habilement portraituré par Carol Rifka Brunt et qui n'a pas manqué de me rappeler cette même époque de ma propre vie. Elle se sent bizarre parce qu'elle est passionnée par l'époque médiévale et aime s'imaginer comme tout droit sortie du XIIe siècle, mais hormis cela, elle ne m'a pas semblé tellement à part (en tout cas, pas au point qu'elle imagine). La possibilité de m'identifier sans effort à ce personnage m'a particulièrement plu. Par ailleurs, certains traits de sa personnalité me l'ont rendue très attachante. J'ai ainsi beaucoup aimé le calme de June, ses observations et les réflexions qui en découlent, les petites touches de poésie qu'elle met dans sa vie ou dans ses pensées...

J'ai beaucoup aimé aussi lire quelque chose sur un phénomène qui me semble relativement répandu (et ma foi peu traité en littérature, je crois), à savoir la distension des liens entre frères et sœurs. Là encore, ce que j'ai aimé, c'est le traitement de situations banales. On n'est pas ici dans des histoires "spectaculaires", où l'éloignement serait causé par un drame ou une raison précise : on est dans des non-dits minimes, des changements de comportements mal interprétés, des jugements biaisés par la jalousie... En somme, ce roman est beaucoup plus proche, je crois, de ce qui se passe dans la vraie vie et nous montre que nous sommes légitimes quand nous sommes affectés par de si "petits" et "anodins" problèmes "de gens normaux". Dans ce roman, les deux parties souffrent de cet éloignement fraternel ou sororal ; elles tentent de communiquer comme elles le peuvent, plus ou moins maladroitement ; parfois, elles y parviennent, parfois non ; juste comme dans la vraie vie.

L'idée de génie de Carol Rifka Brunt, selon moi, c'est de donner un véritable rôle au portrait des deux sœurs tout au long de l'ouvrage, et tout son talent, c'est d'y être parvenue. Sans aller jusqu'à en faire un personnage à part entière, l'auteur en fait une sorte de médium, un miroir des vérités qui nous apprend énormément sur les différents personnages à partir de presque rien et autorise de nombreuses interactions entre eux (mais je ne vous dirai pas comment pour ne pas gâcher votre plaisir ! :-p ). Ce qui est certain, c'est que j'adorerais pouvoir poser mes yeux sur cet étrange tableau.

Il y aurait encore beaucoup à dire, notamment sur la figure omniprésente et symbolique du loup au fil du roman, sur cet étrange titre, sur la dichotomie entre la grande ville et la banlieue paisible avec de grands bois derrière l'école (dichotomie parfaitement rendue par la magnifique illustration de couverture), sur le personnage mystérieux de Toby, sur ce qu'il reste des gens qu'on aime une fois qu'ils ont disparu... Mais ce serait trop long, et peut-être trop hasardeux, chacun interprétant finalement tous ces thèmes avec son bagage propre. Quoi qu'il en soit, l'ensemble m'a profondément parlé, et j'ai vraiment apprécié cette sensation de tenir entre mes mains un ouvrage riche et fouillé.

Au moment de refermer le livre, en relisant la quatrième de couverture (je fais souvent ça, une fois ma lecture achevée. Vous aussi?), je me suis dit que je n'aurais pas qualifié Dites aux loups que je suis chez moi de roman d'apprentissage. Je me suis même dit : "Mais pas du tout ! Il ne suffit pas de choisir un héros adolescent pour que le roman devienne un roman d'apprentissage !" Cela dit, après réflexion, je me rends compte que de nombreux éléments typiques sont tout de même réunis : June est clairement différente à la fin du roman de ce qu'elle était au début ; elle s'engage également dans une sorte de "quête" à travers l'un de ses premiers choix déterminants, avec collecte de différents éléments qui peuvent être vus comme les pièces d'un puzzle l'aidant à progresser vers son objectif... quitte à obtenir tout à fait autre chose que ce qu'elle souhaitait trouver. Elle transcende du coup sa quête première et passe ainsi pour de bon dans l'âge adulte. Je persiste par contre dans le rejet de "l'hypocrisie" dont il est question dans la quatrième de couverture pour caractériser le monde des adultes. Le roman m'a paru bien plus lumineux et optimiste que cela.

En somme, voici un roman fort, en ce qu'il nous parle de ce que nous connaissons, de ce que nous avons pu vivre (ou endurons encore) de difficile et douloureux sans savoir mettre de mots dessus. Il parle des relations humaines au sein d'une famille lambda confrontée à des difficultés certes habituelles, mais pas pour autant faciles à vivre ou à résoudre. J'ai trouvé sa lecture apaisante et je ne saurais que trop vous le conseiller!

2 commentaires:

Reka a dit…

J'ai eu de très bons échos de ce roman. Je l'ai demandé en cadeau d'anniversaire, il est en cours de commande. J'espère aimer !

Lucile a dit…

@ Reka : Merci pour ton commentaire (j'ai "un peu" perdu en réactivité! ^_^ ). Du coup tu as peut-être même eu le temps de le lire! ^_^ Qu'en as-tu pensé?