Plouf! Plouf! Ce sera toi que je lirai!
JOURNAL DE MES LECTURES (dont la régularité de publication laisse quelque peu à désirer)
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samedi 5 novembre 2016

Colette, mon amour

Et me revoilà aujourd'hui avec la chronique du dernier des livres que j'ai achevés pendant mes vacances de juillet. Un auteur classique, ou du moins que je classe personnellement comme tel.  Colette et son 27e livre, Sido (Colette fut une sorte d'Amélie Nothomb, en son temps, avec un rythme de publication d'environ un livre par an. :-) ). Un régal que celui-ci, particulièrement après une lecture décevante (mais même, un régal tout court, je vais y revenir)...


Mais quel bonheur! Quelle bouffée d'air frais! Cette lecture m'a fait l'effet d'une parenthèse enchantée. Deux heures hors du temps, à tourner les pages sourire aux lèvres comme si je retrouvais des êtres chers et familiers. Est-ce parce que j'étais en vacances, installée sur un transat à l'ombre d'un grand sapin, caressée par le vent tiède de la Puisaye-Forterre, avec en fond sonore le chant des oiseaux et les lointains travaux des champs (la moisson des blés)? Cela aide, sans doute, et cette lecture était effectivement parfaite pour cet instant et ce lieu précis. Est-ce parce que j'avais posé la veille mes pas dans ceux de Colette, dans sa maison natale, que des passionnés viennent juste de faire ouvrir au public (en mai 2016) après des mois de travaux minutieux et remarquables (à Saint-Sauveur-en-Puisaye, à 50 m du musée Colette, qui lui m'a fait bien moins grande impression...)? C'est possible, mais je ne doute pas que le charme aurait opéré quel que soit le jour où j'aurais ouvert ce petit livre.

A l'issue de ma visite de la veille, où j'avais intégré à quelques minutes du départ le groupe de 8 ou 10 personnes mené par une guide passionnée (et passionnante), je n'envisageais pas de ne pas lire Colette très vite. D'elle, je n'avais lu que Bella-Vista, il y avait fort longtemps, qui m'avait laissé un souvenir flou, mais néanmoins excellent, plein d'odeurs de bord de mer méditerranéen, de descriptions minutieuses de la nature estivale et d'un personnages d'un grand réalisme malgré la finesse du volume (et du peu de place qui leur était spécifiquement consacré). Pendant la visite, les moments qui m'avaient le plus émue étaient les évocations par notre guide de la mère de Colette ; une fois parvenue dans la boutique, laissant errer mon regard sur les étagères, c'est donc sans trop d'hésitation que j'ai choisi d'emporter Sido, intitulé d'après le surnom donné à la mère de Colette par son père.

Et à présent, je ne sais pas comment vous parler de ce livre! J'y ai retrouvé tout ce que je me rappelais avoir aimé dans Bella-Vista : des descriptions précises (sans être trop longues) de la nature (les plantes du jardin de sa mère, dont on peut visiter la vivante reconstitution à Saint-Sauveur - c'est magnifique), les personnages croqués avec cette acuité inimitable de petite fille vive qui épie sans en avoir l'air, cette écriture si naturelle et légère qu'elle semble ne pas exister (je me promets, une nouvelle fois, de retourner observer la syntaxe et les enchaînements de plus près, car j'ai l'impression que les mots m'ont directement sauté dans le cerveau sous forme d'images). Personnellement, j'aime par-dessus tout cette discrétion du support, qui me permet en quelque sorte de "fusionner" avec ce que je lis.

Le livre est structuré en trois parties : "Sido", "Le capitaine", et "Les sauvages", respectivement consacrés à la mère de Colette, à son père et à ses frères et sœur (essentiellement ses frères, en fait, sa sœur Juliette étant une sorte d'exilée volontaire au sein de la famille). 
C'est surtout la première partie qui m'a enchantée, essentiellement pour toutes les évocations horticoles qu'elle comprend (je suis moi-même férue de nature et de jardinage... quoi que les extérieurs de ma maison n'en témoignent pas nécessairement, d'ailleurs! ^_^ ). Sido représente aussi comme un double littéraire de mon arrière-grand-mère, que je n'ai jamais connue, mais à qui je voue - et ce, de plus en plus - une admiration quasiment pieuse. Elle a aussi beaucoup de points communs avec une amie qui m'est très chère, qui pourrait être ma mère (elle l'est d'ailleurs un peu par bien des aspects). Ainsi, ces pages ont eu pour moi l'effet d'une madeleine de Proust.

Mon arrière-grand-mère Inès, que la lecture de Sido m'a évoquée à bien des moments.

Les deux autres parties sont également délectables pour la pertinence des portraits que l'on y trouve et la tendresse sous-jacente qui y transparaît.

"Lyrisme paternel, humour, spontanéité maternels, mêlés, superposés, je suis assez sage à présent, assez fière pour les départager en moi, toute heureuse d'un délitage où je n'ai à rougir de personne ni de rien."
p. 52 

Colette publie ce livre en 1930, alors qu'elle est âgée de 57 ans, et elle confesse d'ailleurs bien volontiers que lui prennent "comme à tous ceux qui vieillissent, la hâte, le prurit de posséder les secrets d'un être à jamais dissous." (p. 85) Pour autant, la nostalgie qui émane de ses mots est belle, douce et réconfortante. Rien qui puisse vous miner le moral, en tout cas!

Pour conclure, je dirais que cette lecture a conforté ma compatibilité profonde avec Colette et sa sensibilité. Elle a également fortement résonné chez moi avec une ancienne lecture : Luxueuse austérité, de Marie Rouanet, que j'ai du coup bien envie de relire un de ces jours. Quant à conseiller Colette, je n'ose le faire tant je serais déçue d'entendre que la magie n'a pas opéré pour d'autres. J'imagine que son écriture plaira à tous les adeptes de l'instant, les observateurs de la nature où qu'elle se cache, les passionnés de portraits... Colette ne raconte pas nécessairement grand-chose sur le plan de l'action, de l'intrigue (quelle intrigue?), mais ses mots renferment le monde, la vie, tout. Si cela vous parle, alors allez-y. Vous devriez y trouver votre bonheur.

P.S. : Pour les curieux, voici le site de la maison de Colette : http://maisondecolette.fr/ Si vous avez l'occasion de passer par cette région de l'Yonne, ou si vous aimez l'auteure, allez-y ! Le travail de reconstitution est remarquable et extrêmement poussé, et la guide (celle que j'ai eu la chance d'écouter, en tout cas) est formidable. J'imagine que plus on a lu cet auteur et plus on est ému de ce que l'on trouve là-bas (dans Sido, Colette évoque beaucoup cette maison à travers des détails que l'on  peut aujourd'hui retrouver grâce au travail de cette association de passionnés : le ressenti est magique, et nous avons été plus d'un à être drôlement touchés par les mots de la guide!).

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